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Pérou: les proches des victimes de Fujimori se sentent trahis

| AFP | 99 | Aucun vote sur cette news
Des proches de victimes du régime d'Alberto Fujimori dénoncent la grâce accordée à l'ex-président péruvien, le 27 décembre 2017 à Lima
Des proches de victimes du régime d'Alberto Fujimori dénoncent la grâce accordée à l'ex-président péruvien, le 27 décembre 2017 à Lima ( Ernesto BENAVIDES / AFP )

Trahison, injustice, douleur: les sentiments se bousculent chez les proches des victimes des escadrons de la mort du gouvernement d'Alberto Fujimori qui vient d'être gracié par le président Pedro Pablo Kuczynski.

"On se sent trahi, on sent qu'il n'y a pas de justice, qu'elle n'existe pas pour nous", confie en pleurs Rosa Rojas, qui a perdu son mari et son fils de 8 ans dans la tuerie de Barrios Altos, perpétrée à Lima par des militaires le 3 novembre 1991.

Ce 24 décembre, jour de la grâce accordée à M. Fujimori, "ce fut le pire Noël".

Familles des victimes, partis politiques et associations de défense des droits de l'homme se préparent à défiler jeudi contre la décision de "PPK" (acronyme et surnom de Pedro Pablo Kuczynski), qui s'était pourtant engagé durant sa campagne électorale de 2016 à ne pas libérer l'ancien chef de l'Etat âgé de 79 ans.

"J'ai voté deux fois pour lui (Kuczynski) au premier et au second tour. Je croyais en lui", ajoute Mme Rojas à l'AFP, assise dans un parc de Lima.

Rosa Rojas, qui a perdu son mari et son fils de 8 ans dans la tuerie de Barrios Altos par des militaires le 3 novembre 1991 à Lima, lors d'une interview avec l'AFP, le 26 décembre 2017 à Lima
Rosa Rojas, qui a perdu son mari et son fils de 8 ans dans la tuerie de Barrios Altos par des militaires le 3 novembre 1991 à Lima, lors d'une interview avec l'AFP, le 26 décembre 2017 à Lima ( LUKA GONZALES / AFP )

Ce jour de 1991, cette commerçante de 52 ans réussit à se sauver en courant, alors que la fête qui bat son plein vient d'être interrompue par des militaires cagoulés, alors engagés dans un combat sans merci contre la guérilla du Sentier lumineux (extrême gauche maoïste).

Ils obligent tous ceux qui sont présents à se jeter au sol avant de tirer en rafales avec des fusils équipés de silencieux. Un des assaillants achève ensuite méticuleusement les blessés.

Quinze personnes sont tués par cet escadron de l'armée, selon le récit des survivants à la Commission de la vérité et de la réconciliation, qui a enquêté sur cette période.

"Ils sont entrés en disant: +Tous les chiens, au sol+. Je n'ai pu que courir avant de me rendre compte que mon mari et mon fils n'étaient pas avec moi", se souvient Mme Rojas.

"On se moque de nous, c'est révoltant cette grâce. Mais je vais continuer à me battre jusqu'au bout pour obtenir justice", ajoute-t-elle, rappelant que sa "famille a été détruite".

- Blessure rouverte -

Rayda Condor (d) mère d'Armando Amaro Condor, un des étudiants assassinés par l'escadron de la mort
Rayda Condor (d) mère d'Armando Amaro Condor, un des étudiants assassinés par l'escadron de la mort "Colina", lors d'une réunion avec des proches des victimes, le 26 décembre 2017 à Lima ( LUKA GONZALES / AFP )

Huit mois après Barrios Altos, le 18 juillet 1992, le grupo Colina, du nom de l'escadron de la mort, frappe encore dans une université connue pour être un bastion de la gauche.

Neuf étudiants et un professeur sont kidnappés, transférés à l'extérieur de la capitale péruvienne et froidement exécutés d'une balle dans la nuque.

Les cadavres ont été enterrés clandestinement dans trois fosses communes, avant d'être exhumés et enterrés à nouveau ailleurs. Les restes ont été retrouvés grâce à une enquête de journalistes.

Le geste du président PPK est "illégal", c'est une "honte" et "une blessure qui se rouvre avec ces injustices", déclare à l'AFP Gisela Ortiz, la soeur de Luis Enrique, un des étudiants, assassiné alors qu'il avait 22 ans.

"C'est une douleur qui enfle. On pourrait se dire que l'on a déjà assez pleuré et souffert, mais non", ajoute-t-elle.

"C'est une lutte sans repos. Avec la grâce, on est en train de se regrouper à nouveau pour empêcher qu'on se moque de nous", poursuit Mme Ortiz.

"On a déjà contacté l'OEA (Organisation des Etats américains). On va faire de même avec la Cour interaméricaine des droits de l'homme car nous croyons qu'il doit y avoir une instance de protection des victimes", explique-t-elle.

"Que dirait mon fils? Cela fait 25 ans que je me bats, pour faire justice pour Amaro", confie Rayda Condor, 63 ans, mère d'Armando Amaro Condor, un des étudiants assassinés.

Pour ces deux affaires, la justice péruvienne a condamné en 2009 Alberto Fujimori à 25 ans de prison pour crimes contre l'humanité.

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