Les Houthis mènent une attaque d'ampleur en Arabie saoudite, 73 civils blessés
L'Arabie saoudite a dénoncé mardi une série de frappes des Houthis du Yémen voisin, et promis de riposter à ce qui constitue la plus importante attaque de ces rebelles pro-iraniens contre le territoire saoudien depuis plusieurs années.
Le Yémen, pays pauvre de la péninsule arabique, a replongé dans la guerre en juillet sur fond d'embrasement régional. Et les hostilités se sont intensifiées ces derniers jours.
Après une meurtrière offensive sur le sol yéménite, les rebelles ont cette fois mené une vaste attaque en Arabie saoudite, qui dirige la coalition militaire soutenant le gouvernement yéménite reconnu par la communauté internationale.
Cet épisode, qui a blessé 73 civils, dont des femmes et enfants, selon le porte-parole de la coalition, marque "une escalade significative", souligne auprès de l'AFP Andreas Krieg, enseignant au King's College de Londres.
Les Houthis ont frappé avec des dizaines de drones et de missiles le sud de l'Arabie saoudite, visant des sites du géant pétrolier Aramco à Abha, Najran, et Jizan, ainsi que la base aérienne King Khalid à Khamis Mushait, selon leur porte-parole militaire Yahya Saree.
Cette opération a été menée en riposte à "121 frappes" menées par Ryad au Yémen ces trois derniers jours, a-t-il ajouté, la chaîne houthie Almasirah faisant état de nouvelles frappes saoudiennes mardi.
Elle accentue la pression sur l'Arabie saoudite, premier exportateur mondial de brut, déjà affectée par la quasi paralysie du détroit d'Ormuz. Les cours du pétrole montaient mardi, le baril de Brent, référence mondiale, se rapprochant à nouveau de la barre symbolique des 100 dollars.
Réponse "mesurée"?
Le sud de l'Arabie saoudite, frontalier du Yémen, abrite d'importantes infrastructures pétrolières, notamment à Jizan où Aramco exploite l'une des plus importantes raffineries du royaume, déjà visée à plusieurs reprises depuis juillet et arrêtée dans la foulée.
Selon Ryad, ces nouvelles frappes ont provoqué "des incendies sur plusieurs sites, entraînant l'interruption temporaire de certaines opérations".
Le royaume "n'hésitera pas à se défendre", a réagi mardi depuis Moscou le chef de la diplomatie saoudienne Fayçal ben Farhane, sans "fermer la porte à la diplomatie".
L'analyste Andreas Krieg estime toutefois que la réponse de l'Arabie saoudite "restera probablement mesurée, privilégiant les frappes aériennes, le soutien en matière de renseignements et le renforcement des forces gouvernementales yéménites", plutôt qu'une attaque terrestre.
Mais alors que Ryad cherchait à "se désengager du conflit yéménite", "faire preuve de retenue comporte désormais le risque de laisser les Houthis dicter la dynamique de l'escalade", analyse-t-il, parlant de "dilemme extrêmement délicat" pour le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane.
L'ampleur des frappes saoudiennes de mardi au Yémen n'était pas connue à ce stade mais celles de lundi ont notamment touché la prison d'al-Hazm dans la province de Jawf (nord), frontalière de l'Arabie saoudite, faisant 11 morts, selon un responsable provincial. Des images diffusées par les houthis montrent des murs totalement effondrés, et des cadavres extraits des décombres.
La recrudescence des combats ont contraint près de 20.000 personnes à fuir leur domicile, selon l'agence de l'ONU pour les migrations (OIM).
300 morts depuis jeudi
Au coeur de ce regain des hostilités, figure le stratégique détroit de Bab el-Mandeb.
Les rebelles avaient lancé jeudi une importante offensive visant à progresser vers les zones bordant cette voie maritime, qui relie l'Asie à l'Europe via la mer Rouge et le canal de Suez. Ces affrontements ont fait plus de 300 morts, selon des sources sein des deux camps.
Le détroit a gagné en importance depuis le début de la guerre au Moyen-Orient et le verrouillage par l'Iran du stratégique détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule.
Le Yémen est le dernier pays entraîné dans la guerre régionale déclenchée par l'offensive américano-israélienne sur l'Iran fin février.
Le cessez-le-feu en vigueur depuis 2022 a volé en éclats en juillet, les Houthis défiant l'hégémonie de Ryad sur l'espace aérien yéménite. L'aéroport de Sanaa avait alors été visé par des frappes attribuées à l'Arabie saoudite.
Depuis, les rebelles, soutenus par la République islamique, multiplient les attaques contre des sites militaires et des zones contrôlées par le gouvernement yéménite.
Ils ont également annoncé un blocus maritime de l'Arabie saoudite, et visé ses navires pétroliers et ses infrastructures.
La guerre au Yémen, commencée en 2014, a fait des centaines de milliers de morts et plongé le pays dans une crise humanitaire majeure.
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