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Votre cerveau est un très mauvais banquier : les leçons de la finance comportementale

Vous est-il déjà arrivé d'éviter d'ouvrir votre application bancaire, non par oubli, mais par prudence émotionnelle ?

Comme si ne pas regarder pouvait suspendre la réalité. Ce réflexe, bien plus répandu qu'on ne le croit, résume à lui seul ce qu'étudie la finance comportementale : la manière dont nos émotions et nos raccourcis mentaux orientent nos décisions d'argent, le plus souvent à notre insu.

C'est le fil qu'ont tiré ensemble Fabien Olicard, dans son podcast Le Fil Mental, et Maxime Poque, directeur Épargne de Bourse Direct. De l'argent du quotidien jusqu'à l'investissement, dix biais passent au crible, chacun assorti d'une clé concrète pour reprendre la main. Un épisode à écouter, et un article pour garder l'essentiel sous les yeux.

À retenir

Face à l'argent, notre cerveau ne calcule pas : il suit des raccourcis mentaux, les biais cognitifs, qui nous font parfois agir contre nos propres intérêts.

Ces biais s'invitent d'abord au quotidien, à l'image du biais du présent, qui fait passer le plaisir immédiat avant l'épargne.

Ils poussent ensuite à surprotéger son argent : avec l'aversion à la perte, une perte pèse environ deux fois plus qu'un gain, au point d'oublier que l'inflation érode l'épargne qui dort.

C'est sur les marchés qu'ils coûtent le plus cher, notamment l'excès de confiance, qui fait oublier qu'une stratégie doit s'adapter au temps qu'on peut y consacrer.

Impossible de s'en débarrasser, mais on peut les contourner : constituer d'abord son épargne de précaution, puis programmer des versements réguliers pour ne plus dépendre de sa volonté.

La finance comportementale, qu'est-ce que c'est ?

Une définition simple

La finance comportementale étudie la façon dont les facteurs psychologiques, émotionnels et sociaux influencent les décisions financières des individus. Elle part d'un constat que chacun peut vérifier sur lui-même : face à l'argent, l'être humain ne raisonne pas comme une calculatrice. Il procède par raccourcis mentaux, appelés biais cognitifs, qui lui font gagner du temps au quotidien mais le conduisent parfois à des choix contraires à ses propres intérêts. Son objet n'est pas de juger ces comportements, mais d'en mesurer l'influence sur les résultats obtenus par chacun.

D'où la question posée en ouverture de l'épisode : et si nos problèmes d'argent n'étaient pas, au fond, des problèmes d'argent ?

Finance classique et finance comportementale

La théorie financière classique repose sur un personnage idéal, l'homo œconomicus : un investisseur parfaitement informé et rationnel, qui choisit toujours l'option maximisant sa richesse. La finance comportementale ne rejette pas ce cadre, elle le confronte à la réalité des comportements observés.

  Finance classique Finance comportementale
Vision de l'investisseur Rationnel, informé, constant Influencé par ses émotions et ses raccourcis mentaux
Traitement de l'information Complet et objectif Sélectif, filtré par les croyances
Rapport au risque Stable, calculé Asymétrique : une perte pèse plus qu'un gain
Méthode Modèles théoriques Expériences et observations réelles

Kahneman, Tversky et Thaler, les pères fondateurs

La discipline prend son essor en 1979, quand les psychologues Daniel Kahneman et Amos Tversky publient leur théorie des perspectives, qui démontre que nous évaluons les gains et les pertes de façon asymétrique. Kahneman reçoit le prix Nobel d'économie en 2002. L'économiste Richard Thaler, à l'origine du concept de comptabilité mentale et des « coups de pouce » comportementaux, est récompensé à son tour en 2017.

Deux prix Nobel en toile de fond : la finance comportementale n'a rien d'une théorie marginale.

Quand la psychologie bouscule l'hypothèse d'efficience des marchés

Pendant des décennies, la théorie financière dominante a reposé sur l'hypothèse d'efficience des marchés : le prix d'un titre refléterait à tout moment l'ensemble des informations disponibles, et des investisseurs rationnels ne pourraient durablement battre le marché. La recherche en économie et en finance comportementale a pourtant mis en évidence de nombreuses anomalies : surréactions des cours boursiers après une mauvaise nouvelle, bulles spéculatives, tendances qui s'auto-entretiennent. Dès 1985, Werner De Bondt et Richard Thaler montraient dans le Journal of Finance que les titres ayant le plus chuté avaient tendance à rebondir ensuite, signe que les investisseurs avaient surréagi.

