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Contre la haine en ligne, et si on se parlait?

| AFP | 327 | 1 par 2 internautes
Wioletta Ruehrer, assistante sociale de l'organisation Neustart, parle le 19 mars 2019 à Vienne à une cliente, qui suit une formation après avoir posté des propos raciste sur Facebook
Wioletta Ruehrer, assistante sociale de l'organisation Neustart, parle le 19 mars 2019 à Vienne à une cliente, qui suit une formation après avoir posté des propos raciste sur Facebook ( JOE KLAMAR / AFP/Archives )

A 74 ans, avec son profil de retraitée sans histoire, madame H. ne s'attendait pas à devoir suivre un programme de prévention de la délinquance. Encore moins à cause d'un message posté sur Facebook.

C'était il y a un an: irritée par un article lu en ligne, cette habitante de Vienne avait réagi par un commentaire aux termes très crus, souhaitant l'empoisonnement de tous les immigrés arrivant en Autriche.

Pour la septuagénaire, c'était un commentaire "spontané", écrit sous le coup de l'émotion. Pour la justice, c'est une "incitation à la haine et à la violence", un délit passible en Autriche d'une sanction pénale.

Une femme attend avant de participer à une session d'éducation au civisme sur internet de l'organisation Neustart, le 19 mars 2019 à Vienne
Une femme attend avant de participer à une session d'éducation au civisme sur internet de l'organisation Neustart, le 19 mars 2019 à Vienne ( JOE KLAMAR / AFP )

"La police m'a convoquée et m'a dit que je n'avais pas le droit d'écrire ça (...) je pensais que la procédure n'irait pas plus loin", confie l'ancienne sage-femme.

Mais les autorités autrichiennes musclent leur réponse face à la prolifération des contenus haineux sur le net qui avivent les divisions de la société, particulièrement en période de campagne électorale, comme le scrutin européen du 26 mai.

Depuis 2017, plusieurs juridictions, dont celle de Vienne, expérimentent ainsi un programme d'éducation au civisme sur internet baptisé "Le dialogue plutôt que la haine" ("Dialog statt Hass").

Pacifier internet

Aux auteurs de commentaires malveillants comme madame H., le parquet peut désormais proposer une alternative à la sanction: six mois de sensibilisation aux bonnes manières en ligne et aux thèmes de la désinformation, des droits de l'homme, des techniques d'algorithme de Facebook ou de titraille des tabloïds.

L'idée: pacifier l'usage des réseaux sociaux en "exprimant son point de vue sans dénigrer l'autre", explique Nikolaus Tsekas, responsable de l'antenne viennoise de Neustart, l'organisme de prévention de la délinquance qui pilote ce projet.

En Autriche, l'opposition de gauche et plusieurs associations de défense des droits accusent le parti d'extrême droite FPÖ, partenaire de coalition du chancelier conservateur Sebastian Kurz, d'attiser les antagonismes en multipliant les messages hostiles aux immigrés et aux demandeurs d'asile.

L'ONG SOS Mitmensch a recensé en un an vingt messages émanant de responsables du FPÖ, dont des ministres, pouvant être considérés comme racistes envers les musulmans.

Et les éducateurs de Neustart en mesurent les conséquences. "On voit souvent des gens nous dire +les politiques disent ça, pourquoi pas moi!+", observe M. Tsekas.

En novembre dernier, c'est d'ailleurs un élu municipal FPÖ que la justice a envoyé suivre les cours de savoir-vivre en ligne de l'association. Il avait déversé sur Facebook son hostilité à une publicité montrant un couple d'hommes, dont l'un à la peau sombre, avec un bébé.

Pas de lavage de cerveau

Avec les injures contre les homosexuels, les propos racistes et contre les musulmans constituent l'écrasante majorité des cas poursuivis et envoyés à Neustart. L'Autriche a mis en place plusieurs outils permettant aux particuliers de signaler de tels contenus aux autorités.

Le parcours proposé à ces "délinquants" du net comprend une quinzaine de modules, individuels ou en groupe. Les débuts sont souvent difficiles. Rencontrée par l'AFP à la cinquième séance, madame H. n'est convaincue que d'une chose: "la liberté d'expression n'existe pas, on n'a pas le droit de dire ce qu'on pense".

Une réaction classique, observe sa conseillère, Wioletta Rührer. Son travail va consister à "étudier sa biographie, comprendre quelles sont ses peurs, chercher si elle-même a pu être victime de discrimination" pour susciter son empathie.

Un autre "client" raconte être entré dans le programme à reculons pour finir, à l'issue du cursus, par redemander une session.

"Mes opinions, mes points de vue, ils n'ont pas changé, explique ce Viennois fort en gueule, mais les échanges avec la conseillère étaient intéressants, ils donnaient à réfléchir et je peux comprendre que certains qualificatifs soient dégradants".

Depuis la formation, il assure avoir "pris du recul par rapport aux articles des journaux, je me laisse moins emporter par certains titres car je me dis +ils essaient encore de t'énerver+".

"Il a diversifié ses sources d'information, il est devenu plus critique envers les médias", constate Dana Pajkovic, sa tutrice.

"C'était nouveau pour lui d'être confronté à d'autres avis que le sien", ajoute-t-elle.

"Prendre le temps de se confronter à cette différence, d'écouter ces gens est indispensable", estime Nikolaus Tsekas. "L'idée n'est pas de transformer des électeurs du FPÖ en militants de gauche".

Au regard des milliers de propos haineux déversés chaque jour en ligne, "le Dialogue plutôt que la haine" n'a concerné "que" 73 prévenus pour l'année 2018. Il va être étendu à toutes les juridictions autrichiennes cet été.

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