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Sans-abri: le gouvernement accusé de duplicité après une maraude de Macron

| AFP | 253 | 5 par 1 internautes
Emmanuel Macron à Paris, le 20 février 2019
Emmanuel Macron à Paris, le 20 février 2019 ( Ludovic MARIN / POOL/AFP/Archives )

Un président de la République à la rencontre de sans-abri en jean et veste en cuir: immortalisée en février, l'image alimente un procès en duplicité instruit contre le gouvernement, qui a décidé de rogner le financement de certains centres d'hébergement d'urgence.

Le 24 février, des photos officielles d'Emmanuel Macron fuitent sur les réseaux sociaux: le président y apparaît en tenue décontractée, lors d'une maraude de nuit avec le Samu social.

L'occasion pour plusieurs militants de louer un chef de l'État "humain" et "à l'écoute". Et pour ses détracteurs de dénoncer une "opération de communication indécente" de la part du "même président (qui) baisse de 57 millions les financements des centres d'hébergement qui accueillent les sans-abri".

Durant une semaine, associations et gouvernement se sont ensuite déchirés par communiqués interposés sur ce chiffre et les réalités qu'il recouvre.

Le ministre du Logement Julien Denormandie a dénoncé "une fake news": le budget global consacré à l'hébergement d'urgence a augmenté "de 15%" entre 2017 et 2019, pour atteindre "près de deux milliards d'euros", a-t-il rappelé. Un effort sans précédent, selon lui.

Ce discours "ressemble à une sorte de déni de réalité", rétorque Florent Gueguen, directeur de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS), qui regroupe les gestionnaires de 80% des centres d'hébergement.

Car pour les acteurs de terrain, cette hausse globale ne doit pas faire oublier les coupes budgétaires imposées aux centres d'hébergement et de réinsertion sociale (CHRS). Des structures qui proposent un accompagnement social plus poussé qu'un centre d'hébergement d'urgence classique (CHU).

"Effort impossible"

Ces CHRS, qui représentent un tiers du parc d'hébergement d'urgence avec leurs 44.000 places, présentaient des coûts de fonctionnement disparates. Pointés du doigt par des rapports, ils font l'objet d'une réforme pour harmoniser leurs tarifs, qui prévoit 57 millions d'euros d'économies entre 2018 et 2021. Rien qu'en 2018, leur budget a chuté de 20 millions d'euros.

"Ca a été un coup très dur pour ces structures, cela a engendré des suppressions de postes, une baisse de la qualité de l'accompagnement", explique M. Gueguen.

Il dénonce "une vision strictement comptable: on a donné un coup de rabot sans regarder la plus-value que représentent ces établissements".

Exemple dans le Val-de-Marne, où le Centre d'action sociale protestant gère 49 places d'hébergement accordées en priorité aux sans-abri sortant de prison, et doit réduire son budget annuel de 150.000 euros d'ici 2021.

"L'effort qui nous est demandé est quasiment impossible", s'inquiète l'association. "Cela équivaut au salaire de quatre travailleurs sociaux sur les cinq que compte l'équipe".

La structure a déposé un recours devant le tribunal administratif pour faire reconnaître qu'encadrer d'anciens détenus justifie un accompagnement plus développé et des coûts plus importants. En cas d'échec, elle envisage d'arrêter l'accueil de ce public.

"C'est les dispositifs qualitatifs qu'on met à mal", déplore Christophe Piedra, directeur de la Cité de Refuge, un centre de Paris géré par l'Armée du Salut.

Ce CHRS qui héberge 295 sans-abri est en-dessous des tarifs plafonds fixés par la réforme. "Malgré tout on nous demande un +sur-effort+, on va nous imposer des économies en 2019", raconte-t-il.

Conséquence, le directeur a gelé trois postes: deux travailleurs sociaux et un animateur. "La réinsertion, c'est aussi le lien social, pas seulement le logement ou l'emploi. Chez nous, ça n'existe plus", regrette M. Piedra.

"Emmanuel Macron ne peut pas dire qu'on veut zéro SDF à la rue et taper sur les CHRS", estime-t-il, en s'alarmant de la hausse du nombre de sans-abri à Paris recensés lors du dernier comptage officiel.

Face à ces récriminations, le gouvernement envisage d'adoucir sa réforme.

"La convergence tarifaire entre les CHRS se met en place rapidement, on va donc s'adapter et réduire les économies demandées", explique à l'AFP le ministère du Logement.

La nouvelle coupe de 12 millions d'euros prévue en 2019 a finalement été limitée à deux millions. "Pour 2020 et 2021, on n'ira pas non plus jusqu'aux 12 millions annoncés", assure-t-il.

Le ministère promet également "une attention particulière pour les centres accueillant des publics spécifiques, et d'abord les femmes victimes de violence".

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