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Wall Street : défiance généralisée malgré la Fed

| Boursier | 1313 | 4.33 par 3 internautes

La Bourse de New York replonge lundi, malgré le geste fort de la Fed qui a ramené ses taux directeurs à zéro dimanche soir. Le pétrole a sombré sous 30$ le baril.

Wall Street : défiance généralisée malgré la Fed
Credits Reuters

Rien n'y fait... Malgré les annonces fortes de la Fed, dimanche soir, et l'urgence nationale décrétée vendredi soir par le gouvernement fédéral américain pour lutter contre le coronavirus, la crainte d'une récession aux Etats-Unis a provoqué lundi un nouveau vent de panique sur les marché financiers. A deux heures de la clôture, l'indice Dow Jones perd 9,7% à 20.931 points, tandis que l'indice large S&P 500 abandonne 9,17% à 2.462 pts, et que le Nasdaq Composite, riche en valeurs technologiques, plonge de 9,32% à 7.141 pts.

Depuis leurs pics historiques de février, les trois indices américains ont désormais abandonné 29% pour le Dow Jones, tandis que le S&P 500 et le Nasdaq ont flanché de 27%. Une chute intervenue avec une rapidité jamais observée depuis la crise financière de 2008.

L'indice Vix de la volatilité, aussi appelé l'indice de la peur (+35% à 78,17 points !), a désormais dépassé ses derniers records niveaux de la fin 2008, dans le sillage de la faillite de la banque Lehman Brothers, qui avait entraîné la débâcle boursière et entraîné une récession.

Depuis une semaine, les marchés ont pris brutalement conscience de la gravité de la crise sanitaire mondiale créée par le coronavirus Covid-19. L'épidémie qui a frappé durement la Chine (désormais en convalescence) se propage désormais rapidement en Europe et aux Etats-Unis. De ce fait, cette pandémie provoque, une paralysie des économies concernées, assénant un coup d'arrêt brutal à la croissance économique.

Ni la Fed ni Donald Trump ne parviennent pas à rassurer

Partout dans le monde, les banques centrales et les gouvernements se mobilisent, mais cela n'a pas empêché les marchés financiers de s'affoler, les investisseurs fuyant les actifs risqués et recherchant du cash à tout prix. Les analystes regrettent le manque de coordination et de préparation des banques centrales et des gouvernements, notamment aux Etats-Unis, où jusqu'à la semaine dernière, le président Trump avait minimisé la pandémie et ses risques.

Quant à la Fed, ses dirigeants estimaient encore il y a deux semaines que leurs taux directeurs, fixés alors à 1,50%-1,75% ne seraient pas modifiés en 2020 dans un contexte de croissance modérée. Ces taux ont depuis été ramenés dans l'urgence à 1%-1,25% le 3 mars, avant d'être rabotés d'un point entier dimanche soir, pour tomber à 0%-0,25%, au plus bas depuis 2008-2009, en pleine crise des "subprimes".

La Fed est intervenue massivement depuis la semaine dernière sur les marchés de taux à court et moyen terme, puis dimanche, elle s'est aussi engagée à racheter au moins 700 milliards de dollars d'actifs à plus long terme (obligations d'Etat et crédits hypothécaires). Son président Jerome Powell a assuré que la banque centrale américaine ferait le nécessaire pour assurer la liquidité sur les marchés interbancaires, en vue de fournir du crédit aux entreprises comme aux particuliers.

Lundi, les marchés attendent avec fébrilité l'annonce par l'administration Trump d'un plan de relance fiscal et de soutien aux secteurs les plus touchés par le Covid-19, notamment les compagnies aériennes. Ce plan s'ajoutera aux fonds (jusqu'à 50 milliards de dollars) qui seront débloqués pour lutter directement contre le coronavirus dans le cadre de l'état d'urgence nationale qui a été décrété vendredi soir par le président américain.

Le pétrole plonge sous les 30$ le baril

La crise du coronavirus se double d'un krach pétrolier, déclenchée le 6 mars dernier par l'Arabie Saoudite et la Russie, qui ont mis fin à leur accord de réduction de la production, au moment où la demande mondiale se réduit face à la crise du coronavirus... Lundi, les cours du baril sont tombés sous le seuil des 30$ le baril, au plus bas depuis 2016.

Lundi, le cours du baril de brut léger américain (WTI) perd en séance 8,7% à 28,97$, pour le contrat à terme d'avril coté sur le Nymex, tandis que le Brent de mer du Nord lâche 12% à 29,76$ (contrat à terme de mai). Les deux variétés de pétrole ont désormais abandonné près de 60% depuis le début de l'année....