Ces travaux établissent que les décisions des individus, et donc l'évaluation des actifs financiers comme le cours d'une société cotée, dépendent aussi, de manière récurrente, de facteurs psychologiques. Daniel Kahneman a popularisé une grille de lecture en deux systèmes de pensée. Le système 1, rapide, intuitif et émotionnel, prend l'essentiel de nos décisions quotidiennes ; le système 2, lent et analytique, ne s'active qu'au prix d'un effort. Face à un choix financier, c'est le plus souvent le système 1 qui tranche, à travers des raccourcis efficaces dans la vie courante mais trompeurs sur les marchés. C'est tout l'apport de la psychologie à la finance.

Au quotidien : les réflexes qui faussent notre rapport à l'argent

Avant d'être un sujet technique, l'argent est un sujet émotionnel. Les premiers pièges ne concernent ni les marchés ni les placements : ils se jouent dans les décisions de tous les jours.

Le tabou et l'évitement

En France, on évoque souvent plus volontiers sa vie amoureuse que son salaire. Ce tabou a un coût invisible : faute d'en parler et d'y réfléchir, les décisions se prennent par défaut. On peut ainsi passer plus de temps à choisir une raquette de tennis qu'à décider combien et comment épargner.

Fabien Olicard en a fait l'expérience. Pendant des années, ses revenus d'artiste ont alterné mois chargés et mois creux, et il avait pris l'habitude de ne plus consulter son compte après une mauvaise période. Il croyait se protéger du stress ; il se privait surtout d'informations. Son compte, constate-t-il, était moins anxiogène que ce que son imagination en faisait.

Maxime Poque observe que le tabou recule chez les jeunes générations, qui parlent plus ouvertement de salaire, même si la réussite affichée sur les réseaux sociaux reste parfois factice. Dans son propre couple, les premières discussions d'argent ont parfois été délicates, avant que des échanges partis de sujets concrets ne fassent converger les points de vue.

La cléCommencer par le plus petit domino. Plutôt que de viser une révolution de ses finances, identifier la plus petite action possible aujourd'hui : un point rapide une fois par mois sur l'état de son budget, par exemple. L'argent redevient ce qu'il est, un outil au service de projets.

Le biais du présent

Notre cerveau survalorise la gratification immédiate au détriment d'un gain futur plus important. En 1998, les chercheurs Daniel Read et Barbara van Leeuwen l'ont illustré avec des en-cas : pour la semaine suivante, la majorité des participants choisit un fruit ; pour tout de suite, elle se tourne vers le chocolat.

C'est aussi ce qui rend l'épargne retraite si difficile à envisager pour beaucoup de Français : l'échéance, parfois située à plusieurs dizaines d'années, paraît trop lointaine pour motiver un effort aujourd'hui. Pourtant, grâce à l'effet boule de neige des intérêts composés, démarrer tôt coûte moins cher : à effort d'épargne égal, on obtient davantage, ou l'on obtient autant en épargnant moins chaque mois.

La cléAutomatiser. Des versements programmés, fixés une fois pour toutes à froid, retirent la décision des mains du « moi » impulsif. Visualiser concrètement ses projets aide aussi, tout comme la règle des 48 heures de réflexion avant un achat d'impulsion.

La comptabilité mentale

Décrite par Richard Thaler dès 1985, la comptabilité mentale désigne notre tendance à ranger l'argent dans des tiroirs différents selon sa provenance. Une prime de 100 € ne sera pas traitée comme 100 € de salaire, alors qu'un euro reste un euro.

Maxime Poque en donne un exemple vécu : lors de week-ends entre amis, chacun mise 10 € sur des jeux à gratter. Quand le groupe gagne 30 €, il les rejoue aussitôt, souvent jusqu'à tout reperdre. Ce gain modeste semble avoir moins de valeur que l'argent sorti du compte courant.

Ce réflexe peut pourtant devenir un allié. Tout est question de critère : compartimenter son argent selon son origine est un piège ; le compartimenter selon son usage est une bonne pratique. C'est tout le principe d'un budget réparti en pourcentages (la règle 50/30/20 par exemple) ou d'une épargne organisée en étages : précaution, projets, long terme.

