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"Unis dans la tristesse", les Catalans demandent le dialogue après la répression

| AFP | 74 | Aucun vote sur cette news
Rassemblement à Barcelone après la répression policière contre le référendum d'autodétermination de la Catalogne, le 2 octobre 2017
Rassemblement à Barcelone après la répression policière contre le référendum d'autodétermination de la Catalogne, le 2 octobre 2017 ( PIERRE-PHILIPPE MARCOU / AFP )

"Une union de gens tristes". Pour ou contre l'indépendance, les Catalans sont surtout gagnés par la mélancolie après la répression policière ayant visé le référendum d'autodétermination interdit, se montrant plus assoiffés de dialogue que d'une confrontation avec Madrid.

A l'entrée des bureaux, devant les kiosques à journaux, sur les terrasses des cafés ou dans les queues au marché, l'inquiétude est dans toutes les conversations à Barcelone.

Antoni Crespo, 85 ans, discute entre deux cours avec un autre étudiant, dans le patio de l'université de Barcelone où ce cordonnier à la retraite suit un master de philosophie.

"Je ressens beaucoup de douleur, beaucoup de peine, beaucoup d'angoisse, beaucoup de désenchantement, beaucoup de préoccupation après ce qui s'est passé," confie-t-il à l'AFP.

Les images de policiers empoignant ceux qui les empêchaient de fermer les bureaux de vote, les agrippant parfois par les cheveux, donnant des coups de matraque ou tirant des balles en caoutchouc ont tourné en boucle dans les médias et les réseaux sociaux. D'autres montraient des agents insultés par les manifestants.

Selon l'exécutif séparatiste catalan, près de 900 manifestants ont dû être examinés par les services de secours. Près de 40 policiers ont également eu besoin d'une assistance immédiate, selon le ministre espagnol de l'Intérieur.

"Tout ça a blessé l'âme de ce pays. Je n'irais pas jusqu'à dire que c'était une humiliation car c'est un mot très grave, encore plus dans une démocratie. Mais je suis convaincu que nous sommes blessés, tant les partisans du oui que ceux du non", explique M. Crespo, indépendantiste "par tradition familiale".

"Il n'y a pas de mot pour ce qui s'est passé hier, c'est honteux", juge pour sa part Sergi Capell, 50 ans, fondateur d'une agence de design et de communication, à l'entrée du Cercle artistique royal de Barcelone, où il s'apprête à donner une conférence.

Après avoir passé une grande partie du dimanche dans la rue à faire des photos, et tout en se disant contre l'indépendance, il assure se sent "indigné". "La violence ne doit jamais surpasser le libre exercice du vote, le fait de s'exprimer, de pouvoir décider", affirme-t-il.

"Aujourd'hui, je crois qu'il y a une unité de gens tristes en Catalogne", résume l'économiste Jordi Alberich 58 ans, figure du monde de l'entreprise catalan.

Certains Catalans qui ne pensaient pas voter ont d'ailleurs changé d'avis.

C'est le cas de Julia Mayayo, infirmière de 26 ans, partie chercher du travail au Royaume-Uni pendant la crise économique espagnole, et revenue à Barcelone il y a une semaine, après trois ans dans la ville galloise de Bangor.

"Je ne crois pas en une Catalogne indépendante en dehors de l'Union européenne", et "venant d'Angleterre, et du Brexit, pour moi ce serait comme faire de nouveau la même erreur", explique-t-elle devant l'une des principales librairies du centre de Barcelone.

"Mais maintenant, je ne veux pas non plus dire complètement +non+ parce que vraiment, je ne veux rien savoir du gouvernement actuel, de M. Rajoy, qui parle sans arrêt de démocratie et se met ensuite à faire ce genre de choses", ajoute-t-elle.

Dimanche, ses deux soeurs de 16 et 18 ans étaient terrorisées à l'idée que la police fasse irruption dans les bureaux de vote où elles s'étaient portées volontaires.

Mais pour son amie Cristina Doñate, institutrice de 26 ans ouvertement indépendantiste, ce ne sont pas en soi les événements de dimanche qui peuvent creuser un fossé entre les Catalans et le reste des Espagnols, mais bien plus le gouvernement, qu'elle juge responsable de l'action policière.

"Avec le reste de l'Espagne, je ne crois pas, parce qu'il y a vraiment eu beaucoup d'actions de protestations dans toute l'Espagne (...) Beaucoup de gens nous soutiennent. Mais de la part du gouvernement espagnol je crois que oui", dit-elle sous le vacarme causé par un hélicoptère au-dessus d'elle, surveillant une manifestation contre la violence toute proche.

Malgré le chagrin, les demandes de dialogue sont unanimes.

"Il faut faire la différence entre le rejet des images de l'action policière et une proposition d'indépendance qui marquera des générations", prévient M. Alberich.

"Je crois que le dialogue est plus important que jamais", ajoute-t-il.

"Le bon sens doit s'imposer", estime aussi Sergi Capell. "Une déclaration d'indépendance ne nous mènera nulle part".

Une sécession unilatérale "est un pas en avant très risqué à mon avis", abonde Antoni Crespo. "Il faut qu'ils parlent, qu'ils le veuillent ou non, car sinon nous perdrons tout, eux comme nous".

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