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Trois enjeux de la présidentielle en Russie

| AFP | 246 | Aucun vote sur cette news
La cathédrale de Saint-Basile (G) et le Kremlin  sur la Place Rouge à Moscou, le 16 mars 2018
La cathédrale de Saint-Basile (G) et le Kremlin sur la Place Rouge à Moscou, le 16 mars 2018 ( Mladen ANTONOV / AFP )

Si la réélection de Vladimir Poutine ne fait guère de doute, le vote de dimanche constitue surtout un test sur la capacité du Kremlin à mobiliser l'électorat, celle de l'opposition libérale à sortir de la marginalisation et des communistes à se renouveler.

Quelle mobilisation ?

Une faible participation risque d'être interprétée comme un manque d'enthousiasme des Russes à réélire un président populaire, mais qui a éliminé toute compétition.

Elle pourrait également être brandie comme une victoire par l'opposant Alexeï Navalny, qui a appelé au boycott après avoir été déclaré inéligible en raison d'une condamnation judiciaire montée de toutes pièces, selon lui, par le Kremlin.

Faute de suspense, la campagne a peu intéressé les Russes mais le pouvoir, qui selon les médias russes vise 70% de participation, a mis les moyens pour convaincre les électeurs de se déplacer et légitimer au maximum le plébiscite annoncé de Vladimir Poutine.

Des campagnes massives d'information et d'incitation au vote ont été menées. Le vote hors du lieu de résidence a aussi été facilité.

Des vidéos aux commanditaires mystérieux ont inondé les réseaux sociaux, certaines encourageant à voter en mettant en avant des femmes dénudées, d'autres mettant en garde contre un monde sans Poutine en mettant en scène un père de famille devant héberger un homme gay chez lui.

Des médias se sont aussi fait l'écho de pressions sur les fonctionnaires, ouvriers et étudiants pour aller voter.

Une nouvelle voie pour les libéraux ?

En l'absence d'Alexeï Navalny, l'opposition libérale devait rester marginale, représentée surtout par Grigori Iavlinski, souvent considéré comme une personnalité vieillissante en décalage avec la "génération Poutine", ces jeunes n'ayant connu que le président actuel au pouvoir et qui ont manifesté par milliers dans la rue l'an dernier.

C'était sans compter sur Ksénia Sobtchak, ancienne animatrice de télévision de 36 ans devenue ces dernières années une journaliste d'opposition. Fille du défunt maire libéral de Saint-Pétersbourg Anatoli Sobtchak, un mentor politique de Vladimir Poutine, elle a été qualifiée de "projet du Kremlin" visant à saper les appels au boycott d'Alexeï Navalny.

Sa capacité à dépasser les 1% à 2% prédits par les sondages sera scrutée pour évaluer ses chances de transformer une campagne pugnace, qui lui a permis de se défaire de son image glamour, en alternative pour l'opposition libérale. Elle a annoncé lors de son dernier meeting la création d'un "Parti des Changements".

"Elle ne s'est pas comportée en marionnette du Kremlin même si, bien sûr, elle fait campagne avec l'approbation du Kremlin: personne ne peut participer aux élections sans l'approbation du Kremlin", observe le politologue Alexandre Baounov, du centre Carnegie de Moscou.

"A l'issue de la campagne, elle a bien plus de soutien qu'au début. Il s'agit d'une quantité de la population faible, mais significative dans l'opinion des grandes villes", ajoute-t-il. "En théorie elle peut intégrer à l'avenir la classe politique si la décision est prise (par le pouvoir, ndlr) de renouveler la classe politique, ce qui n'est pas sûr".

Quel avenir pour les communistes ?

Représenté depuis la chute de l'URSS par son leader Guennadi Ziouganov, éternel numéro deux aux élections, le Parti communiste a créé la surprise en désignant comme candidat Pavel Groudinine, débonnaire millionnaire quinquagénaire à la moustache généreuse et patron paternaliste du "Sovkhoze Lénine", une ferme de fruits et produits laitiers en banlieue de Moscou.

Le score de celui que le quotidien économique Vedomosti a qualifié de "héros incontestable de la campagne" sera donc un baromètres de cette tentative de renouvellement.

Ce visage nouveau a réveillé l'intérêt pour un parti qui garde une base solide de soutiens, notamment en province où les difficultés économiques sont les plus vives, avec une idéologie qui mêle nostalgie de l'URSS, orthodoxie et soutien au patriotisme du Kremlin, mais critique de sa politique économique.

Sa progression dans les sondages a aussitôt entraîné une vague d'articles dans les tabloïds pro-Kremlin sur ses comptes en Suisse, qu'il a dénoncés comme une campagne de dénigrement orchestrée par le Kremlin.

L'expert Alexandre Baounov doute de son avenir politique au-delà de la présidentielle, mais aussi d'un quelconque renouvellement du Parti communiste. "Il n'est pour l'instant pas question de revoir la place du parti dans le système politique. Les visages sont nouveaux mais la politique ancienne".

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