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Nouvelle-Calédonie : un gouvernement mais pas de président

| AFP | 553 | 4 par 4 internautes
Louis Mapou, président du groupe Union nationale pour l’indépendance (UNI) au Congrès, parle à la presse à Nouméa, le 5 novembre 2018
Louis Mapou, président du groupe Union nationale pour l’indépendance (UNI) au Congrès, parle à la presse à Nouméa, le 5 novembre 2018 ( Theo Rouby / AFP/Archives )

Faute d’un accord entre groupes politiques sur fond de pressions des indépendantistes, les membres du gouvernement élus jeudi à Nouméa n’ont pas pu désigner de président, plongeant la Nouvelle-Calédonie dans une nouvelle crise politique.

"C’est la troisième fois en l’espace de six ans que nous n’avons pas de majorité parce que la droite n’arrive pas à s’entendre", a déclaré à l’AFP Louis Mapou, le président du groupe Union nationale pour l’indépendance (UNI) au Congrès.

Cette situation intervient à un moment charnière puisqu'il s'agit de la dernière mandature de l'Accord de Nouméa de 1998 organisant la décolonisation de l'île d'ici 2024. Un référendum sur l'indépendance en novembre 2018, né de cet accord, a donné une victoire plus courte que prévu aux pro-français (56,7%) face aux indépendantistes. Deux autres référendums peuvent être organisés en 2020 et 2022.

Egalement issu de l'accord de Nouméa, le gouvernement de Nouvelle-Calédonie est un exécutif collégial où les groupes politiques sont représentés de manière proportionnelle, élus par les 54 membres du Congrès qui se sont réunis jeudi.

Le scrutin a été sans surprise: les groupes politiques avaient clairement affiché leurs positions dans les jours précédents.

La liste commune de l’Avenir en confiance (AEC), parti non indépendantiste majoritaire en province Sud, et de l’Éveil océanien, nouveau parti communautaire wallisien-et-futunien, a logiquement obtenu cinq portefeuilles, autant que les indépendantistes de l’Union calédonienne et de l’Union nationale pour l’indépendance - sur des listes séparées.

Le rôle d’arbitre est revenu à Calédonie ensemble (CE), parti de centre droit défait lors des élections provinciales, qui a obtenu un "ministère".

Mais après le scrutin, la réunion à huis clos des nouveaux membres du gouvernement pour choisir leur président a tourné court, le membre Calédonie Ensemble ayant voté blanc, renvoyant dos à dos indépendantistes et non indépendantistes.

Au final, aucun des trois candidats, Thierry Santa (AEC), Jean-Pierre Djaïwe (UNI) et Gilbert Tyuienon (Union calédonienne-FLNKS), n’a pu recueillir la majorité des suffrages, créant de fait un blocage des institutions.

"Un président qui se passe de nous"

Si les indépendantistes n’ont pas exclu de donner une de leur voix pour élire Thierry Santa comme lors des derniers blocages, ils ne cachent pas leur ambition de prendre la tête du gouvernement. "Nous sommes là pour ça", a dit Gilbert Tuyiénon, le candidat du groupe UC-FLNKS.

Ils ont déjà obtenu le perchoir le 24 mai, remporté par l'indépendantiste Roch Wamytan (Union calédonienne-FLNKS) grâce au tout jeune parti l'Éveil océanien, issue de la communauté wallisienne-et-futunienne.

"Il est dommage qu’il n’y ait pas eu l’esprit de responsabilité pour installer ce gouvernement au plus vite", a regretté Thierry Santa à l’issue de la réunion des membres du gouvernement. "J’espère que tout le monde entendra l’appel que nous avons lancé en vue de constituer un gouvernement collégial où chaque sensibilité pourra s’exprimer".

"L’Avenir en confiance a délibérément décidé d’exclure Calédonie ensemble de toute responsabilité à la province comme au Congrès. Dans ces conditions, il est normal que nous n’apportions pas nos voix à un président qui se passe de nous. Je rappelle également que les indépendantistes du FLNKS ont également la possibilité de choisir un président", a souligné Philippe Michel, le président du groupe Calédonie ensemble.

Les désaccords portent également sur le programme économique qu’entend porter l’Avenir en confiance, dans un contexte économique particulièrement morose et avec la menace imminente d’une cessation de paiement des régimes de protections sociales.

Un programme jugé "ultralibéral" et "dangereux pour la Nouvelle-Calédonie" par Philippe Michel.

L'Eveil océanien propose un "New deal calédonien" en dix mesures, non négociables et à mettre en œuvre dans les trois mois suivant l’installation du gouvernement. Elles consistent à redonner de la compétitivité aux entreprises et du pouvoir d’achat au travers de baisses de charges sociales importantes.

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