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Election en Indonésie: un président issu du peuple face à un ex-général à poigne

| AFP | 247 | Aucun vote sur cette news
Affiches électorales pour la présidentielle en Indonésie, à Jakarta le 15 mars 2019
Affiches électorales pour la présidentielle en Indonésie, à Jakarta le 15 mars 2019 ( BAY ISMOYO / AFP/Archives )

L'élection présidentielle qui se tient mercredi en Indonésie oppose le président sortant Joko Widodo, un homme du peuple qui cultive le consensus, à un ancien général au passé controversé, Prabowo Subianto, qui veut diriger la troisième plus grande démocratie au monde avec plus de poigne.

Avec les deux mêmes candidats en lice, cette élection apparaît comme un match retour du scrutin de 2014 qui avait été remporté de justesse par Joko Widodo.

Joko Widodo

La victoire de Joko Widodo, surnommé Jokowi, il y a cinq ans avait couronné l'ascension au pouvoir d'un outsider dans un paysage politique jusque là monopolisé par de grandes familles et l'élite issue de la dictature de Suharto.

Le président indonésien sortant Joko Widodo pose pour des selfies lors d'un meeting de campagne à Jakarta, le 13 avril 2019
Le président indonésien sortant Joko Widodo pose pour des selfies lors d'un meeting de campagne à Jakarta, le 13 avril 2019 ( BAY ISMOYO / AFP/Archives )

L'homme politique de 57 ans qui a grandi dans une cabane de bambou avait séduit les électeurs avec ses façons modestes dans un pays miné par la corruption.

Tout au long de son mandat, Jokowi, un fan de heavy metal, a cultivé sa popularité en se rendant sur le terrain et en menant une politique de redistribution et de développement des infrastructures.

Mais son bilan sur les droits de l'homme n'a pas été à la hauteur des espoirs suscités par celui qui qui était présenté comme l'"Obama indonésien" pour ses origines modestes et une certaine ressemblance physique.

Fils de charpentier, Jokowi a grandi dans les environs de Solo, une ville d'un demi-million d'habitants. Il y a vendu des meubles et créé une société d'import-export qui lui a permis d'acquérir une notoriété et une indépendance financière.

Il se lance en politique en 2005 et décroche la mairie de Solo où il est réélu triomphalement. L'homme charismatique au style détaché et souriant est propulsé en 2012 gouverneur de Jakarta, un poste qui lui sert de tremplin pour la présidence où il sera élu en 2014.

Le président indonésien sortant Joko Widodo (C) prend un selfie avec l'un de ses partisans durant sa campagne électorale pour sa réelection, à Sragen en Indonésie, le 3 avril 2019
Le président indonésien sortant Joko Widodo (C) prend un selfie avec l'un de ses partisans durant sa campagne électorale pour sa réelection, à Sragen en Indonésie, le 3 avril 2019 ( JUNI KRISWANTO / AFP/Archives )

Au pouvoir, ce père de trois enfants a encouragé un boom des infrastructures avec la construction de routes, d'aéroports et de liaisons ferroviaires dans l'archipel de 17.000 îles.

Il a aussi renforcé la couverture sanitaire et sociale de la population et fourni une aide aux agriculteurs les plus pauvres.

Mais en matière de droits de l'homme, le bilan de son gouvernement est plus contesté face à la montée de l'intolérance envers la communauté LGBT ou la multiplication des discriminations contre les minorités religieuses dans ce pays qui compte la plus grande population musulmane au monde.

Les ONG de défense des droits de l'homme critiquent aussi les arrestations d'activistes et de nouvelles lois qui permettent d'interdire les organisations de masse ou limitent la liberté d'expression sur internet.

Le choix du prédicateur islamiste conservateur Ma'ruf Amin pour être son candidat à la vice-présidence apparaît comme une caution islamique destinée à convaincre l'électorat musulman conservateur.

Mais cet allié connu pour ses prises de position hostiles aux minorités inquiète les plus libéraux.

Prabowo Subianto

Prabowo Subianto, 67 ans, avait perdu de justesse la course à la présidentielle il y a cinq ans face à Joko Widodo. Et cette élection, est sans doute la dernière tentative de celui qui a tenté de gagner le pouvoir à plusieurs reprises ces dernières 15 années mais a été handicapé par ses liens avec le régime de l'ex-dictateur Suharto et son passé militaire.

Le candidat à l'élection présidentielle indonésienne Prabowo Subianto prononce un discours de campagne à Surabaya (Indonésie), le 12 avril 2019
Le candidat à l'élection présidentielle indonésienne Prabowo Subianto prononce un discours de campagne à Surabaya (Indonésie), le 12 avril 2019 ( Juni Kriswanto / AFP )

Issu d'une famille aisée, Prabowo Subianto a étudié quelques années à la prestigieuse école internationale American School à Londres et s'est lancé dans une carrière militaire, devenant un général dont les agissements sous le règne du dictateur Suharto (1967-1998) restent controversés.

Cet homme au visage rond portant le traditionnel couvre-chef noir a reconnu avoir ordonné l'enlèvement de militants pro-démocratie à la fin de l'ère Suharto. Les ONG l'accusent également d'avoir commis des violations des droits de l'homme au Timor oriental, lors de la lutte de cette région pour l'indépendance, durement réprimée par les forces spéciales dont il était le commandant.

Certains lui attribuent aussi un coup d’État manqué peu après la chute en 1998 de Suharto, dont il est l'ancien gendre. Prabowo a ensuite quitté l'armée et s'est exilé pendant quelques années en Jordanie avant de devenir un homme d'affaires fortuné, puis de revenir en politique en 2009.

Le candidat à l'élection présidentielle en Indonésie Prabowo Subianto au milieu de ses partisans durant la campagne électorale à Palembang (Indonésie), le 9 avril 2019
Le candidat à l'élection présidentielle en Indonésie Prabowo Subianto au milieu de ses partisans durant la campagne électorale à Palembang (Indonésie), le 9 avril 2019 ( ABDUL QODIR / AFP/Archives )

Candidat malheureux cette année-là à la vice-présidence sous les couleurs de Megawati Sukarnoputri, fille du premier dirigeant de l'Indonésie indépendante, Sukarno, il a joué à fond sur son passé militaire pour séduire l'électorat.

Pour cette dernière élection, l'ex-militaire qui compte plusieurs chrétiens dans sa famille, s'est rapproché des groupes islamistes parmi les plus radicaux et a donné des gages à l'électorat le plus conservateur au risque de s'aliéner les minorités religieuses.

Il a aussi joué sur la fibre nationaliste et populiste en dénonçant les investissements chinois dans le pays et l'appropriation des richesses du pays par une élite économique.

L'ex-général est toutefois crédité d'une vaste fortune tandis que son colistier, l'ancien homme d'affaires Sandiaga Uno a indiqué avoir versé plus d'une centaine de millions de dollars de ses fonds personnels dans la campagne.

En cas de défaite, le candidat à la vice-présidence, qui a fait campagne sans relâche et gagné une popularité importante, est vu comme un possible candidat à la présidentielle de 2024.

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