La cléAffecter tout gain exceptionnel dès sa réception, selon une répartition décidée à l'avance.

Mettre un nom sur ces mécanismes, c'est déjà commencer à s'en libérer. Ce n'est pas l'économie ni le manque d'argent qui freinent la plupart des épargnants, ce sont leurs propres biais.

Épargne : pourquoi on surprotège son argent

L'épargnant français a la réputation d'être prudent. La finance comportementale montre que cette prudence n'est pas toujours un choix réfléchi, et que ne rien faire reste une décision, avec ses propres conséquences.

L'aversion à la perte

C'est le mécanisme fondateur de la discipline. Kahneman et Tversky ont montré en 1979 qu'à enjeu égal, une perte pèse en moyenne environ deux fois plus lourd qu'un gain dans notre esprit, avec des variations selon les personnes et les contextes. Perdre 30 € gâche la soirée ; en trouver 30 la réchauffe à peine.

Face à la Bourse, cette asymétrie joue à plein. Sur les marchés actions, les séances de hausse et de baisse se répartissent à peu près à parts égales, mais chaque baisse fait plus mal qu'une hausse ne fait plaisir. Consulter son portefeuille tous les jours revient donc à s'exposer à un déséquilibre émotionnel permanent, avec deux risques : abandonner en cours de route, ou acheter au plus haut et vendre au plus bas.

Maxime Poque insiste sur un préalable : constituer son épargne de précaution avant d'investir. Quand il entend de jeunes actifs placer l'intégralité de leurs premiers salaires en cryptomonnaies, ce n'est pas tant l'actif qui l'interpelle que le calendrier. Sans réserve disponible, le moindre imprévu peut obliger à vendre au pire moment.

La cléSéparer clairement épargne de précaution et investissement, démarrer avec de petits montants, et raisonner sur un horizon long plutôt que sur les variations de la semaine.

Investir comporte bien sûr un risque de perte en capital, et rien de ce qui est décrit ici ne constitue un conseil personnalisé.

L'illusion monétaire

Le solde affiché sur un compte ne bouge pas, mais sa valeur réelle, si. Les économistes parlent d'illusion monétaire (Shafir, Diamond et Tversky, 1997) : nous raisonnons en euros affichés plutôt qu'en pouvoir d'achat. L'image est celle d'un verre d'eau posé au soleil : le verre reste intact, mais son contenu s'évapore.

Simulation (hypothèse d'école)  
Somme conservée sans rémunération 10 000 €
Inflation supposée 2 % par an
Pouvoir d'achat au bout de 10 ans environ 8 200 € d'aujourd'hui

Maxime Poque raconte ces amis qui lui confient ne vouloir « prendre aucun risque » pour préparer leur retraite. La réaction est logique, mais sur un horizon de plusieurs décennies, ne prendre aucun risque revient à accepter une perte de pouvoir d'achat quasi certaine. Contre-intuitif, parce que nous percevons la perte en valeur nominale et oublions ce que l'argent permet réellement de faire.

La cléRaisonner en rendement réel (taux de rémunération moins inflation) et se demander, pour chaque somme épargnée, à quoi elle doit servir et à quel horizon.

Le biais du statu quo

Par confort ou par crainte de la complexité, nous conservons nos habitudes et notre comportement financier, même mauvais. William Samuelson et Richard Zeckhauser l'ont documenté en 1988 : en laboratoire comme dans la vie réelle, l'option par défaut colle à la peau.

L'étude la plus spectaculaire est celle de Brigitte Madrian et Dennis Shea (2001). Une grande entreprise américaine a inversé le mode d'inscription à son plan d'épargne retraite : au lieu de devoir s'inscrire, les nouveaux salariés étaient inscrits d'office, libres de se désinscrire. Résultat : le taux de participation est passé de 37 % à 86 %. Mais la plupart des salariés ont conservé indéfiniment le taux de versement et l'allocation proposés par défaut, perçus comme une recommandation implicite. Le dispositif enclenche l'épargne, tout en dispensant l'épargnant de réfléchir à ce qui lui convient vraiment.

