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Municipales: la campagne fantomatique de La France insoumise

| AFP | 186 | 3.50 par 4 internautes
Le leader de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, à Paris le 14 janvier 2020
Le leader de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, à Paris le 14 janvier 2020 ( Ludovic Marin / AFP/Archives )

Initialement soucieuse de présenter un projet cohérent, la direction de La France insoumise traverse désormais la campagne des élections municipales comme un fantôme, les yeux déjà rivés sur la présidentielle. De quoi laisser perplexes certains cadres, alliés et militants.

Fin février à Toulouse, Jean-Luc Mélenchon fera son quatrième meeting depuis décembre consacré... aux retraites. Le chef de file des Insoumis est tout engagé dans le front social contre le gouvernement et délaisse les élections municipales, pour lesquelles il ne donne pas de meetings.

Sur le terrain, aucune liste estampillée LFI, mais des soutiens à des listes citoyennes dont peu de personnalités insoumises occupent la tête.

Les Insoumis l'assument publiquement, à l'image de leur coordinateur Adrien Quatennens, qui privilégie son travail de député. "La terrible réalité, c'est que si vous voulez changer la vie des gens, le cadre municipal est restreint, d'autant plus avec le transfert de compétences aux intercommunalités", explique-t-il.

Selon lui, "le scrutin va renforcer l'idée que la grande élection permettant de régler les problèmes, c'est la présidentielle". Avec à la clé, une candidature probable de Jean-Luc Mélenchon.

Le discours est sensiblement différent d'il y a quelques mois, quand le dirigeant jurait que LFI labourerait consciencieusement le terrain afin de faire émerger des listes ambitieuses.

Adrien Quatennens, numéro 2 de La France insoumise, à l'Assemblée nationale à Paris le 10 décembre 2019
Adrien Quatennens, numéro 2 de La France insoumise, à l'Assemblée nationale à Paris le 10 décembre 2019 ( DOMINIQUE FAGET / AFP/Archives )

"Il y a des endroits où c'est élaboré", assure Adrien Quatennens, citant comme autant d'espoirs de victoire la banlieue lilloise Fâches-Thumesnil, Châteauroux où le responsable de la communication numérique de M. Mélenchon se présente, Saint-Denis contre le maire communiste sortant ou encore Fontaine en Isère. "Mais aussi d'autres endroits où cela ressemble à une union de la gauche" classique, comme à Amiens, Marseille, Grenoble et dans de nombreuses petites villes, convient-il.

"Un bordel innommable"

Les Insoumis ne cachent pas une forme de soulagement à adopter cette économie de moyens, après une campagne européenne longue et éreintante, dont l'échec (6,3% en mai 2019) a laissé des traces et contraint la formation à l'humilité. "Là, ça ne peut pas être un échec si aucune ambition n'est affichée", sourit l'ancien candidat LFI aux européennes Sergio Coronado, tête de liste à Bondy.

Ce n'est pas sans accrocs ni coûts politiques, soulignent certains militants, cadres et alliés de LFI. En favorisant l'investiture de listes citoyennes dans certains cas, et l'union de gauche dans d'autres, le comité électoral a provoqué l'ire de fidèles militants, partis en dissidence.

C'est le cas à Amiens, où certains n'ont pas apprécié que le député François Ruffin ménage une place au Parti socialiste. A Montpellier au contraire, le comité a désavoué les militants et même la députée Muriel Ressiguier qui avait privilégié l'union avec l'écologiste Clothilde Ollier.

"Un bordel innommable", admet une figure insoumise. Qu'une formation comme la Gauche républicaine et socialiste d'Emmanuel Maurel, pourtant ralliée récemment, privilégie l'union des gauches aux listes citoyennes soutenues par LFI en dit long sur le scepticisme ambiant.

Merlin, militant à Paris, craint que le manque d'ambition démotive les bonnes volontés sur le terrain: "Comme on s'est pris une taule aux européennes, on essaie de se cacher derrière des listes d'union ou des personnalités. Mais les municipales, ce sont les élections les plus concrètes, pour nous les militants".

Un militant nordiste raconte à l'AFP: "J'ai refusé d'être sur une liste, je leur ai dit qu'ils se foutaient du monde à ne plus oser se présenter avec notre logo". Selon lui, la direction de LFI se montre peu ambitieuse parce qu'elle sait le mouvement faible sur le terrain. "Il y a eu trop de départs, et les gens qui restent le font par espoir de glaner une place de conseiller municipal".

Sergio Coronado résume: "La seule élection qui intéresse LFI c'est la présidentielle. Certes avec 2017 j'ai rompu avec l'idée qu'elle était l'aboutissement d'une longue ascension, étape après étape, élection après élection. Mais négliger les territoires quand on se dit force d'émancipation" est risqué.

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