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Les visions divergentes de la lutte anti-raciste à LFI menacent-elles sa cohésion ?

| AFP | 96 | Aucun vote sur cette news
Jean-Luc Mélenchon, le 21 novembre 2017 à Paris
Jean-Luc Mélenchon, le 21 novembre 2017 à Paris ( LUDOVIC MARIN / AFP )

En réfutant toute "police de la pensée" à La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon reconnaît des visions divergentes de la lutte contre le racisme, apparues avec les prises de position de Danièle Obono, mais le mouvement croit en sa cohésion, fondée sur le programme défendu à la présidentielle.

Issue de l'extrême-gauche - le mouvement altermondialiste, le Nouveau parti anticapitaliste puis Ensemble -, la députée de Paris Danièle Obono revendique des positions radicales sur la lutte de contre les discriminations, au point de gêner certains de ses collègues à l'Assemblée nationale.

"Camaraderie" avec la porte-parole du Parti des indigènes de la République (PIR) Houria Bouteldja, qui a tenu des propos antisémites, même si elle est "en profond désaccord avec les thèses" du PIR; "sexisme" plutôt que "radicalisation" quand un homme refuse de conduire un bus après une femme; refus de condamner l'organisation par Sud Éducation 93 d'ateliers réservés aux victimes de racisme et appelés "non-mixtes"... la députée multiplie les propos polémiques.

Et la liste des controverses s'allonge à mesure que les réseaux sociaux s'en emparent et que le député apparenté LREM Manuel Valls les fustige. L'ex-Premier ministre a ainsi reproché à M. Mélenchon d'avoir choisi "des candidats aux opinions violemment antirépublicaines" aux législatives, au risque de "la complaisance avec des idéologies nauséabondes".

"Il n'y a pas de police de la pensée dans mon groupe politique, il n'y en aura pas", a tonné le leader des Insoumis samedi à la Convention du mouvement à Clermont-Ferrand. LFI "n'a pas besoin d'une homogénéité des pensées, elle a besoin d'une homogénéité de l'action", a-t-il tranché.

Mme Obono reconnaît un "parasitage" mais assure que son "obsession quotidienne, c'est de faire avancer les dossiers" parlementaires.

"La vraie question, c'est: dans la lutte contre le racisme, comment on s'y prend ?", assure-t-elle aussi à propos de la plainte en diffamation du ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer contre Sud-Éducation 93, qui a évoqué un "racisme d’État".

- 'Volonté de diviser' -

La députée est soutenue en cela par le sociologue Éric Fassin, professeur à Paris 8. "Le débat, aujourd'hui, n'est pas: est-ce que +racisme d’État+ est le bon terme ? Mais est-ce qu'on a le droit de l'utiliser ? On peut être en désaccord, avoir des débats, mais l'interdiction me paraît extrêmement grave. L'idée qu'un ministre de l’Éducation nous dise quels mots nous avons le droit d'utiliser ou pas me paraît contraire aux libertés les plus élémentaires", explique-t-il.

"Qu'un atelier organisé par un syndicat dans un département puisse devenir une question majeure du débat public, c'est aberrant", estime pour sa part la députée de Seine-Saint-Denis Clémentine Autain. "Comment ne pas y voir la volonté de nos ennemis politiques de nous diviser? Et de polariser le débat autour de l'identité alors que ce que nous voudrions mettre au centre, c'est l'égalité?", interroge-t-elle.

"Je ne vois pas La France insoumise se déchirer sur cette question comme autrefois le NPA", ajoute-t-elle.

Son homologue Éric Coquerel estime que "ce n'est pas un problème tel que ça provoque une rupture entre nous" mais, ajoute-t-il, chacun est "conscient que ça nous déporte par rapport au cœur des sujets qu'on veut mettre sur la table".

Un autre élu LFI s'agace quand même: "Il faut être capable de dire son point de vue sans faire de mal au mouvement".

Le programme de LFI, "l'Avenir en commun", promeut pour sa part "la liberté de conscience et l'égalité de toutes les options spirituelles devant la loi" et défend notamment la fin du financement public de l'enseignement confessionnel privé. Il plaide aussi pour la mise en place d'un récépissé de contrôle d'identité, et l'approfondissement des formations des policiers, administrations et professions judiciaires contre les discriminations.

Un sondage Harris interactive paru dimanche montre qu'une majorité de Français placent la laïcité en tête (51%) des valeurs défendues par le mouvement de Jean-Luc Mélenchon.

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