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Printemps de Prague : le rêve brisé d'un "socialisme à visage humain"

| AFP | 169 | Aucun vote sur cette news
Des chars russes sont dans les rues de Prague le 25 août 1968 dépêchés par le commandement du Pacte de Varsovie, pour réprimer le
Des chars russes sont dans les rues de Prague le 25 août 1968 dépêchés par le commandement du Pacte de Varsovie, pour réprimer le "Printemps de Prague" ( STR / AFP/Archives )

Porté par l'arrivée au pouvoir en Tchécoslovaquie d'Alexander Dubcek en janvier 1968, l'espoir d'un "socialisme à visage humain" s'est incarné dans un "Printemps de Prague" avant d'être anéanti par les chars soviétiques au coeur de l'été.

- Dubcek, le 'socialisme à visage humain'

Le 5 janvier 1968, le réformateur Alexander Dubcek, d'origine slovaque, est élu Premier secrétaire du Parti communiste tchécoslovaque (PCT) en remplacement de l'impopulaire Antonin Novotny.

Ce dernier est également remplacé le 30 mars à la tête de l'Etat par le général Ludvik Svoboda.

Dans la foulée, le PCT se dote d'une nouvelle direction et entérine un "programme d'action" ouvrant la voie à un "socialisme à visage humain" reconnaissant le droit de libre expression et une économie plus libérale.

Le 8 avril, un gouvernement de "centre-gauche" est mis en place dirigé par l'économiste Oldrich Cernik.

- La presse libérée -

La presse prend progressivement sa liberté. La population s'arrache le premier numéro de la revue "Literarni listy" de l'Union des écrivains, dont plusieurs articles sont signés d'auteurs précédemment censurés.

"En quelques mois, une des presses les plus ternes, les plus monotones du monde, s'est transformée en un miroir fascinant d'une société en pleine crise de défoulement et de convalescence", écrit l'AFP le 14 avril. La censure préalable sera officiellement abolie fin juin.

- Crise avec les voisins -

Mais "ce socialisme à visage humain" revendiqué par Dubcek est rejeté par les "orthodoxes" tchécoslovaques et affronte l'hostilité ouverte des maîtres du Kremlin, soucieux de conserver le contrôle d'un satellite à la position stratégique.

En mai, saisie par "la peur de la contagion", l’Allemagne de l’Est (RDA) dénonce "la contre-révolution" de Prague.

Depuis l’URSS, la Pravda fustige à longueur de colonnes les "éléments antisocialistes".

La crise va s'aggraver à la mi-juillet quand les partis "frères" du Pacte de Varsovie (URSS, Allemagne de l'Est, Pologne, Hongrie et Bulgarie) exigent de la Tchécoslovaquie une "offensive résolue contre les forces antisocialistes" et la fin de la liberté de la presse. Dans leur "lettre de Varsovie", ils réclament l'implantation de troupes du Pacte à la frontière séparant la Tchécoslovaquie et la RFA.

Des soldats et des véhicules dépêchés par le commandement du Pacte de Varsovie dans les rues de Prague en août 1968
Des soldats et des véhicules dépêchés par le commandement du Pacte de Varsovie dans les rues de Prague en août 1968 ( STR / AFP/Archives )

En Tchécoslovaquie, la présence depuis fin mai de troupes soviétiques qui s’éternisent après des manœuvres conjointes fait surgir le spectre de la crise hongroise lorsque fin 1956 l’Armée rouge écrasa une insurrection.

Les conférences de Cierna nad Tisou puis de Bratislava fin juillet-début août laissent entrevoir aux dirigeants tchécoslovaques l'espoir que les partenaires du bloc socialiste ont admis l'évolution profonde du pays. Il n'en est rien.

- L’écrasement du Printemps -

Le 20 août à 23H00 locales, quelque 200.000 soldats - qui seront bientôt 600.000 - venus de RDA, Hongrie, Bulgarie, Pologne et surtout d’URSS envahissent par surprise la Tchécoslovaquie, submergeant sans problème les rares foyers de résistance active.

Le lendemain, un journaliste de l'AFP sur place témoigne: "La tension demeure grande, à 7h30 GMT aux abords de l’immeuble de la radio de Prague, cerné, comme le Comité central et le palais Hradcany, par les blindés soviétiques (…) personne ne comprend cette intervention – la stupeur est peinte sur tous les visages".

Dès le début de l’invasion, les principaux dirigeants dont Dubcek et Cernik sont emmenés de force au Kremlin devant la direction soviétique qui les somme de signer le "Protocole de Moscou", un diktat qui met la Tchécoslovaquie sous sa tutelle et entérine l'occupation soviétique. Ils obtempèrent le 26 août.

L'intervention fera en quatre mois plus d'une centaine de morts.

- La "normalisation" -

Le 16 janvier 1969, un étudiant de 20 ans, Jan Palach, s'immole par le feu sur la place Venceslas en plein centre de Prague pour réveiller les consciences de ses compatriotes. "Le geste spectaculaire a été décidé par tout un groupe et Jan Palach a été désigné par tirage au sort", relève l'AFP. Il succombe trois jours plus tard.

Le 17 avril, Dubcek est définitivement évincé du poste de Premier secrétaire par Gustav Husak. L'homme lige de Moscou va conduire le processus de la "normalisation" avec des épurations massives, l’interdiction des voyages en Occident et la création du "délit contre l'économie socialiste".

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