L'or continue de perdre du terrain, après avoir chuté de 9% la semaine dernière, servant de source de liquidité d'urgence à des investisseurs acculés par les appels de marge. Lundi, le métal jaune perdait encore 1,5% à 1.493,10$. L'or, pourtant considéré comme une valeur-refuge, a désormais effacé l'ensemble de ses gains réalisés depuis le début de l'année...

A Wall Street, seules les obligations d'Etat font l'objet d'une fuite vers la sécurité, faisant chuter les taux d'intérêts, qui évoluent en sens inverse des cours. Le rendement du T-Bond a 10 ans perd 26 points de base à 0,70%. Sur le marché des changes, le dollar perd 0,7% à 98,08 points, mesuré par l'indice du dollar, qui reflète l'évolution du billet vert face à 6 devises de référence (euro, livre sterling, franc suisse, dollar canadien, yen et couronne suédoise).

Les indicateurs économiques US commencent à flancher

Sur le plan macro-économique, les statistiques américaines commencent à refléter les dégâts de Covid-19. Publié lundi, l'indice manufacturier Empire State de la Fed de New York s'est ainsi effondré à -21,5 en mars, au plus bas depuis la crise financière de 2009.

Vendredi déjà, l'indice préliminaire du sentiment des consommateurs, mesuré par l'Université du Michigan, était ressorti à seulement 95,9 en mars, contre 98 de consensus et après 101 pour la lecture finale du mois de février.

Vers une récession outre-Atlantique ?

De nombreux économistes estiment que les Etats-Unis vont connaître une forte contraction du PIB au 2e trimestre, voire une récession si la contraction s'étend sur 2 trimestres. Dans une note publiée ce week-end, la banque d'affaires américaine Goldman Sachs estime que le PIB de la première économie mondiale pourrait se contracter de 5% au deuxième trimestre, après une croissance nulle au cours des trois premiers mois de l'année.

Les économistes de la banque américaine ont par conséquent ramené leur prévision de croissance sur l'ensemble de 2020 à 0,4% contre 1,2% estimé précédemment pour les Etats-Unis. "L'incertitude qui entoure tous ces chiffres est bien plus grande que la normale", souligne GS. "Les consommateurs et les entreprises continueront à réduire leurs dépenses de voyage, de divertissement et de restauration, tandis que les perturbations de la chaîne d'approvisionnement et le resserrement des conditions financières freineront davantage la croissance", relèvent les économistes de GS.

VALEURS A SUIVRE

* TechnipFMC (-13,4% à Wall Street). Le groupe de services pétroliers franco-américain a annoncé la suspension de son opération de scission en raison des conditions de marché très chahutées provoquées par l'épidémie de coronavirus.

* American Airlines (-1,2%), Delta Air Lines (-8%) et United Airlines (-15%) décrochent. Comme l'ensemble du secteur, les transporteurs américains revoient drastiquement à la baisse leur programme de vols pour les prochaines semaines afin de faire face à la chute de la demande à la suite de la propagation de l'épidémie de coronavirus.

* Apple (-10%) a écopé de la sanction financière la plus élevée jamais infligée par le régulateur français. L'autorité de la concurrence vient en effet de condamner le géant américain à une amende de 1,1 milliard d'euros pour s'être rendu coupable d'ententes au sein de son réseau de distribution et d'abus de dépendance économique vis-à-vis de ses revendeurs indépendants " premium ". Les deux grossistes, Tech Data et Ingram Micro, ont également été sanctionnés, respectivement à hauteur de 62,9 et 76,1 millions d'euros au titre de l'une des pratiques d'entente.

* ExxonMobil (-8,8%) et Chevron (-13,6%) plongent dans le sillage de la chute des cours de l'or noir. Chesapeake Energy s'effondre de son côté de 31% sur des craintes de faillite.

* MGM Resorts (-27%) et Wynn Resorts (-20,7%) plongent après l'annonce de la fermeture de leurs casinos à Las Vegas.

* JP Morgan (-13,7%), Morgan Stanley (-13,9%) ou encore Citigroup (-18,2%) pointent également en net repli. Outre les craintes de récession, les huit plus grandes banques américaines ont annoncé qu'elles cessaient de racheter leurs propres actions et utiliseront à la place ce capital pour prêter aux particuliers et aux entreprises touchés par le coronavirus.

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