Sextape à Saint-Etienne: la "gorge profonde" enfonce un peu plus l'ex-maire
Celui qui a révélé à Mediapart le scandale de la sextape à Saint-Etienne a enfoncé un peu plus, mardi au procès en appel, l'ex-maire Gaël Perdriau qu'il accuse d'être le commanditaire d'un odieux chantage sur son premier adjoint dès 2015.
L'ancien édile de 53 ans, qui le réfute, avait été lourdement condamné en première instance: cinq ans de prison dont quatre ferme, cinq ans d'inéligibilité et déjà deux mois d'exécution provisoire en prison.
"Ce qu'on a fait est dégueulasse, j'ai abîmé une famille, j'ai honte, alors assumez, on s'est comporté comme des merdes !" a lancé Gilles Rossary-Lenglet à l'adresse de M. Perdriau et d'un troisième co-prévenu, Samy Kéfi-Jérôme, au deuxième jour de leur procès devant la cour d'appel du Rhône à Lyon.
Onze ans et demi après la vidéo tournée à l'insu du premier adjoint Gilles Artigues en compagnie d'un escort-boy, M. Perdriau est désormais le seul des quatre hommes condamnés en première instance à nier farouchement toute implication dans ce "kompromat sexuel".
Son directeur de cabinet d'alors, Pierre Gauttieri, a reconnu avoir sollicité les deux autres "à la demande du maire" et renoncé à faire appel de ses deux ans ferme du premier procès; et Rossary-Lenglet et son ex-compagnon Kéfi-Jérôme, alors adjoint stéphanois à l'Education, ont renoncé lundi à faire appel de leur culpabilité mais seulement de leurs peines de trois ans fermes.
-"Eliminer politiquement"-
Le LR Gaël Perdriau, alors relativement inconnu à Saint-Etienne, avait été élu maire en 2014 grâce à la notoriété et l'implantation locale de l'ancien député Artigues et une alliance avec son parti UDI.
Mais l'édile a rapidement jugé son premier adjoint trop "indépendant" et lui faisant de l'ombre, selon l'instruction.
"Dès le lendemain de l'élection, Perdriau et Gauttieri n'avaient qu'une obsession: éliminer politiquement Artigues", affirme M. Rossary-Lenglet, assis à la barre, handicapé par une maladie chronique et secoué d'irrépressibles tremblements.
Selon lui, dès l'été 2014, Samy Kéfi-Jérôme lui demande conseil pour "museler" Gilles Artigues et les deux hommes pensent immédiatement à une vidéo sexuelle, avec un prostitué, de cet austère et fervent catholique père de quatre enfants.
-"Toutou de Perdriau"-
Gilles Rossary-Lenglet est reçu par Pierre Gauttieri, lui livre l'idée et, le dircab se lance dans un fou rire bruyant. "Un signal", croit percevoir Rossary-Lenglet, car, immédiatement, Gaël Perdriau entre dans la pièce. A peine lui répète-t-il son plan et le prix qu'il en demande --50.000 euros pour Samy Kéfi-Jérôme-- que "Perdriau avalise" le piège.
"Ils évoquaient déjà les images libidineuses qu'ils espéraient avoir, ils voyaient qu'ils tenaient déjà Artigues", assure M. Rossary-Lenglet.
Le 5 janvier 2015, dans sa chambre d'hôtel parisienne, Kéfi-Jérôme convoque un jeune escort-boy et filme à son insu Artigues avec lui.
S'ensuivent sept années de chantage durant lesquelles l'ancien député explique à la barre qu'il a enduré "une véritable torture" à l'idée que sa famille puisse voir la vidéo, des "signatures contraintes", des "renoncements" à des candidatures et à sa vocation politique.
Et de "terribles humiliations" en public de la part du maire, lâche-t-il. "Il était devenu le toutou de Perdriau", dira un autre élu aux enquêteurs.
"J'ai envisagé sérieusement le suicide, mes enfants ont vécu des gens qui leur racontaient des horreurs sur moi", lâche-t-il. Après son témoignage, son épouse le prend tendrement par les épaules, ses trois filles et son fils l'entourent chaleureusement.
Les avocats de l'ex-maire, eux, espèrent démontrer, comme il le clame depuis 2022, qu'il n'est pas le commanditaire du complot, qu'il n'a été mis au courant d'"une vidéo" que plus tard par Pierre Gauttieri, qu'il ne l'a jamais regardée et s'en est désintéressé.
Aucun chantage donc, tout au plus reconnaît-il une "menace lancée sur le coup de la colère" quand, en 2018, il assène à Gilles Artigues qui l'enregistre à son insu: "une fois sur les réseaux sociaux, c'est plus du chantage, c'est une exécution".
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