Se former aide à sortir de cette inertie, sans suffire à lui seul. Maxime Poque cite l'exemple d'une entreprise ayant proposé une formation à l'épargne à ses salariés : à la sortie, tous déclaraient vouloir épargner davantage, mais seuls 14 % ont réellement* modifié leur comportement, contre 7 % chez ceux qui n'avaient pas suivi la formation. La formation double l'effet, sans garantir le passage à l'acte.

*« Defined Contribution Pensions: Plan Rules, Participant Decisions, and the Path of Least Resistance », James J. Choi, David Laibson et Brigitte Madrian 2002

La cléComparer les options, se renseigner, puis transformer la bonne résolution en automatisme. Bourse Direct met à disposition des contenus pédagogiques gratuits pour comprendre où va son argent et débuter en confiance.

À retenir · Save More Tomorrow, ou l'art de retourner ses biais

Imaginé par Richard Thaler et Shlomo Benartzi (2004), ce programme propose aux salariés de s'engager à affecter une partie de leurs futures augmentations à l'épargne. Il retourne trois biais à l'avantage de l'épargnant : l'aversion à la perte, puisque le salaire net perçu ne baisse jamais ; le biais du présent, puisque l'effort est reporté à plus tard ; et l'inertie, puisqu'une fois paramétré, le dispositif tourne seul. Dans la première entreprise testée, le taux d'épargne moyen des participants est passé d'environ 3,5 % à 13,6 % en un peu plus de trois ans.

Passer de la peur passive à la curiosité active : c'est sans doute le meilleur antidote au doute, à condition d'avancer à son propre rythme.

Investissement : les erreurs de jugement qui coûtent le plus cher

C'est sur les marchés financiers que ces travers laissent les traces les plus visibles, parce que leurs effets se mesurent en performance.

La paralysie par l'analyse

Beaucoup d'épargnants attendent de tout comprendre avant de faire le premier pas, et ne le font jamais. En 2004, Sheena Iyengar, Gur Huberman et Wei Jiang ont analysé les plans d'épargne retraite d'entreprises américaines : plus le nombre de fonds proposés augmentait, moins les salariés participaient. Trop de choix paralyse, un peu comme devant un catalogue de séries si fourni qu'on passe la soirée à chercher sans rien regarder.

L'excès inverse existe aussi. Face à plusieurs fonds, de nombreux épargnants répartissent leur mise à parts égales sans examiner leur contenu : c'est la diversification naïve, dite heuristique 1/n (Benartzi et Thaler, 2001). Avec un fonds actions et un fonds obligataire, la plupart optent pour 50/50. Si le second fonds est déjà lui-même mixte, ils restent sur 50/50, et se retrouvent sans le savoir majoritairement exposés aux actions.

La cléCommencer petit, apprendre en faisant, et privilégier des solutions simples dont on comprend le fonctionnement.

L'attente du bon moment et le biais d'ancrage

Faut-il attendre le bon moment pour investir ? Personne ne le connaît à l'avance. Les marchés actions ont traversé des crises majeures, des chocs pétroliers à la bulle internet jusqu'au Covid, et ont historiquement progressé sur le long terme. Les performances passées ne préjugent toutefois pas des performances futures.

L'ancrage aggrave la difficulté : un prix passé, le cours d'achat d'une action ou son plus haut historique, devient une référence mentale qui fausse le jugement. L'investisseur attend un « retour à la normale » qui n'a rien d'une norme.

La réponse comportementale tient en un mot : régularité. Investir la même somme à intervalles fixes, selon la méthode dite de l'investissement programmé (DCA), évite d'avoir à deviner le bon moment. En période de volatilité, elle permet en outre d'acheter davantage de parts quand les cours baissent ; sur un marché en hausse continue, en revanche, elle ne garantit pas un meilleur prix moyen qu'un investissement en une fois. La régularité, c'est le brossage de dents de l'épargne : personne ne rattrape six mois de brossage en une soirée.

L'effet de mode et le FOMO

Acheter parce que « tout le monde en parle » : la peur de passer à côté (le FOMO, pour fear of missing out) et l'influence du groupe, ou effet de troupeau, poussent à entrer sur un actif au moment où il est déjà le plus cher.

La cléSe fixer une stratégie personnelle, idéalement écrite, ne jamais investir dans ce qu'on ne comprend pas, et ignorer le bruit de court terme.

