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Carles Puigdemont, président catalan destitué qui entend revenir

| AFP | 410 | Aucun vote sur cette news
Le président catalan déchu Carles Puigdemont s'adresse à ses partisans à Barcelone lors d'une visio-conférence depuis Bruxelles, le 19 décembre 2017
Le président catalan déchu Carles Puigdemont s'adresse à ses partisans à Barcelone lors d'une visio-conférence depuis Bruxelles, le 19 décembre 2017 ( Pau Barrena / AFP )

La mise sous tutelle de sa région a mis fin en quelques heures à son rêve d'indépendance pour la Catalogne, mais Carles Puigdemont, président destitué, n'a pas renoncé. Depuis la Belgique, il entend récupérer son poste pour mettre encore Madrid dans l'embarras.

"La présidence de la Catalogne ne se décapite pas et ne se change pas selon le bon vouloir de Madrid", a-t-il prévenu via une liaison vidéo retransmise dans une centaine de villes, son dernier "meeting" avant les élections, en défendant sa liste Ensemble pour la Catalogne.

Carles Puigdemont a tenu parole. Il a convoqué un référendum d'autodétermination interdit par la Cour constitutionnelle et soutenu, le 27 octobre, la déclaration d'indépendance du Parlement catalan.

Mais, à peine deux jours plus tard, il est parti pour la Belgique, renonçant à un bras de fer avec l'Etat qui venait de le destituer.

"La presse anti-indépendantiste l'a traité de lâche, mais s'il a un défaut c'est plutôt sa témérité", a écrit son ami Antoni Puigverd dans le quotidien catalan La Vanguardia.

En quittant l'Espagne pour la Belgique, l'ancien journaliste de 54 ans à l'épais casque de cheveux châtains a porté le conflit catalan au cœur de l'Union européenne et continué son combat depuis Bruxelles, en durcissant au passage le ton contre l'UE, qualifiée d'union de pays "décadents".

Mais l'Union n'a pas bougé, manifestant son soutien sans faille au chef du gouvernement conservateur espagnol, Mariano Rajoy.

- Un homme 'têtu' -

Face aux électeurs, il se présente "comme le président légitime de la Catalogne en exil" et promet de rentrer s'il l'emporte, même s'il serait immédiatement incarcéré, comme son vice-président Oriol Junqueras, inculpé pour rébellion et sédition.

Selon Antoni Puigverd, "il veut faire un triple salto mortel: ressusciter un parti moribond (le sien), restaurer la présidence, et mettre l'Etat dans l'embarras, en le contraignant à destituer à nouveau un président démocratique".

Les raisons de cette détermination se devinent dans une biographie, écrite par un autre ami, Carles Porta, en 2016.

Il y est décrit comme un homme "honnête et résilient", un "indépendantiste de toujours", avec le caractère d'un "coureur de fond". Il a cette "vertu (ou ce défaut): il est têtu".

Il a semblé vaciller, un jour avant la déclaration d'indépendance du 27 octobre, en proposant à ses alliés de convoquer de nouvelles élections régionales plutôt que de proclamer une république indépendante, pour éviter un choc frontal avec Madrid. Mais en quelques heures, il a fait marche arrière, assurant que le gouvernement de Mariano Rajoy n'avait pas offert les "garanties" nécessaires.

"Les siens l'accusaient d'être un traître et lui ne voulait pas être le fossoyeur de la patrie", selon une source impliquée dans les tractations.

Finalement, les élus avaient voté, la mine grave, la déclaration d'indépendance.

Quelques heures plus tard, Mariano Rajoy suspendait de facto l'autonomie de la région, une première depuis la dictature de Francisco Franco.

- L'exemple slovène -

Né à Amer, village à une centaine de kilomètres de Barcelone et de ses élites, Carles Puigdemont parle le français, l'anglais et le roumain, la langue de son épouse et mère de ses deux filles.

Enfant et petit-enfant de pâtissiers, il a pris en 2011 la tête de la maire de Gérone, fief nationaliste de 98.000 habitants, avant de diriger à partir de janvier 2016 un gouvernement indépendantiste déterminé à mener la région vers l'indépendance.

Auparavant, il a notamment dirigé le quotidien nationaliste El Punt et fondé une agence de presse catalane, combinant toujours le journalisme et le militantisme politique au sein du parti nationaliste et conservateur Convergence démocratique de Catalogne.

Dès 1991, il s'intéressait à l'indépendance, voyageant même en Slovénie pour étudier son processus de sécession après un référendum d'indépendance interdit et une courte guerre.

Dans les années qui ont suivi, il a défendu une stratégie d'élargissement de la "base sociale" de l'indépendantisme fondée sur la non-violence, s'inspirant de Gandhi: "Il ne faut pas être pressés. Il faut bien faire les choses", aurait-il dit, selon Carles Porta.

Ses détracteurs lui reprochent d'avoir fait exactement le contraire: mener la Catalogne à la rupture en oubliant une majorité d'électeurs et en mettant en danger la cohésion et le progrès économique de la région.

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