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Deux semaines de crise politique au Sri Lanka

| AFP | 242 | Aucun vote sur cette news
Le président du Sri Lanka Maithripala Sirisena à Colombo, le 5 novembre 2018
Le président du Sri Lanka Maithripala Sirisena à Colombo, le 5 novembre 2018 ( LAKRUWAN WANNIARACHCHI / AFP/Archives )

La crise politique au Sri Lanka, marquée vendredi par la dissolution du Parlement, a été déclenchée le 26 octobre par le limogeage soudain par le président Maithripala Sirisena du Premier ministre Ranil Wickremesinghe, qui refuse de partir.

- Décision surprise -

Le 26 octobre, le président sri-lankais Maithripala Sirisena démet de ses fonctions son Premier ministre, Ranil Wickremesinghe, nommant à sa place l'ancien homme fort de l'île Mahinda Rajapakse (2005 à 2015).

Ce dernier avait mis fin au mouvement séparatiste des Tigres tamouls en 2009. Mais il avait aussi été accusé de corruption et d'avoir éliminé des opposants politiques.

Le limogeage surprise intervient sur fond de désaccords entre le président et son allié dans la coalition au pouvoir en matière de politique économique et de gestion de l'administration gouvernementale.

Durant la nuit du 26 au 27 octobre, des partisans de M. Rajapakse prennent le contrôle de deux chaînes de télévisions publiques.

- Parlement suspendu -

Le 27, dénonçant son renvoi comme inconstitutionnel, Ranil Wickremesinghe réclame une session parlementaire extraordinaire, pour démontrer qu'il détient toujours une majorité.

Il juge son renvoi illégal en vertu d'un amendement constitutionnel de 2015 qui supprime la possibilité pour le président de limoger le Premier ministre. Il affirme que seul le Parlement peut le destituer.

Le président Sirisena riposte en suspendant le Parlement jusqu'au 16 novembre.

Après les Etats-Unis, les ambassadeurs de l'Union européenne à Colombo appellent au respect de la Constitution et à s'abstenir de toute violence.

L'Inde, l'influent voisin, "observe attentivement" les développements, indiquent des sources officielles à New Delhi.

- "Coup d'Etat constitutionnel" -


Des soutiens du Premier ministre sir lankais limogé Ranil Wickremesinghe devant la résidence officielle du Premier Ministre à Colombo, le 10 novembre 2018
Des soutiens du Premier ministre sir lankais limogé Ranil Wickremesinghe devant la résidence officielle du Premier Ministre à Colombo, le 10 novembre 2018 ( LAKRUWAN WANNIARACHCHI / AFP )

Le 28, des journaux privés qualifient les décisions présidentielles de "coup d'Etat constitutionnel".

Le président du Parlement Karu Jayasuriya juge légitime la demande du Premier ministre sortant de rester en poste tant qu'un autre candidat ne peut justifier d'une majorité parlementaire.

Le chef de gouvernement évincé refuse de quitter sa résidence officielle à Colombo, aux abords de laquelle se rassemblent un millier de ses partisans. Des militaires sont déployés.

Les congés sont annulés pour les policiers.

- Violences -

Le même jour, des gardes du corps du ministre du Pétrole Arjuna Ranatunga, soutien du Premier ministre démis, tirent sur une foule hostile qui tentait de prendre l'homme politique en otage. Un homme est tué et deux personnes blessées.

Washington appelle M. Sirisena à "reconvoquer immédiatement le Parlement".

Le 29, Ranil Wickremesinghe réaffirme être "toujours le Premier ministre qui commande la majorité", dénonçant la "vacance" du pouvoir.

Le président du Parlement s'inquiète d'un possible "bain de sang" si le Parlement n'est pas consulté.

Accusé d'avoir ordonné à son service de protection d'ouvrir le feu, le ministre Arjuna Ranatunga est arrêté.

M. Sirisena nomme un gouvernement de douze membres, confiant les Finances à M. Rajapakse en plus de ses fonctions de Premier ministre.

- Marchandages politiques -

Crise constitutionnelle au Sri Lanka
Crise constitutionnelle au Sri Lanka ( AFP / AFP )

Le 30, des dizaines de milliers de manifestants pro-Wickremesinghe se rassemblent devant sa résidence, bloquant le centre de la capitale.

Après des défections des deux côtés en vue d'un éventuel vote de confiance au Parlement, le camp de Ranil Wickremesinghe détient 104 sièges sur les 225 du Parlement et celui de Mahinda Rajapakse et de Maithripala Sirisena 99, selon un décompte de l'AFP. Des tractations se poursuivent.

- Session parlementaire repoussée -

Le 1er novembre, le chef de l'Etat lève la suspension du Parlement pour le réunir le 5 novembre, mais son parti ravive la crise en affirmant qu'il restera suspendu.

Le 2, le président du Parlement ordonne une session parlementaire la semaine suivante pour tenter de dénouer la crise.

Le 4, le chef de l'Etat Sirisena annonce que le Parlement sera finalement convoqué le 14 novembre.

Le 5, des milliers de partisans de Mahinda Rajapakse convergent vers Colombo pour le soutenir. Le 8, des centaines de voitures manifestent dans la capitale, cette fois en soutien au chef de gouvernement limogé.

- Dissolution du Parlement -

Le 9, le parti du président reconnaît ne pas disposer à ce stade de la majorité parlementaire pour confirmer son candidat. Quelques heures plus tard, le président dissout le Parlement, convoquant des élections anticipées pour le 5 janvier.

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