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Edouard Martin, l'ancien ouvrier puis eurodéputé retourne à la vie civile

| AFP | 252 | 1 par 1 internautes
Edouard Martin à Metz (Moselle) lors d'un meeting de campagne le 13 mai 2014
Edouard Martin à Metz (Moselle) lors d'un meeting de campagne le 13 mai 2014 ( JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP/Archives )

Métallo, responsable syndical puis eurodéputé: Edouard Martin, devenu médiatique lors du conflit autour de la fermeture des hauts-fourneaux d'ArcelorMittal à Florange (Moselle), reste "profondément européen" mais a choisi de ne pas se représenter.

"Je suis profondément européen. J'ai vu les bienfaits de l'Europe, sa solidarité pour que des pays se développent", comme l'Espagne, qu'Eduardo Martín Benitez, de son vrai nom, a quittée à l'âge de 8 ans avec ses parents et ses frères et soeurs.

"Pour moi, l'Europe, c'est d'abord et avant tout 70 ans de paix. J'ai encore le souvenir de ce qu'était la dictature en Espagne, la trouille de mes parents, les patrouilles des gardes civils".

En 2014, quand il a été élu sous les couleurs du Parti socialiste, il avait annoncé qu'il ne ferait qu'un mandat.

"J'ai beaucoup de respect pour l'engagement politique, mais il ne doit durer qu'un temps: c'est mieux pour la démocratie et le renouvellement des idées", dit Edouard Martin, 55 ans, installé dans une salle de sa permanence au centre-ville de Thionville (Moselle).

Pendant son mandat, il a sillonné les 18 départements de sa circonscription entre Grand Est et Bourgogne-Franche-Comté pour "parler d'Europe" avec collégiens, lycéens, acteurs locaux, associations, entreprises, militants, détenus etc.

"Je finis avec une empreinte carbone détestable, mais personne ne pourra me dire que je n'ai pas fait le travail. Je pars la tête haute", dit l'eurodéputé, cheveux poivre et sel et sourire franc. Il n'a raté aucune commission ni session, assure-t-il. "Nous sommes payés avec l'argent public", rappelle l'ancien syndicaliste.

D'Edouard Martin, on garde en mémoire l'image d'un métallo, chasuble de la CFDT sur le dos, qui avait lâché entre colère et amertume, les larmes aux yeux, un "traître", devant des caméras pendant un discours télévisé de Jean-Marc Ayrault, alors Premier ministre.

Le chef du gouvernement venait d'annoncer, le 30 novembre 2012, avoir signé un accord avec le leader de l'acier, ArcelorMittal, actant la fermeture des deux hauts-fourneaux de Florange. Et signant du même coup l'échec du combat des métallos, emmenés par Edouard Martin.

"Pas assez d'Europe !"

Edouard Martin lors d'une conférence de presse à Bruxelles, le 15 février 2016
Edouard Martin lors d'une conférence de presse à Bruxelles, le 15 février 2016 ( JOHN THYS / AFP/Archives )

Il entre à l'usine à Florange en 1981, aux hauts-fourneaux, à l'âge de 18 ans. "Ma mère me répétait d'être obéissant, d'écouter les chefs, parce qu'ils ont toujours raison", se souvient-t-il, en souriant malicieusement.

Sauf que les inégalités du monde du travail le hérissent et "même si la phrase de ma mère me hante", il prend un premier mandat à la CFDT en 1989 et se consacre exclusivement au syndicalisme à partir de 2006.

"Si je devais le redire, je le redirais: ce mec-là nous a trahis", dit l'ancien sidérurgiste, un léger accent lorrain dans la voix.

Pourtant, deux ans plus tard, il a accepté de conduire la liste pour les européennes du PS.

Un choix qui lui a valu "des traînées de boue sur les réseaux sociaux", se remémore-t-il.

A peine installé dans son bureau à Bruxelles, l'ancien ouvrier a réclamé le rapport sur l'avenir de l'industrie de la production des métaux de base. "Je les ai tous harcelés pour devenir rapporteur. Je n'étais pas là pour écouter les débats et faire quelques interventions", sourit-il.

Et comme il est "gourmand", il s'est investi pour les droits des femmes, la protection de l'environnement, contre le dumping social. Sa plus grande réussite, selon lui: s'être battu pour que la Chine n'obtienne pas le statut d'économie de marché. "C'était mettre en péril des milliers d'emplois dans la sidérurgie, l'aluminium, le papier", énumère l'eurodéputé, qui vit toujours en Lorraine.

Il souhaiterait voir le rôle du Parlement européen renforcé et "remettre le citoyen au coeur de toutes les politiques". "La faiblesse de l'Europe, c'est qu'il n'y a pas assez d'Europe!", estime-t-il.

"L'Europe est de plus en plus libérale et les citoyens ne se sentent pas protégés. Quand des commissaires parlent d'eux, ils emploient le mot de consommateurs !", s'agace le député européen, en jeans et chemise.

En 2018, il a rejoint Benoît Hamon quand il a fondé Génération.s, dont "le programme avec le revenu minimum universel, le 49.3 citoyen ou la taxe robot me ressemble", dit-il.

Pour ces élections européennes, il redoute "qu'on batte un record d'abstention. Pourtant, c'est une élection importante. Le soir du 26 mai, on va en prendre pour cinq ans", rappelle-t-il.

Lui va désormais "chercher du boulot", confiant de n'avoir ni propositions ni pistes.

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