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L'amère victoire de Merkel, un défi pour Macron l'Européen

| AFP | 105 | Aucun vote sur cette news
Emmanuel Macron et Angela Merkel à Paris, le 27 août 2017
Emmanuel Macron et Angela Merkel à Paris, le 27 août 2017 ( ludovic MARIN / AFP/Archives )

Emmanuel Macron expose mardi son ambitieux projet pour "refonder" l'Europe, mais devra tenir compte de la fragilisation d'Angela Merkel, sa principale partenaire, et de la montée des forces eurosceptiques en Allemagne.

C'est devant des étudiants français et étrangers réunis dans le grand amphithéâtre de l'université de la Sorbonne que le président prononcera à 15H00 son "discours sur l'Europe".

Après avoir esquissé durant l'été plusieurs initiatives, M. Macron a tenu à attendre la fin de la campagne électorale allemande pour ouvrir une "nouvelle page" de l'Union européenne.

Les résultats, décevants pour la chancelière, devraient l'obliger à adapter son discours pour tenir compte de la percée plus forte que prévu des forces hostiles ou critiques vis-à-vis de l'UE.

Mais, pour l’Élysée, "c'est le bon moment pour proposer notre vision, car si on attend trop, les négociations de coalition en Allemagne seront fortement avancées et on pourra nous objecter que Paris n'a pas fait connaître à l'avance ses propositions".

M. Macron a ainsi multiplié les consultations avec ses partenaires: il s'est entretenu dimanche avec Mme Merkel, à deux reprises, ainsi qu'avec le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, et devait le faire avec les chefs du gouvernement italien Paolo Gentiloni et espagnol Mariano Rajoy avant son discours, selon l’Élysée.

A la Sorbonne, le président va dévoiler des "mesures emblématiques" et "concrètes". "Des propositions qui lanceront le débat" au niveau européen, idéalement "avant la fin de l'année", précise l’Élysée.

Parmi elles: création d'une Agence européenne de l'innovation, Erasmus élargi, cadre de taxation de géants du numérique ou encore coopération contre le terrorisme. Emmanuel Macron plaide aussi pour un ministre et un budget spécifique pour les 19 pays de la zone euro.

Partisans d'une "Europe à plusieurs formats", il proposera aussi des groupes de travail thématiques, ouverts aux pays les plus désireux de convergence au cas par cas, afin d'éviter que des pays réticents ne freinent les autres. Objectif: une feuille de route globale vers l'été 2018.

Mais les incertitudes sur la prochaine coalition à Berlin pourraient freiner ce calendrier.

Le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, s'est inquiété des conséquences de "la victoire amère" de Mme Merkel, d'abord "parce qu'elle voit monter une extrême droite très violente, très dure, très radicale".

Le parti AfD, qui a obtenu le score historique de 12,6%, plaide pour mettre fin à l'euro.

L'autre inquiétude de Paris est liée aux incertitudes sur la future majorité parlementaire, qui ne comprendra plus le SPD pro-européen, qui a opté pour l'opposition.

- "Une bonne Europe" -

L'alternative est une alliance inédite des conservateurs avec les Libéraux du FDP (10,7%) et les Verts (8,9%).

Or les premiers ont clairement affirmé leur hostilité au projet de réforme promue par Paris d'une zone euro dotée d'un budget, d'un ministre des Finances et d'un Parlement propres.

"Nous ne voulons pas de nouveaux budgets pour des transferts financiers en Europe", a prévenu le président des Libéraux, Christian Lindner.

Et de cibler directement la France: "un budget de la zone euro (...) où l'argent atterrirait en France pour les dépenses publiques ou en Italie pour réparer les erreurs de Berlusconi, serait impensable pour nous et représenterait une ligne rouge".

Pour Hélène Miard-Delacroix, historienne spécialiste des relations franco-allemandes, "il est probable qu'une alliance avec les Libéraux soit la moins favorable à des progrès institutionnels en Europe et à un approfondissement".

Ces dernières semaines, Mme Merkel a réservé un accueil prudent aux idées évoquées par M. Macron.

"Je ne trace pas de ligne rouge, je dis que l’Union (des conservateurs allemands, son parti ndlr) soutiendra tout ce qui est raisonnable", a expliqué la chancelière. "Ce n’est pas le vocabulaire à lui seul -ministre européen des Finances, budget de la zone euro- qui est important mais aussi ce qui se cache derrière. Et sur ce point, je suis en discussion avec le président français", "mais le moment n’est pas venu de dire ceci va ou ceci ne va pas", a-t-elle répété lundi.

Selon le quotidien conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung, la Chancellerie estime que M. Macron a mis "la charrue avant les bœufs" en parlant "de réponses avant même que la question ait pu être discutée".

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