Confirmation, familiarité, récence : trois biais cousins

Maxime Poque en ajoute trois, très fréquents chez les investisseurs :

  • le biais de confirmation, qui pousse à ne lire et ne retenir que les informations allant dans notre sens. Les outils d'intelligence artificielle, de plus en plus utilisés comme source d'information, ont eux aussi tendance à abonder dans le sens de l'utilisateur. Son astuce : leur demander explicitement d'agir en expert et de fournir les contre-arguments ;
  • le biais de familiarité, qui se traduit par un biais domestique : les investisseurs français surpondèrent le CAC 40 sans raison objective, d'autres concentrent leur épargne sur les actions de leur propre entreprise ;
  • le biais de récence, qui consiste à extrapoler une tendance récente comme une vérité durable, qu'il s'agisse de la domination des valeurs technologiques américaines ou d'un rendement annuel supposé constant jusqu'à la retraite.

L'excès de confiance

C'est probablement l'erreur la plus coûteuse pour les investisseurs particuliers. Brad Barber et Terrance Odean ont étudié les comptes d'environ 66 000 foyers américains : sur six années de données (1991-1996), les investisseurs les plus actifs obtenaient des résultats nets nettement inférieurs à ceux du marché (2000). Dans une seconde étude (2001), ils ont montré que les hommes passaient environ 45 % d'ordres de plus que les femmes, pour un résultat net inférieur.

Témoignage · Le premier PEA de Maxime Poque

Jeune actif, Maxime ouvre un PEA « pour tenter des coups ». Il cherche des valeurs pour lesquelles plusieurs sites ou forums annoncent une hausse future et un consensus à l'achat. Il consolide tout cela dans un Excel et sélectionne les valeurs avec le plus de voyants verts.

Résultat : les lignes sélectionnées perdent en moyenne 90 % de leur valeur. Il en tire deux leçons : on ne peut pas faire l'économie de comprendre ce dans quoi on investit, et il faut ajuster sa stratégie au temps qu'on peut réellement y consacrer.

Aujourd'hui, sa pratique est assumée, sans dogme : un cœur de portefeuille en ETF (fonds indiciels cotés) avec une répartition tenue dans le temps, et quelques paris de conviction à la marge. Il n'existe pas, selon lui, de stratégie parfaite dans l'absolu, seulement une stratégie optimale pour le temps que l'on peut y consacrer.

L'action bat la perfection, et la régularité bat le talent. Nul besoin d'être riche ni expert pour commencer : quelques dizaines d'euros par mois et des routines simples suffisent à poser les bases.

Comment déjouer ses biais au quotidien

La volonté ne suffit pas : pour Maxime Poque, il faut ruser avec soi-même, et idéalement retourner ses biais à son avantage.

Biais Ce qu'il provoque La parade
Tabou et évitement Décisions prises par défaut Un point budget mensuel, une petite action à la fois
Biais du présent Plaisir immédiat privilégié, épargne repoussée Versements programmés, projets visualisés
Comptabilité mentale Gains exceptionnels dilapidés Compartimenter par usage, pas par origine
Aversion à la perte Refus de tout risque, ventes paniques Épargne de précaution d'abord, horizon long
Illusion monétaire Érosion du pouvoir d'achat ignorée Raisonner en rendement réel
Statu quo Mauvaises habitudes conservées Comparer, se former, automatiser
Paralysie par l'analyse Premier pas sans cesse repoussé Commencer petit, choisir simple
Ancrage et attente du bon moment Entrée différée, jugement faussé par un prix passé Investir régulièrement
FOMO et effet de troupeau Achats au plus haut Stratégie écrite, comprendre avant d'investir
Excès de confiance Trop d'ordres, performance dégradée Adapter sa stratégie au temps disponible

Se former, pour savoir pourquoi on agit

« Quand quelqu'un a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que lui donner un poisson. » (Investir à 30 ans : par où commencer ?) Pour Maxime Poque, se former permet de passer de « je fais quelque chose » à « je comprends pourquoi je le fais ». C'est une protection redoutable contre les conseils de l'entourage : quand un ami vante l'immobilier locatif ou ses gains en cryptomonnaies, l'épargnant formé sait si ce choix correspond à sa propre situation, à son besoin de liquidités pour un projet à moyen terme ou au niveau de son épargne de précaution.

