À Mayotte, l'avenir du port de Longoni en suspens à l'approche de la fin de sa délégation
À dix semaines de la fin imposée par la justice de la délégation de service public (DSP) gérant le port de Longoni, par lequel entre la quasi-totalité des marchandises de Mayotte, l'assemblée du territoire vote mercredi sur la transition, sans que personne ne sache encore quelle forme elle prendra.
Seule infrastructure en eau profonde de l'archipel, le port de Longoni réceptionne 95% des marchandises consommées sur l'île, le département le plus pauvre de France, à peine remis du cyclone Chido de fin 2024.
C'est dans ce contexte que la cour administrative d'appel de Bordeaux a confirmé, le 2 juin, une décision de juin 2025 du tribunal administratif de Mamoudzou ordonnant la résiliation du contrat de Mayotte Channel Gateway (MCG) à compter du 1er septembre.
La société, qui exploitait le port depuis 2013 avec un contrat qui devait courir jusqu'en octobre 2028, s'est vue reprocher d'avoir réclamé aux usagers "de manière délibérée" des tarifs "dépourvus de toute base légale", en se prévalant notamment d'un arrêté tarifaire que la cour juge "dépourvu de toute authenticité".
"Eu égard à la gravité et à la persistance" de ces manquements, la poursuite du contrat est "manifestement contraire à l'intérêt général", a conclu la cour bordelaise.
C'est l'Union maritime de Mayotte qui avait saisi la justice, après avoir dénoncé ces irrégularités pendant des années. "À Longoni, cela fait longtemps que nous dénonçons un problème de gouvernance. La confiance est totalement rompue", résume à l'AFP son président, Norbert Martinez.
La dirigeante de MCG, la femme d'affaires Ida Nel, dénonce de son côté auprès de l'AFP "une injustice" due, selon elle, à des "négligences de la part du département" et dit redouter une décision "dangereuse pour Mayotte".
Lourdes incertitudes
"Aucune entreprise ne voudra investir pour reprendre la DSP pour seulement deux ans", prévient Mme Nel, dont la société emploie 70 salariés sur le port.
À dix semaines de l'échéance, le successeur de MCG n'est pas désigné. Le Département-Région a retenu le principe d'un établissement public industriel et commercial (EPIC) pour gérer la transition, dans l'attente d'une reprise par l'État sous la forme d'un grand port maritime, prévue par la loi du 11 août 2025 pour la refondation de Mayotte.
Mais la solution, un temps consensuelle, commence à faire débat.
Un collectif, les "Femmes leaders", a manifesté lundi devant le port contre l'EPIC et appelé à la mobilisation mercredi devant l'assemblée du territoire. Il s'oppose à ce schéma, estimant que l'État n'a rien fait pour Mayotte et refusant de lui laisser les clés de l'infrastructure.
Les "Femmes leaders" étaient aussi dans l'enceinte de l'assemblée lundi quand le conseil portuaire - dont l'avis est consultatif - s'est prononcé contre l'EPIC.
À l'inverse, le syndicat des travailleurs du port a déposé un préavis de grève reconductible pour pousser les élus à voter l'EPIC, qu'il considère comme une étape indispensable vers la création d'un grand port maritime.
"Il y a deux priorités absolues : qu'il n'y ait pas de rupture d'activité au port au 1er septembre et comment sauver l'ensemble des salariés", a de son côté déclaré le président du Département-Région, Ben Issa Ousséni, à la chaîne Kwezi TV.
Selon lui, l'EPIC reprendrait le personnel et les outils du port, le temps qu'une nouvelle DSP soit lancée.
Pour l'heure, le Département-Région a lancé un appel à manifestation d'intérêts auprès des manutentionnaires pour l'occupation du terminal à conteneurs à compter du 1er septembre. Un document officiel y reconnaît que le calendrier de la reprise par l'État "est à ce jour inconnu" et "pourrait prendre plusieurs années".
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