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Bygmalion: "Si j'avais su, j'aurais demandé d'arrêter cette folie", assure Copé

| AFP | 702 | 2.33 par 3 internautes
L'ancien patron de l'UMP Jean-François Copé le 9 juin 2021 à Paris
L'ancien patron de l'UMP Jean-François Copé le 9 juin 2021 à Paris ( Bertrand GUAY / AFP )

"En une seconde, j'ai appris ce qui m'avait été caché depuis deux ans"... Témoin très attendu au procès sur les dépenses excessives de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012, Jean-François Copé a répété mercredi devant le tribunal qu'il avait été strictement tenu à l'écart du scandale Bygmalion.

"Si j'avais su, à la minute, j'aurais demandé d'arrêter cette folie et je serais allé voir Nicolas Sarkozy pour lui dire que je ne l'acceptais pas", a martelé l'ancien patron de l'UMP (devenue Les Républicains), costume sombre et chemise claire, à la barre de la 11e chambre.

Contrairement à l'ex-président Sarkozy jugé pour "financement illégal de campagne" et 13 autres prévenus - anciens cadres de l'UMP et de Bygmalion notamment - Jean-François Copé a bénéficié d'un non-lieu dans cette affaire.

L'ex-patron de l'UMP a toujours affirmé avoir appris en mai 2014 seulement, et dans la presse, la mise en place d'un système de fausses factures pour faire payer à l'UMP des factures de la campagne du candidat Sarkozy, afin d'éviter l'explosion du plafond de dépenses autorisées.

Face au tribunal, il ne varie pas d'un iota dans ses explications.

"Ceux qui devaient tirer la sonnette d'alarme ne l'ont pas fait", explique le maire de Meaux d'un ton ferme, voire pugnace. "Je ne me pouvais pas imaginer que l'équipe qui m'entourait puisse me cacher la vérité". "Un cercle de confiance, c'est par nature un cercle de vulnérabilité".

Apprendre qu'il avait été "tenu à l'écart d'une opération ayant conduit à des pratiques illégales" reste "le souvenir le plus douloureux" de sa vie professionnelle, dit-il encore.

Il se souvient des explications avec son directeur de cabinet Jérôme Lavrilleux, seul à l'UMP à avoir reconnu l'existence de la fraude. "Pourquoi ne m'avez-vous rien dit?". "Parce que si on vous l'avait dit, vous auriez tout arrêté", lui aurait répondu son collaborateur.

"Rumeurs sournoises"

Durant son interrogatoire la semaine dernière, M. Lavrilleux a déclaré qu'il avait dissimulé la fraude à son patron pour ne pas le mettre en difficulté.

Mais, veut savoir la présidente, Caroline Viguier, "pourquoi n'êtes-vous pas allé regarder la trésorerie (de l'UMP) d'un peu plus près?"

- "A chaque fois, on me donnait des explications rassurantes", répond le témoin, qui fut ministre délégué au budget entre 2004 et 2007.

A la barre, Jean-François Copé est à l'aise, "assez heureux" de s'exprimer, comme il l'a indiqué au début de son audition, et n'hésitant pas à tacler les avocats de la défense.

"Si j'avais eu la moindre alerte, j'aurais immédiatement pris le sujet à mon compte. Je n'aurais eu aucun problème à l'interdire et à en informer Nicolas Sarkozy", soutient-il.

"Tout a été organisé pour que je ne voie pas cette fraude. Je suis celui qui, s'il avait été informé, aurait stoppé tout ça".

Le procureur Nicolas Baïetto a du mal à cacher son dépit.

"Dans le cadre de ce procès, on essaie de comprendre comment tout cela a été possible. On ne sait pas si on y arrivera...", dit-il.

La mise au jour de l'affaire Bygmalion a participé à l'éclatement de la droite et brisé les ambitions politiques de M. Copé.

D'abord accusé d'avoir voulu constituer "un trésor de guerre" pour son avenir politique avec ce système de fausses factures, le maire de Meaux se souvient avec amertume de "la haine dans le regard" de certains de ses anciens amis politiques qui voyaient lui "un bouc-émissaire idéal".

"J'ai dû vivre avec des rumeurs sournoises pour ne pas dire ignobles pendant des mois et des mois", rappelle M. Copé.

Un avocat de la défense le pousse longuement sur la question récurrente depuis le début du procès le 20 mai : qui a décidé de la fraude ?

"Quelle est l'hypothèse qui vous paraît la plus plausible ?", finit par demander Me Luc Brosselet.

M. Copé prend une seconde. "Dans ce cas-là, il faut toujours se demander à qui cela profite. Je remarque que cela s'est fait dans le cadre d'une campagne présidentielle".

Depuis le début du procès et contrairement à ses 13 co-prévenus, Nicolas Sarkozy est absent à l'audience, et représenté par son avocat. Il sera interrogé par le tribunal mardi prochain.

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