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Eborgné en 2016, un étudiant rennais souhaite l'interdiction du LBD 40, arme "mutilante"

| AFP | 405 | Aucun vote sur cette news
Jean-François Martin, blessé à l'oeil lors d'une manifestation contre la loi travail en avril 2016, pose pour l'AFP à Rennes, le 31 janvier 2019
Jean-François Martin, blessé à l'oeil lors d'une manifestation contre la loi travail en avril 2016, pose pour l'AFP à Rennes, le 31 janvier 2019 ( DAMIEN MEYER / AFP )

Depuis le 28 avril 2016, rien n'est tout à fait "comme avant" pour Jean-François Martin, 23 ans. Ce jour-là, il a perdu un oeil lors d'une manifestation à Rennes et, depuis, il souhaite que la responsabilité des policiers soit reconnue et que le LBD 40, arme "mutilante", soit interdit.

Ce jour de printemps 2016, lors d'une manifestation contre la loi travail, l'étudiant en géographie reçoit "un choc frontal très brutal". "Une charge de CRS venait de nous rabattre de l'autre côté de la rivière. Il y aurait eu un tir de fusée vers les forces de l'ordre, venant du côté où je me trouvais", raconte le jeune homme à l'AFP.

Selon son avocate, Me Maryvonne Lozachmeur, Jean-François ne faisait pourtant "absolument pas partie de ceux qui ont commis des actes de violence contre les policiers" et ne faisait "qu'exercer son droit de manifester".

Les médecins lui annoncent la nouvelle le lendemain : le jeune homme ne verra plus jamais de son oeil gauche. Après trois opérations, il est soulagé d'avoir "retrouvé un visage normal" grâce à une prothèse qui lui permet de ne plus attirer les regards sur lui. L'enquête établit comme "hypothèse la plus probable" l'impact de balle d'un LBD 40 (lanceur de balles de défense).

Trois ans après, Jean-François est en master 2 de gestion de l'environnement et semble avoir repris sa vie d'avant. Il conduit, fait du sport, voit des amis. Tout juste confie-t-il que poser un verre sur une table avec la main gauche lui demande de la concentration.

Sur le plan psychologique, le jeune Breton assure avoir été "très entouré". "Mes parents se sont occupés de l'aspect judiciaire, des assurances. Moi, je n'avais qu'à vivre", reconnaît-il. "Je le vis bien par moments et moins bien par d’autres. Parfois ça se manifeste par de la paranoïa et de l’angoisse, mais ça reste assez mineur pour ne pas me gâcher la vie".

"Très peur" de la police

Pourtant, rien n'est tout à fait "comme avant". Une voiture de police passe dans la rue et il "se cache", avouant avoir "très peur" des forces de l'ordre. S'il est retourné manifester, c'est toujours "accompagné". "La première chose à laquelle je réfléchis en manif, c'est +comment je peux m'enfuir?+".

Le mouvement des "gilets jaunes", qui a donné lieu plus de 9.200 tirs de LBD, aura eu "au moins pour effet positif de montrer que n'importe qui peut être blessé", selon lui.

Le journaliste David Dufresne a recensé 17 personnes éborgnées en trois mois, depuis le début du mouvement. "Cela me rend profondément triste parce que perdre un oeil, même si moi je le vis bien, ça reste pas facile", confie Jean-François Martin, qui a "peur de perdre l'autre oeil".

L'utilisation du LBD lors des manifestations, à l'origine de nombreuses blessures graves, suscite la polémique. Le Conseil d'État a toutefois refusé vendredi de suspendre son usage.

Pour Jean-François Martin, sur le plan judiciaire, l'instruction se termine, mais le parquet n'a pas rendu son réquisitoire définitif. Lui aimerait "voir reconnaître la culpabilité des policiers ou de l'État", mais il ne "s'attend pas à une condamnation, tellement rare dans ce genre d'affaire".

Son avocate ne peut "s'empêcher de faire un parallèle entre la justice +d'abattage+ à l'oeuvre pendant le mouvement des +gilets jaunes+ et le jugement des policiers", même si elle ne conteste pas qu'une information pénale soit "plus longue pour les affaires délicates".

LBD, grenades GLI-F4... aucune de ces armes "mutilantes" ne devrait être utilisée en France au 21e siècle, estime Jean-François. Il trouve "incroyable qu'il n'y ait aucune remise en question du modèle de maintien de l'ordre", malgré les nombreux blessés, et il plaide pour l'usage des matraques au lieu du dogme du "maintien à distance".

"Reconnaître qu'il y a eu des actes condamnables parmi la police est une sorte d'aveu impossible pour le gouvernement", dit-il.

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