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Tentative d'incendie chez Ferrand: un cran supplémentaire dans l'antiparlementarisme

| AFP | 388 | 1 par 1 internautes
Des gendarmes inspectent la proprieté de Richard Ferrand le 9 février 2019 à Motreff (Finistère) après une tentative d'incendie
Des gendarmes inspectent la proprieté de Richard Ferrand le 9 février 2019 à Motreff (Finistère) après une tentative d'incendie "volontaire" ( Fred TANNEAU / AFP )

Après des dégradations en série de domiciles ou permanences de députés de la majorité, les violences antiparlementaires ont franchi un palier avec la tentative d'incendie visant la maison même du président de l'Assemblée, dans un contexte de difficile sortie de la crise des "gilets jaunes".

"Peut-être qu'il est temps d'arrêter la violence" et "la mise en cause systématique des représentants de la démocratie (et) de nos forces de l'ordre", a lancé le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner samedi, lors de l'acte 13 des "gilets jaunes".

Des "gilets jaunes" du cortège parisien ont tenté d'enfoncer des palissades devant le Palais Bourbon. Certains ont uriné devant l'Assemblée puis le Sénat, a constaté l'AFP. "Honte" à ceux qui s'en prennent à "la maison de la Nation", s'est insurgée Aurore Bergé, porte-parole LREM, sur Twitter.

L'enquête sur la tentative d'incendie de la résidence de Richard Ferrand (LREM) à Motreff, dans sa circonscription du Finistère, a été confiée à la brigade de recherche de la gendarmerie de Châteaulin. Sa maison avait déjà été la cible d'agriculteurs en colère début 2016.

Selon le procureur de Brest, Jean-Philippe Récappé, il n'y a "rien qui permette de relier ces faits à un groupe quelconque" à ce stade.

"La gendarmerie nationale ayant découvert sur place une couverture, un résidu de pneumatique, et une torche artisanale imbibée de carburant, l'origine criminelle ne semble pas faire de doute", avait indiqué la présidence de l'Assemblée vendredi soir, peu après la découverte du sinistre, qui remonterait à plusieurs jours et a donné lieu à une plainte.

Cependant, "les auteurs ne semblent pas avoir eu la volonté de mettre le feu à la maison", le foyer ayant été placé à l'extérieur, a précisé le procureur de Brest à l'AFP.

"Rien ne légitime la violence ou l'intimidation à l'égard d'un élu de la République", a affirmé Emmanuel Macron. Le président de l'Assemblée, quatrième personnage de l'Etat, a aussi reçu le soutien du gouvernement et de l'ensemble de la classe politique.

"Assumer un mandat, c’est s’exposer à la critique, mais cette violence et ces intimidations sont inacceptables", a déclaré le Premier ministre Edouard Philippe au Parisien. Selon son mentor, le maire de Bordeaux Alain Juppé, "l’Etat de droit doit résister à ce qui prend de plus en plus la forme d’une sédition".

"On ne s'attaque pas à des élus", a défendu Marine Le Pen (RN), qui observe "une montée de la violence".

Le patron de LR Laurent Wauquiez avait condamné plus tôt "un acte honteux et consternant" visant Richard Ferrand.

Le chef de file des Insoumis Jean-Luc Mélenchon a indiqué lui avoir adressé "un message personnel de solidarité".

Dans les auteurs des faits, Jean-Christophe Lagarde (UDI) a vu "des factieux dans la République".

De son côté, l'élu breton considère qu'"une limite a été franchie": "Comme si on pouvait désormais s’autoriser à commettre des actes délictueux ou criminels, singulièrement envers les représentants de la Nation", s'est-il indigné dans Le Journal du dimanche, s'inquiétant pour la "santé démocratique" du pays.

La tentative d'incendie s'inscrit dans une série d'actes violents et menaces envers les députés de la majorité, depuis le début du mouvement des "gilets jaunes" en novembre. Au total, cinquante à soixante "marcheurs" ont été visés, dont certains ont reçu une protection policière au moins un temps, de sources parlementaires.

"Après l'attaque d'un ministère, des dégradations de permanences parlementaires, des lettres haineuses et racistes contre des députés" et ces faits visant Richard Ferrand, "jusqu'où iront-ils contre les élus?", s'interroge Sandrine Mörch (LREM).

"On dépasse les bornes en mettant le feu à un domicile", a aussi dénoncé à l'AFP Christian Jacob, président des députés LR.

Ce samedi de mobilisation des "gilets jaunes" a encore donné lieu à des dégradations de permanences, dont celle de Delphine O à Paris.

Fait rare dans l'Histoire, le domaine privé des parlementaires est également ciblé: domiciles tagués, coups de feu ou voitures incendiées.

S'élevant contre "une menace à la démocratie même", M. Castaner a aussi fait état de menaces contre des parlementaires ayant voté cette semaine la proposition de loi controversée "anticasseurs".

L'historienne Danielle Tartakowsky estime, auprès de l'AFP, que "cet antiparlementarisme est lié pour une part à l'affaiblissement du rôle des élus". Elle pointe aussi "l'éloignement entre élus et électeurs, accru par la fin du cumul des mandats".

Il y a "une défiance terrible à l'égard des élus" mais "recourir à la violence est contre-productif", plaide Marie Guévenoux, copilote pour les députés LREM du grand débat national.

Ceux-ci organisent ou co-organisent plus de 500 réunions d'ici mi-mars, espérant canaliser la colère.

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