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Tesla, le nouveau Lehman Brothers ?

| Boursier | 160 | Aucun vote sur cette news

Lehman menaçait aussi les vendeurs à découvert et désirait sortir de la cote

Tesla, le nouveau Lehman Brothers ?
Credits Reuters

Pendant que les petits investisseurs s'échinent à demander à Elon Musk d'abandonner le réseau social Twitter, les vendeurs à découvert comptent leurs gains sur le dossier Tesla, qui a encore perdu plus de 7% vendredi soir à environ 262$ dans un énorme volume.

Tesla et Lehman, même combat ?

David Einhorn, le Président de Greenlight Capital, qui s'était fait remarquer en alertant à propos de la sous-capitalisation de la banque d'affaires américaine Lehman Brothers avant qu'elle ne fasse faillite en septembre 2008 et accompagne l'une des plus graves crises financières de l'histoire, juge que Tesla affiche des similitudes avec l'ex-géant new-yorkais de l'investissement. Les commentaires d'Einhorn ont sans doute accentué la chute du titre du constructeur de véhicules électriques vendredi soir. Le gestionnaire de 'hedge-fund' juge qu'il existe plusieurs similarités entre les deux groupes.

Lehman menaçait les vendeurs à découvert et voulait sortir de la cote

Dans une lettre adressée à ses clients, Einhorn analyse : "Lehman avait menacé les vendeurs à découvert, refusé de lever des capitaux (ils rachetaient même des actions), et le management suggérait publiquement qu'ils allaient sortir de la cote. Des mois plus tard, les actionnaires, créanciers, employés, et l'économie globale, avaient payé le prix fort, le comportement téméraire du management ayant mené le groupe à la faillite". Einhorn estime par ailleurs que l'effondrement de Lehman aurait pu être évité, si les autorités avaient sévi contre le groupe quelques années auparavant.

De nombreux parallèles

"Il y a de nombreux parallèles avec Tesla", assure l'investisseur. "En 2013, TSLA était au bord du gouffre, alors que les clients qui avaient payé des avances ne recevaient pas leurs Model S. Les réserves de trésorerie de TSLA étaient tombées à un niveau dangereusement bas et le directeur général Elon Musk tentait secrètement et désespérément de vendre la compagnie à Google. Plutôt que de communiquer la vérité aux actionnaires, M. Musk avait bluffé pour traverser la crise. Le fait de ne pas admettre la réalité n'avait aucune conséquence réglementaire, juridique ou commerciale. L'entreprise a survécu et M. Musk a été récompensé pour son bluff réussi", résume Einhorn à sa manière. "Cela a enhardi Musk, lui donnant une plateforme pour être encore plus trompeur", a ajouté le gestionnaire de fonds.

Pour Einhorn, Musk chercherait à être viré

Einhorn pense que la 'tromperie' rattrapera le constructeur de voitures électriques et son patron. Le gestionnaire estime que l'instabilité émotionnelle de Musk est liée au fait qu'il prend conscience que le temps presse. "Son comportement suggère qu'il fait de son mieux pour être démis de ses fonctions de directeur général afin d'éviter toute responsabilité. Quitter le groupe n'est pas une option, parce que cela empêcherait M. Musk d'affirmer qu'il aurait pu régler le problème s'il était resté", selon Einhorn. "Mais c'est une impasse mexicaine. Le conseil d'administration est trop proche de lui pour le renvoyer et ne veut pas non plus être blâmé. La même chose peut être dite à propos de la SEC, qui est revenue sur sa menace de lui interdire toute fonction de dirigeant (d'entreprise cotée)".

Greenlight a gagné gros en vendant Tesla à découvert

Il faut rappeler que la romance entre Musk et Einhorn ne date pas d'hier. Le gestionnaire de fonds n'a cessé de tacler le patron de Tesla, qui le lui a assez bien rendu.

Néanmoins, c'est bien Einhorn et son fonds qui ressortent largement gagnants ces dernières semaines, suite aux derniers rebondissements ayant suivi le projet avorté de sortie de la cote du CEO du constructeur. Ainsi, Tesla a représenté la deuxième position de vente à découvert de Greenlight la plus lucrative au troisième trimestre ! Notons que la firme d'Einhorn a également des positions acheteuses de long terme, ce qui rend l'investisseur bien plus crédible que le 'vendeur à découvert moyen'. Greenlight a par exemple gagné plus d'un milliard de dollars sur Apple en huit ans.

Musk toujours très actif sur Twitter, malgré l'accord avec la SEC

Tesla est donc retombé à Wall Street en fin de semaine dernière. Dans une série de tweets, Elon Musk s'en est pris à la SEC et aux investisseurs vendant le titre Tesla à découvert. Ces attaques intervenaient moins d'une semaine après la conclusion d'un accord avec cette même autorité des marchés financiers américains, accord impliquant un contrôle des interventions du CEO sur les réseaux sociaux (!). Cela n'a pas empêché Musk de 'troller' la SEC (Securities & Exchange Commission), qualifiant l'autorité de marché de 'Shortseller Enrichment Commission', autrement dit de Commission d'enrichissement des vendeurs à découvert. "Juste pour dire que la Commission d'enrichissement des vendeurs à découvert fait un travail formidable. Et ce changement de nom lui va si bien", s'est amusé Musk, 47 ans, sur Twitter.

