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"Il est revenu": l'angoisse sans fin des survivantes de violences conjugales

| AFP | 441 | 5 par 1 internautes
Affiches collées sur la pyramide du Louvre à Paris lors d'une action contre les violences faites aux femmes le 14 septembre 2019
Affiches collées sur la pyramide du Louvre à Paris lors d'une action contre les violences faites aux femmes le 14 septembre 2019 ( Zakaria ABDELKAFI / AFP/Archives )

Sauvées de justesse des coups de leurs conjoints, Sarah, Laura ou Adleen pensaient pouvoir revivre en paix quand ils ont été envoyés en prison. Mais ils sont revenus les harceler à leur sortie.

En cet après-midi de novembre, le visage de "Sarah" se fige soudain alors qu'elle reçoit des journalistes de l'AFP dans son appartement francilien. Son téléphone vient de vibrer.

La trentenaire, qui préfère ne pas donner son vrai prénom, regarde l'écran et soupire: "C'est encore lui".

"Lui", c'est son ex-conjoint qui, pendant des années, la "défonçait à coups de poing et de pied" le soir en rentrant à la maison. Jusqu'au jour où, "déjà en sang à 10h00 du matin", elle a appelé les gendarmes.

Plus de cinq ans après, impossible de tourner la page : les deux ex se partagent la garde de leur fils et, selon Sarah, il fait tout pour l'empêcher de refaire sa vie.

"Il peut parfois m'envoyer 100 messages par jour", détaille-t-elle. Rien que cette année, elle l'accuse de lui avoir fait perdre à la fois son emploi - "il venait me harceler au boulot, j'ai dû partir" - et son petit ami, un garçon "gentil" qu'il a "menacé" et qui "a préféré en rester là".

En novembre, l'AFP a également rencontré Adleen, 32 ans. En décembre 2017 en Seine-Saint-Denis, elle fait une hémorragie interne après avoir été rouée de coups par son mari, un chauffeur de VTC qui la frappe depuis des années à chaque désaccord ou presque.

Une voisine la transporte à l'hôpital, où elle restera près d'un mois, dont la moitié en réanimation. Un médecin lui fait comprendre qu'elle est une survivante: "Quand vous êtes arrivée, vous n'aviez plus que trois heures à vivre".

"Je m'enfuis"

Récidiviste, le mari d'Adleen sera condamné à deux ans de prison ferme et, pendant sa détention, exprimera tout sauf des regrets: "Il m'a envoyé des lettres de menaces".

Violences subies par les femmes
Violences subies par les femmes ( Thomas SAINT-CRICQ / AFP )

Quand elle apprend sa libération, en juillet dernier, l'angoisse fait perdre à Adleen "quatre kilos en une semaine".

Quelques semaines plus tard, nouveau choc, et nouvelles larmes, quand elle reçoit un courrier du juge des affaires familiales adressé aux deux parents concernant le suivi de leurs deux enfants, dont elle a la garde. On y a laissé son adresse actuelle: son ex-mari sait donc où elle habite.

Elle déménage ces jours-ci. "Je m'enfuis, plutôt", grince-t-elle.

A 31 ans, Laura Rapp ressemble à Sarah et Adleen avec ses cheveux brun, son allure soignée, fluette et juvénile et un regard doux qui trahit plusieurs années de tourments.

En avril 2013, jeune cadre dans l'immobilier dans le Val-de-Marne, elle tombe amoureuse d'un collègue qui se révèle vite "possessif, humiliant et violent". Elle n'osera jamais appeler la police, ni le dénoncer. Même quand il la frappera "en pleine grossesse".

Les violences culmineront un soir d'avril 2018, lorsqu'il voit rouge après que Laura lui a fait une remarque devant des collègues. A peine revenu à l'appartement, il se jette sur elle. "il m'a dit +je vais te tuer+, et a commencé à m'étrangler".

Alors qu'elle sent la vie la quitter, il s'arrête: un voisin alerté par le bruit frappe à la porte. Laura se dégage et parvient à sortir, étouffée et vomissante. Son désormais ex-compagnon sera mis en examen pour tentative de meurtre et écroué.

Il est libéré en février. En avril, elle se retrouve nez à nez avec lui alors qu'il est censé selon elle rester dans le Loiret dans le cadre de son contrôle judiciaire.

"J'ai totalement paniqué, je me suis dit que j'allais mourir".

Visites de nuit

Une pancarte à Marseille lors de la marche contre les violences faites aux femmes le 23 novembre 2019
Une pancarte à Marseille lors de la marche contre les violences faites aux femmes le 23 novembre 2019 ( CLEMENT MAHOUDEAU / AFP )

Démunie, elle lance le 14 mai un appel sur Twitter, postant une photo de son cou strié de marques de strangulations. "A l'aide, la justice me tourne le dos" et libère un "tortionnaire", écrit-elle.

L'appel, relayé par des associations d'aide aux femmes, fait du bruit. Une semaine après, son ex-compagnon est remis en prison.

"Face au silence de la justice, elle a eu parfaitement raison de le faire, car (après) ça a bougé", souligne son avocate, Me Nathalie Tomasini. Le procès pour tentative de meurtre est prévu début décembre.

Sarah, elle, reçoit toujours régulièrement des messages de menaces de son ex. Parfois, il vient tambouriner la nuit contre la porte de son appartement.

Elle aimerait qu'il se fasse soigner mais ne dit rien, pour ne pas l'énerver et risquer qu'il s'en prenne ensuite à leur fils.

Elle se veut positive, se dit "bien plus heureuse" aujourd'hui qu'avant. Mais elle se passerait bien de la "liberté surveillée" imposée par son ex.

En France, 117 femmes ont été tuées depuis le début de l'année par leurs conjoint ou ex, selon un décompte de l'AFP. Une partie des meurtriers présumés étaient déjà connus pour des violences antérieures.

Parfois, quand il y a un nouveau féminicide dans son département, des proches de Sarah l'appellent. Elle sourit tristement: "Quand je réponds, ils me disent: ouf, ce n'est pas toi, c'est bien".

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