France : le risque souverain retrouve ses niveaux de la crise de la dette européenne
(Zonebourse.com) - "Le spread", comme l'appellent les opérateurs de marché internationaux, prend une tournure de plus en plus inquiétante depuis le début du mois d'août. L'écart de rendement entre l'OAT française et le Bund allemand s'est creusé de plus de 50 points de base depuis le 1er août pour atteindre environ 140 points de base, son niveau le plus élevé depuis la crise de la dette européenne de 2011-2012.
La principale cause semble être le regain d'inquiétudes concernant les finances publiques françaises, puisque les autres écarts de taux en Europe restent relativement stables. La dette publique atteint désormais environ 119% du PIB, tandis que le déficit public devrait rester supérieur à 5% pour la troisième année consécutive.
A ce niveau d'endettement, la trajectoire de la dette dépend notamment de l'écart entre le taux d'intérêt moyen payé par l'Etat et la croissance nominale de l'économie, mais aussi du solde budgétaire primaire. Plus cet écart devient défavorable, plus l'effort budgétaire nécessaire pour stabiliser le ratio dette/PIB augmente. A titre d'illustration, une hausse durable d'un point de pourcentage du taux d'intérêt moyen appliqué à l'ensemble du stock de dette représenterait, à terme, une charge supplémentaire équivalente à près de 1,2% du PIB par an.
Pour le moment, la transmission reste progressive puisque la dette négociable de l'Etat présente une durée de vie moyenne d'environ 8,4 ans. Le coût du refinancement augmente toutefois déjà : le taux moyen des émissions françaises à moyen et long terme atteint 3,55% depuis le début de 2026, contre 3,14% en 2025. La charge budgétaire de la dette devrait ainsi atteindre 62,6 milliards d'euros cette année, puis 72,9 milliards en 2027. Si les taux restaient durablement élevés et que le prochain gouvernement ne parvenait pas à réduire suffisamment le déficit primaire, une part croissante de la dette serait progressivement refinancée à des conditions plus coûteuses, renforçant mécaniquement la pression sur les finances publiques.
La situation budgétaire française n'est toutefois pas la seule raison de la hausse des taux d'emprunt. Alors que le spread OAT-Bund s'est élargi d'environ 50 points de base depuis le 1er août, le rendement de l'OAT à 10 ans a augmenté d'environ 100 points de base sur la même période. Les 50 points de base restants reflètent donc davantage des facteurs exogènes à la France, notamment les pressions inflationnistes liées aux tensions géopolitiques, mais aussi une demande de capitaux particulièrement importante de la part des hyperscalers pour financer leurs investissements massifs dans les centres de données.
Dans ce contexte, les prochaines élections prévues au printemps prochain devraient revêtir une importance particulière pour la trajectoire des taux d'emprunt français. Leur évolution ne concerne pas uniquement les finances publiques, elle se transmet également aux conditions de financement des entreprises et des ménages français.
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source : AOF
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