Jeudi, une juge fédérale américaine avait laissé à Musk et à la SEC une semaine pour argumenter et justifier leur fameux accord du 29 septembre prévoyant que Tesla et son patron payent chacun une amende de 20 millions de dollars, que Musk abandonne son fauteuil de président, que le groupe nomme des administrateurs indépendants et... qu'il contrôle mieux les interventions de son leader - en particulier sur les médias sociaux. L'accord mettait un terme à l'enquête de la SEC pour fraude. Alison Nathan, la juge en question, qui officie au tribunal fédéral de Manhattan, a indiqué qu'il était habituel dans ce genre d'affaires que les parties lui remettent une lettre commune expliquant en quoi l'arrangement est équitable et ne nuira pas à l'intérêt général.

Les vendeurs à découvert, fixation de Musk

Sans contrôle préalable apparent, Musk s'est livré en fin de semaine dernière à une série de Tweets visant la SEC et les affreux 'shortsellers' jouant la baisse des actions (en particulier celle de Tesla) en bourse. Un actionnaire lui a d'ailleurs expliqué sur Twitter que lui aussi travaillait contre les investisseurs de long terme en agissant de la sorte, ce à quoi Musk a répliqué : "Tenez-bon. Si vous êtes vraiment long-terme, cela ira bien".

Une autre actionnaire s'est plainte d'avoir été à cause de Musk "scotchée à court terme". Le leader de Tesla lui a répondu en mode gestionnaire de patrimoine : "Si vous pensez que Tesla est survalorisé en comparaison de la probable valeur des flux futurs de trésorerie, vendez. Sinon, achetez"... L'actionnaire en question a jugé que ces distractions étaient "mesquines et inutiles" et nuisaient aux actionnaires. Musk s'est lui montré confiant concernant la future valeur de Tesla : "Les gens oublient parfois qu'une compagnie est juste un groupe de personnes rassemblées pour concevoir des produits. Tant qu'elle fait de bons produits, sa valeur s'améliorera".

A propos des vendeurs à découvert, Musk a estimé qu'ils étaient "des destructeurs de valeur" et que l'activité de vente à découvert devrait être illégale... Musk est aussi revenu sur un vieux tweet dans lequel il défendait alors ces vendeurs, qu'il jugeait alors (en 2012) "injustement décriés". Depuis, Musk a changé d'avis. "Les dernières années m'ont appris qu'ils sont en fait raisonnablement décriés".

Répondant à un autre intervenant sur Twitter, qui se présentait notamment comme un ancien de BlackRock et jugeait "assez absurde" de suggérer que la vente à découvert devrait être illégale, Musk a rétorqué : "Il n'existe aucun motif rationnel pour qu'un actionnaire long (acheteur) prête ses actions à des shorts, car cela dilue l'actionnariat et incite fortement les vendeurs à découvert à attaquer la société par tous les moyens possibles, y compris les régulateurs". Ce tweet de Musk était assez fort, suggérant qu'il pourrait y avoir collusion entre des vendeurs à découvert et des régulateurs... "Lorsque cela se produit, c'est dans les fonds indiciels passifs, qui constituent la majeure partie du marché. Les détenteurs de ces fonds, principalement des petits investisseurs et des fonds de retraite, ne réalisent pas que leurs actions sont prêtées à des vendeurs à découvert, ce qui diminue leur rendement réel", a ajouté Musk. "Les gestionnaires d'indices comme BlackRock empochent et réalisent des profits excessifs avec des prêts à découvert tout en prétendant n'imposer que de faibles frais pour le suivi indiciel "passif"'.

L'accord avec la SEC déjà saboté ?

Tesla avait pourtant débuté très fort la semaine dernière, s'enflammant à Wall Street suite à l'annonce de l'accord conclu avec la Securities & Exchange Commission américaine (SEC). Le gendarme de la bourse américaine, qui accusait de fraude le CEO du groupe, Elon Musk, et voulait l'empêcher d'exercer en tant que dirigeant ou administrateur d'une société cotée, avait finalement annoncé durant le week-end précédent un accord avec Musk. Tesla et Musk doivent verser chacun 20 M$. Le dirigeant et fondateur du constructeur californien de voitures électriques doit quitter ses fonctions de président du conseil d'administration, mais peut conserver la direction opérationnelle en tant que directeur général (CEO), a précisé la Securities and Exchange Commission. L'accord, dévoilé deux jours seulement après l'annonce des poursuites contre Musk, était une réelle bonne nouvelle pour Tesla, comme l'ont reconnu les investisseurs et analystes. Par ses récents débordements sur Twitter, Musk pourrait cependant déjà compromettre ce 'deal', puisqu'il s'attaque directement à la SEC et tweete peut-être sans contrôle.

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