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L'élection au Kenya en cinq questions

| AFP | 211 | Aucun vote sur cette news
Le chef de l'opposition kényane Raila Odinga parle à ses partisans et les appelle à rester chez eux, le 13 août 2017 à Nairobi
Le chef de l'opposition kényane Raila Odinga parle à ses partisans et les appelle à rester chez eux, le 13 août 2017 à Nairobi ( CARL DE SOUZA / AFP )

L'annonce vendredi soir de la réélection du président kényan Uhuru Kenyatta a été vivement contestée par l'opposition, dont le candidat Raila Odinga a multiplié les accusations de fraudes, entrainant des émeutes sporadiques, circonscrites à certains de ses bastions.

Ces affrontements entre manifestants et forces de l'ordre ont fait au moins 16 morts de vendredi soir à samedi soir alors que l'opposition voulait toujours dimanche obtenir la nomination de son champion à la tête du pays.

- Pourquoi le pays est-il anxieux ?

Essentiellement parce que la situation a un air de déjà-vu.

En 2007, les observateurs internationaux avaient jugé le scrutin entaché de graves irrégularités et Raila Odinga avait estimé que la victoire lui avait été volée. Le pays avait plongé pendant deux mois dans des violences meurtrières et une brutale répression policière, faisant au moins 1.100 morts et 600.000 déplacés.

Le contexte actuel est cependant différent. D'abord, tous les observateurs internationaux ont salué la bonne tenue du scrutin. Ensuite, les incidents les plus meurtriers, dans la vallée du Rift, avaient alors opposé Kikuyu, l'ethnie de M. Kenyatta, aux Kalenjin, dont le leader politique est l'actuel vice-président William Ruto. Rivaux en 2007, les deux hommes ont conclu une alliance pour l'élection de 2013, reconduite pour 2017.

M. Odinga avait contesté sa défaite en justice en 2013, en vain.

- Quels sont les griefs de l'opposition ?

L'opposition affirme que le score de M. Kenyatta est le fruit d'une manipulation électronique du système de transmission et de décompte des voix utilisé par la Commission électorale (IEBC), censé précisément prévenir les irrégularités.

Vendredi, avant la proclamation du résultat, l'opposition avait exigé d'accéder aux serveurs informatiques de l'IEBC, qui n'a pas donné suite à cette requête.

Dimanche après-midi, Raila Odinga s'est rendu dans deux bidonvilles de Nairobi pour informer ses partisans que la marche à suivre serait communiquée mardi et les appeler à rester chez eux d'ici là.

Si M. Odinga appelait finalement ses partisans à descendre dans la rue, il prendrait le risque de les mettre en danger.

L'opposition a jusqu'à vendredi pour contester l'élection devant la Cour suprême, mais elle a assuré exclure un recours en justice malgré les appels de la communauté internationale en ce sens.

Dans un entretien dimanche avec le Financial Times, M. Odinga a dit souhaiter que l'ONU nomme une équipe d'experts pour analyser les résultats.

- Comment les Kényans réagissent ?

Certains bastions de l'opposition, dans l'ouest du pays à Kisumu et Siaya, ainsi que dans des bidonvilles de la capitale, ont été le théâtre d'émeutes entre vendredi soir et samedi soir. La police a répondu par des gaz lacrymogènes et fait usage de ses fusils automatiques.

Ces violences ont fait au moins 16 morts, selon un nouveau bilan établi par l'AFP de sources policières et hospitalières, avant un retour au calme dans la nuit de samedi à dimanche.

Dimanche soir cependant, une bataille rangée a éclaté dans le bidonville de Mathare, à Nairobi, opposant des membres de l'ethnie kikuyu de M. Kenyatta et des partisans luo de M. Odinga.

En dehors de ces incidents, le pays a fonctionné au ralenti la semaine écoulée. Nairobi, habituellement vibrante et embouteillée, a offert le spectacle d'une ville morte. Samedi, puis dimanche, les échoppes ont timidement rouvert et de nombreux transports en commun ont repris leurs opérations.

- Comment interpréter ces réactions ?

Les scènes qui ont suivi l'annonce des résultats ont illustré les profondes divisions sociales, géographiques et ethniques qui traversent ce pays de quelque 48 millions d'habitants.

Dans les bastions du parti au pouvoir, dans la vallée du Rift et dans certaines zones de Nairobi, des milliers de personnes ont célébré la victoire de leur favori, issu de l'élite économique kikuyu ayant donné au Kenya trois de ses quatre présidents.

Mais dans les fiefs de Raila Odinga, un Luo, cette nouvelle défaite a sans nul doute renforcé le sentiment d'avoir été déclassé, discriminé et laissé pour compte depuis l'indépendance en 1963.

Les scènes d'émeutes et de pillage peuvent être pour certains protestataires interprétées comme l'expression de décennies de frustrations. D'autres semblent surtout opportunistes.

- Où va le Kenya ?

Le pays le plus prospère d'Afrique de l'Est a aligné des taux de croissance de plus de 5% ces quatre dernières années et montré sa volonté de devenir un acteur continental incontournable, même s'il a échoué à prendre la tête de l'exécutif de l'Union africaine en janvier.

La croissance devrait toutefois ralentir pour l'année à venir, et la hausse des prix des denrées alimentaires, un des enjeux de la campagne électorale, ne sera pas résorbée facilement, estiment les observateurs.

Dans ce contexte, les défis qui attendent M. Kenyatta pour son deuxième mandat seraient encore compliqués si les contestations gagnaient en amplitude, notamment en affectant le secteur clé du tourisme.

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