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Muhammadu Buhari, le président anti-corruption qui veut se faire réélire

| AFP | 212 | Aucun vote sur cette news
Le président nigérian Muhammadu Buhari (c) salue ses partisans après avoir été désigné par son parti APC pour le représenter à la présidentielle de février 2019, le 6 octobre 2018 à Abuja
Le président nigérian Muhammadu Buhari (c) salue ses partisans après avoir été désigné par son parti APC pour le représenter à la présidentielle de février 2019, le 6 octobre 2018 à Abuja ( Sunday Aghaeze / AFP )

Muhammadu Buhari, qui compte briguer un nouveau mandat à la tête du Nigeria l'an prochain, a marqué l'histoire politique de son pays en devenant en 2015 le premier candidat de l'opposition à battre un président sortant par les urnes.

Le candidat de 75 ans, qui représentera les couleurs de son parti l'APC, pour la présidentielle de février 2019, s'est engagé à mettre les bouchées doubles pour éradiquer la corruption, améliorer la situation sécuritaire et diversifier l'économie du géant ouest-africain.

Mais alors que son mandat de quatre ans touche à sa fin, sa côte de popularité a chuté à 41% en mai, contre 80% en octobre 2015, selon une enquête de l'institut NOI Polls.

Ancien général putchiste, il avait dirigé le Nigeria une première fois entre 1984 et 1985, avant d'être élu président en 2015, lors d'un scrutin historique, où l'opposition avait remporté sa première victoire depuis l'ouverture du Nigeria à la démocratie en 1999.

C'était la 4ème fois qu'il se présentait au poste suprême. Ses promesses de lutter contre la corruption endémique dans le pays et contre le groupe jihadiste de Boko Haram avaient finalement séduit les électeurs.

Mais sa présidence aura été ternie, dès le début de son mandat, par des inquiétudes sur ses capacités physiques et intellectuelles à gérer un pays de 180 millions d'habitants qui était, jusqu'en 2016, la 1ère économie du continent africain.

- Héritage autocratique? -

L'an dernier, Buhari a passé presque six mois à l'étranger pour se faire soigner d'une grave maladie non révélée au public, alors que le Nigeria se débattait pour sortir de la récession et que les violences intercommunautaires se propageaient dans tout le pays.

Une fois élu, ce musulman originaire de Daura (nord), présenté comme un homme intègre, a également mis des mois à nommer un gouvernement et a été attaqué à de multiples reprises pour ses politiques économiques peu orthodoxes.

La décision des autorités nigérianes de maintenir le naira - monnaie nationale - à un taux artificiellement élevé a aggravé la pénurie de devises étrangères provoquée par la chute des cours du baril.

Pour réduire la dépendance du pays au pétrole, Buhari a mis la priorité sur l'agriculture, afin de booster la croissance. Mais ces efforts ont été entravés par le conflit pastoral entre agriculteurs sédentaires et agriculteurs chrétiens dans le centre du pays.

Début octobre, la Banque mondiale a abaissé ses prévisions de croissance pour le Nigeria cette année de 0,2 point, à 1,9%.

Quant à la lutte anti-corruption, le zèle du président à recouvrer les fonds publics détournés et à traduire en justice les responsables est surtout vu comme une chasse aux sorcières ciblant ses opposants.

Pour ses détracteurs, son style de gouvernance actuel rappelle l'époque où il dirigeait une junte militaire et jettait en prison ceux qui osaient le critiquer trop bruyamment, comme - entre autres - la légende de la musique afrobeat, Fela Kuti.

- Tâche inachevée -

Dans les trois premiers mois de sa présidence, trois figures de la contestation du régime d'Abuja ont été arrêtées et placées en détention sans procès, ce qu'il a justifié en affirmant dans l'une de ses rares interventions médiatiques qu'ils avaient commis "des atrocités" à l'encontre du gouvernement.

L'opposition l'accuse d'avoir placé à la présidence des hommes de sa région et de son groupe ethnique (haoussa-peul) pour contrôler les affaires du pays hors de tout contre-pouvoir.

Buhari a toutefois eu davantage de succès dans sa lutte contre les jihadistes de Boko Haram, qui avant son élection contrôlaient des pans entiers du territoire nigérian.

Ils ont depuis été chassés de la plupart de leurs bastions dans les Etats du Borno, Yobe et Adamaoua (nord-est).

Le chef de l'Etat a en outre réussi à ramener chez elles 107 des 219 écolières de Chibok, dont l'enlèvement en 2014 avait provoqué l'indignation du monde entier et contribué à la défaite électorale de son prédecesseur, Goodluck Jonathan.

Toutefois, neuf ans après le début du conflit, les insurgés affiliés au groupe Etat islamique (EI) représentent toujours une menace dans la région du lac Tchad et mènent de sanglantes attaques contre l'armée et les civils.

Depuis son entrée en fonction, Buhari est extrêmement discret, mettant en avant son populaire vice-président, Yemi Osinbajo, comme vitirine de la politique menée.

Lors des comémorations de l'Indépendance du Nigeria, le 1er octobre, Muhammadu Buhari a mis en garde contre "les solutions hâtives ou les raccourcis" aux problèmes du pays.

"Nous savons que nous sommes sur la bonne voie", a-t-il dit. "Nous ne sommes pas arrivés mais nous avons déjà fait du chemin".

Il appartiendra aux Nigérians de décider, en février prochain, s'il veulent lui accorder ce temps-là.

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