Attention toutefois à l'excès de précision. Face à un débutant, vouloir tout nuancer peut compliquer le message au point de décourager l'action. Mieux vaut souvent accepter un 80/20, puis viser le 90/10 une fois le premier changement installé.

Automatiser, pour ne plus dépendre de sa volonté

Les versements programmés se paramètrent une fois, puis fonctionnent sans effort. Ils neutralisent le biais du présent et l'inertie, et mettent à distance les émotions liées aux fluctuations de marché. Chez Bourse Direct, les plans d'investissement programmés, mensuels ou trimestriels, sont disponibles sur l'ensemble des enveloppes : PEA, comptes titres, assurance vie et PER.

Pour les PEA et compte-titres sans montant minimum : il suffit de pouvoir acheter une part de l'action ou de l'ETF choisi, soit quelques euros pour certains ETF, avec 0 € de frais de courtage sur une sélection d'ETF.

Le même principe s'applique à l'assurance vie et au plan d'épargne retraite, à partir de 50 € par mois.

Rééquilibrer, mais au bon rythme

Ajuster trop souvent sa stratégie relève de la gesticulation : c'est de la tactique, et l'on redevient alors vulnérable à ses biais. Maxime Poque distingue deux déclencheurs légitimes :

  • pour l'épargne, un événement de vie important : naissance, installation en couple, dépense imprévue conséquente. Il peut alors être utile d'adapter sa capacité d'épargne (augmentation, réduction) et sa nature (diversification, sécurisation) ;
  • pour l'investissement, un écart significatif avec la répartition cible. Un investisseur qui visait 50 % d'actifs sécurisés et 50 % d'actifs dynamiques et se retrouve à 40/60 après une forte hausse des marchés rééquilibre son portefeuille pour revenir à 50/50 et rester fidèle à sa stratégie de départ.

Ce que notre rapport à l'argent dit de nous

Et si l'argent était un test de personnalité que l'on passe chaque jour sans le savoir ? Chaque évitement, chaque achat impulsif, chaque « je verrai plus tard » renseigne sur notre rapport au temps, au contrôle, à la confiance en soi ou au regard des autres. Les biais ne sont pas des défauts à éradiquer, ce sont des signaux à lire.

Maxime Poque le résume ainsi : les raisons d'un choix comptent davantage que le choix lui-même. Fabien Olicard le formule à sa manière : on croit parler chiffres, on parle en réalité d'identité.

Les chiffres, eux, n'hésitent pas, ne procrastinent pas et ne se racontent pas d'histoires. La meilleure décision financière d'une vie ne sera peut-être pas un placement, mais un moment de lucidité sur soi-même.

FAQ

Qu'est-ce que la finance comportementale ?

C'est l'étude de l'influence des facteurs psychologiques, émotionnels et sociaux sur les décisions financières. Elle montre que l'épargnant et l'investisseur ne sont pas parfaitement rationnels et sont soumis à des biais cognitifs récurrents.

Qui a fondé la finance comportementale ?

Les psychologues Daniel Kahneman et Amos Tversky, avec leur théorie des perspectives publiée en 1979, puis l'économiste Richard Thaler. Kahneman et Thaler ont reçu le prix Nobel d'économie, respectivement en 2002 et en 2017.

Quel est le biais le plus fréquent chez les épargnants ?

L'aversion à la perte et le biais du présent figurent parmi les plus répandus : le premier pousse à fuir tout risque, le second à repousser l'effort d'épargne. Ils se combattent efficacement par l'automatisation des versements et un horizon de placement long.

Peut-on se débarrasser de ses biais cognitifs ?

Non, ils sont inhérents au fonctionnement du cerveau. En revanche, les identifier permet d'en limiter les effets, et certains dispositifs, comme les versements programmés, permettent même de les retourner à son avantage.

À écouter · Le Fil Mental x Bourse Direct. « Votre cerveau est un très mauvais banquier », un épisode du podcast de Fabien Olicard réalisé en collaboration commerciale avec Bourse Direct, avec Maxime Poque, directeur Épargne. Disponible sur toutes les plateformes de podcast.

Investir en Bourse comporte des risques de perte en capital. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures et ne sont pas constantes dans le temps. Les informations présentées dans cet article ne constituent pas un conseil en investissement au sens du Code monétaire et financier.