Safran : les analystes se montrent prudents après la récente dégringolade du titre
(Zonebourse.com) - Le titre a plongé de 10% vendredi après une publication témoignant d'un ralentissement de l'activité après-vente, l'une des activités phares de la firme tricolore. Ce matin, Jefferies, Bernstein et Panmure Liberum reviennent plus en détail sur le dossier. En attendant, le titre est stable à mi-séance, autour des 271,9 euros.
Mauvais temps pour Safran. Vendredi, la publication d'une croissance organique de 13,4% du chiffre d'affaires trimestriel n'a pas suffi à rassurer les investisseurs. Ces derniers ont surtout retenu le ralentissement de l'après-vente des moteurs civils et l'absence de relèvement des objectifs annuels. Ainsi, la croissance des ventes de pièces de rechange est tombée à 17% contre 26,7% au deuxième trimestre, tandis que celle des services a ralenti de 37,7% à 19%.
Dans ces conditions, Jefferies confirme ce matin sa recommandation "conserver" sur le titre, mais abaisse son objectif de cours de 340 à 300 EUR. Chez Bernstein, l'opinion "surperformance" est maintenue, mais la cible est également réduite, de 420 à 370 EUR. Enfin, Panmure Liberum réitère son conseil "conserver", avec des objectifs inchangés de 286 EUR à douze mois et 349 EUR à trois ans.
Très concrètement, le principal sujet de préoccupation concerne le ralentissement de la maintenance des moteurs civils, activité particulièrement rentable pour Safran.
Jefferies estime que le marché reste trop optimiste sur les perspectives de l'après-vente en 2027. "Les risques pesant sur l'ampleur des opérations de maintenance en 2027 restent sous-estimés", prévient le broker, qui anticipe une croissance des ventes de pièces détachées limitée à 3%, contre environ 15% pour le consensus. Le bureau d'études redoute notamment les conséquences du ralentissement du trafic aérien et de la hausse du carburant sur les opérations de maintenance des moteurs CFM56.
Ces inquiétudes sont également évoquées par Panmure Liberum, qui considère que le cycle favorable à la maintenance des CFM56 pourrait avoir atteint son sommet. Le bureau d'études juge "particulièrement optimiste" l'hypothèse selon laquelle Safran pourrait continuer à augmenter ses prix pour compenser la stagnation des révisions de moteurs. Il souligne notamment que les compagnies aériennes pourraient réduire l'ampleur des interventions sur leurs appareils les plus anciens, avec des conséquences importantes sur la rentabilité.
De son côté, Bernstein se montre le moins pessimiste à court terme. Adrien Rabier, l'analyste en charge du dossier, considère que le ralentissement du troisième trimestre ne traduit pas nécessairement une dégradation des tendances sous-jacentes. "2027 présente désormais moins de risques", estime-t-il, notamment grâce à la visibilité offerte par le carnet de commandes. En revanche, "2028 et les années suivantes ne sont pas sécurisées", prévient l'analyste, qui souligne la dépendance du secteur à l'évolution des prix du pétrole et à la santé financière des compagnies aériennes.
Génération de trésorerie sous pression
Les trois bureaux d'études s'inquiètent également de la hausse des investissements et de la prolongation envisagée de la surtaxe française sur les bénéfices. Jefferies réduit ses prévisions de flux de trésorerie disponible de 23% pour 2027 et de 25% pour 2028, intégrant des dépenses d'investissement plus élevées et une fiscalité défavorable.
Bernstein nuance toutefois cette lecture. Selon ses échanges avec Safran, les investissements supplémentaires seraient principalement destinés à renforcer les capacités de production dans la défense, ce qui pourrait soutenir la croissance à moyen terme. "Dans une activité offrant des retours sur investissement aussi élevés, davantage d'investissements, surtout lorsqu'ils sont adossés à des contrats existants, devraient être une excellente nouvelle", estime le bureau d'études.
Une valorisation plus attractive, mais des risques persistants
Malgré la correction boursière, les analystes n'identifient pas de point d'entrée évident. Jefferies juge d'ailleurs "justifiée" la baisse de valorisation et considère que Safran reste relativement cher face à ses concurrents, notamment MTU Aero Engines. Le broker évoque ainsi le titre comme "la valeur la plus chère de l'aéronautique civile" au sein de son univers de couverture sur la base de certains critères de valorisation.
De son côté, Bernstein estime que le titre intègre désormais un scénario particulièrement défavorable, qu'il juge peu probable. Mais la prudence reste de mise. "Nous ne nous précipiterions pas pour acheter après la baisse", souligne Adrien Rabier, qui préfère attendre davantage de visibilité sur les prix du pétrole avant de profiter du repli.
Enfin, Panmure Liberum reconnaît que la correction a rendu la valorisation plus attractive à trois ans, tout en estimant que les risques restent "asymétriquement orientés à la baisse", notamment parce que les compagnies aériennes commencent seulement à mesurer les conséquences d'une période prolongée de carburant coûteux.
Finalement la qualité industrielle de Safran n'est pas remise en cause par les analystes mais la visibilité sur l'après-vente et la génération de trésorerie s'est détériorée. La montée en puissance du LEAP et des activités de défense sera déterminante pour compenser le ralentissement des moteurs CFM56.
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source : AOF
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