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Le Saoudien Jamal Khashoggi, journaliste et intellectuel engagé

| AFP | 308 | Aucun vote sur cette news
Le journaliste saoudien Jamal Khashoggi, le 15 décembre 2014 à Manama (Bahreïn)
Le journaliste saoudien Jamal Khashoggi, le 15 décembre 2014 à Manama (Bahreïn) ( MOHAMMED AL-SHAIKH / AFP/Archives )

Le journaliste de renom Jamal Khashoggi, tué le 2 octobre par des agents saoudiens au consulat de son pays à Istanbul, était passé du statut d'initié de la famille royale saoudienne à celui de franc détracteur du puissant prince héritier Mohammed ben Salmane.

Jeudi, le procureur général d'Arabie saoudite a confirmé, via son porte-parole, que Khashoggi avait été drogué et son corps démembré à l'intérieur du consulat, mais il a totalement dédouané le prince héritier, affirmant que le journaliste avait été tué sur ordre du chef de l'équipe dépêchée en Turquie.

Khashoggi, 59 ans au moment des faits, a eu une carrière riche en rebondissements qui l'a fait évoluer en 35 ans entre l'islam politique des Frères musulmans, les médias saoudiens, les cercles dirigeants à Ryad et les grands titres de la presse internationale, dont le Washington Post.

Il s'était exilé aux Etats-Unis lors d'une vague d'arrestations en septembre 2017 dans le royaume et n'avait cessé depuis de dénoncer les "excès" du prince Mohammed, 33 ans, surnommé MBS.

A l'époque, il avait annoncé avoir été interdit de s'exprimer dans le quotidien Al-Hayat du prince saoudien Khaled ben Sultan al-Saoud, pour avoir défendu la confrérie des Frères musulmans classée "terroriste" par Ryad.

Le 6 mars 2018, il écrivait dans le Guardian: "Pour son programme de réformes intérieures, le prince héritier mérite des éloges. Mais ce jeune et impétueux innovateur n'a ni encouragé ni permis le moindre débat en Arabie saoudite".

MBS "semble faire bouger le pays d'un extrémisme religieux d'une autre époque vers son propre extrémisme: +Vous devez accepter mes réformes+. Son programme ignore-t-il la plus importante des réformes, la démocratie?" poursuivait-il.

- Rédacteur-en-chef engagé -

Grand, portant des lunettes et une barbe grisonnante, Jamal Khashoggi est né le 13 octobre 1958 en Arabie saoudite, à Médine (ouest).

En 1982, il a été diplomé en gestion à l'Université d'Etat d'Indiana, aux Etats-Unis.

Il a commencé sa carrière dans des quotidiens saoudiens, dont le Saudi Gazette et Asharq al-Awsat, couvrant notamment le conflit en Afghanistan.

A l'époque, une photographie de lui portant un fusil d'assaut et des vêtements afghans avait circulé. Il n'avait pas combattu avec les moudjahidine contre les Soviétiques, mais avait épousé leur cause financée par la CIA et les services secrets saoudiens.

Jamal Khashoggi avait interviewé Ben Laden en Afghanistan et au Soudan mais, dans les années 90, il avait pris ses distances avec le chef d'Al-Qaïda qui avait basculé dans la violence anti-Occident.

Il avait ensuite occupé des postes de responsabilité. Jugé trop progressiste, il avait été contraint de démissionner en 2003 du poste de rédacteur-en-chef du quotidien saoudien Al-Watan.

Il y était revenu en 2007 puis reparti en 2010 après un éditorial jugé offensant pour les salafistes, courant rigoriste de l'islam.

- Conseiller gouvernemental -

Neveu du célèbre marchand d'armes Adnan Khashoggi, Jamal est issu d'une grande famille saoudienne.

Il a longtemps entretenu des rapports ambigus avec le pouvoir saoudien, en tant que conseiller à Ryad et à Washington, notamment auprès d'un ambassadeur, le prince Turki al-Fayçal, qui a aussi dirigé les services de renseignement.

Le prince milliardaire Al-Walid ben Talal lui avait confié la direction d'Al-Arab, une chaîne panarabe d'information. Mais ce projet, qui devait être lancé en 2015 depuis Bahreïn, n'a jamais vu le jour après une interdiction des autorités de Manama, proches de Ryad.

Le prince Al-Walid ben Talal a été détenu entre novembre 2017 et janvier 2018 à l'hôtel Ritz-Carlton de Ryad avec des dizaines de personnalités accusées de "corruption" par le prince héritier.

Dès septembre 2017, dans le Washington Post, Jamal Khashoggi écrivait: "Quand je parle de peur, d'intimidation, d'arrestations et d'humiliations publiques d'intellectuels et de dirigeants religieux et que je vous dis que je suis d'Arabie saoudite, êtes-vous surpris?"

La fiancée turque du journaliste saoudien  Jamal Khashoggi, Hatice Cengiz, le 3 octobre 2018 devant le consulat d'Arabie saoudite à Istanbul où il a été vu pour la dernière fois
La fiancée turque du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, Hatice Cengiz, le 3 octobre 2018 devant le consulat d'Arabie saoudite à Istanbul où il a été vu pour la dernière fois ( OZAN KOSE / AFP/Archives )

Les autorités lui avaient précédemment demandé d'arrêter d'utiliser Twitter où il avait "incité à la prudence par rapport à une étreinte trop forte" du président Trump, apprécié au palais royal.

Il avait aussi critiqué l'implication saoudienne dans la guerre au Yémen et l'embargo imposé au Qatar, accusé par Ryad de soutenir les Frères musulmans et d'entretenir des liens avec l'Iran.

Dans sa dernière tribune au Washington Post, il avait loué Doha par rapport à ses voisins qui cherchent à "maintenir le contrôle de l'information afin d'appuyer +l'ancien ordre arabe+".

Le 2 octobre, Jamal Khashoggi était entré au consulat saoudien à Istanbul pour des démarches administratives en vue de son mariage avec une Turque, Hatice Cengiz. Selon elle, il voulait être un journaliste influent et "la voix de ses collègues qui ne peuvent plus s'exprimer".

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