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Clôture de Wall Street : vent de psychose, la récession menace

| Boursier | 1663 | 4 par 1 internautes

Wall Street s'est enfoncé lundi soir, dans le sillage des autres places mondiales, plombé par le Covid-19 et l'effondrement des cours du pétrole.

Clôture de Wall Street : vent de psychose, la récession menace
Credits Reuters

La Bourse de New York a plongé de plus de 7% lundi soir, les investisseurs cédant à la peur d'une récession à venir sous l'effet de la propagation du coronavirus Covid-19, qui paralyse de nombreux secteurs économiques, et de l'effondrement des cours du pétrole, qui menace les économies des pays producteurs de pétrole. Le cours du brut américain WTI a chuté de près de 25% lundi soir, approchant les 30$ le baril. Les taux d'intérêts souverains US ont plongé à des niveaux jamais vus, tandis que la volatilité a flambé.

A la clôture, l'indice Dow Jones a abandonné 7,79% à 23.851 points (-2.013 pts), tandis que l'indice large S&P 500 a chuté de 7,60% à 2.746 pts et que le Nasdaq Composite, riche en valeurs technologiques, plonge de 7,29% à 7.950 pts. Les indices américains ont vécu leur pire séance depuis la crise financière de 2008, et ont désormais perdu près de 20% par rapport à leur dernier sommet, ce qui les ferait entrer dans un marché baissier ("bear market").

Plus tôt dans la journée, les autres marchés mondiaux ont aussi subi un violent coup de tabac... L'indice Shanghai Composite a cédé 3% en clôture, le Hang Seng a perdu 4,2% à Hong Kong et le Nikkei a lâché 5% au Japon. En Europe, l'indice Eurostoxx 50 a fini en chute de 8%, avec un plongeon de 8,4% pour le CAC 40, sa pire séance depuis octobre 2008, une perte de 7,9% pour le DAX 30 à Francfort, et une chute de 11,1% pour le MIB, l'indice italien coté à la Bourse de Milan... A Londres, le Footsie 100 a abandonné 7,7%.

Lundi, l'indice VIX de la volatilité (aussi appelé "l'indice de la peur") a flambé de 30%, pour approcher les 55 points, au plus haut depuis la crise des "subprimes" de 2008-2009... Le Vix avait culminé à environ 70 en octobre 2008, juste après la faillite de la banque Lehman Brothers, qui avait déclenché la crise financière.

Brouille entre Moscou et Riyad, qui va augmenter sa production de pétrole

Les cours du pétrole se sont effondrés lundi de près de 25% (après avoir déjà perdu 10% vendredi), après l'échec de la réunion de l'Opep+ à Vienne. Le cours du baril de brut léger américain (WTI) a abandonné 24,6% à 31,13$ (contrat à terme d'avril coté sur le Nymex) tandis que le Brent de mer du Nord a lâché 24,1% à 34,36$ (contrat à terme de mai). Les deux principales variétés de pétrole abandonnent désormais de près de 50% depuis le début de l'année. La perte de lundi est la pire journée pour l'or noir depuis la première guerre du Golfe en 1991...

Vendredi, après de longues tractations, la Russie a refusé la proposition de l'Opep, menée par l'Arabie saoudite, qui avait recommandé aux pays de l'alliance dite Opep+ de prolonger leur accord jusqu'à la fin 2020, et d'abaisser leur production commune de 1,5 million de barils par jour supplémentaires.

Pendant le week-end, l'Arabie saoudite a annoncé une baisse du prix de vente officiel de toutes ses qualités de brut vers toutes les destinations, déclenchant de fait une guerre des prix. Selon des sources citées par 'Reuters', Riyad a l'intention de produire en avril plus de 10 millions de barils par jours, contre 9,7 mbj ces derniers mois. Dans un marché mondial en excès d'offre, avant même l'épidémie de Covid-19, la perspective d'une hausse de l'offre de pétrole provoque donc un effondrement des cours.

L'euro bondit, l'or reste "LA" valeur-refuge

Sur le marché des changes, l'euro s'est apprécié nettement lundi face au dollar, bondissant de 1,55% à 1,1455$ ! Les investisseurs estiment que la Réserve fédérale américaine dispose d'une marge de manoeuvre plus importante pour baisser ses taux d'intérêts directeurs que la BCE, qui se réunira jeudi pour décider des mesures de soutien à apporter à l'économie de la zone euro.

Les taux d'intérêts sur les emprunts d'Etat ont poursuivi leur chute lundi (après une glissade ces deux dernières semaines) : le rendement du Bund allemand à 10 ans est tombé à un plus bas historique à -0,86% (contre -0,71% vendredi) et celui de l'OAT française a fini à -0,39% contre -0,35% vendredi. Aux Etats-Unis, le taux du T-Bond à 10 ans a plongé à 0,57%, contre 0,76% vendredi soir et 1,90% début janvier.

L'or a continué de jouer son rôle de valeur-refuge, même si son avancée a été modeste lundi (+0,20% à 1.675,70$). Le métal jaune a tout de même progressé de 10% depuis le début de l'année, surpassant les autres placements.

Les marchés se préparent à une récession mondiale

Les marchés craignent désormais que cette crise du Covid-19 n'entraîne une récession mondiale au premier semestre 2020. Shamik Dhar, chef économiste chez BNY Mellon Investment, estime ainsi qu'"un fort ralentissement de la croissance mondiale cette année semble probable, voire une récession mondiale au premier semestre".

De son côté, Joachim Fels, le conseiller économique en chef de Pimco, l'un des plus importants fonds d'investissements du monde, estime que le pire reste à venir pour l'économie mondiale. Interviewé dimanche par l'agence 'Bloomberg', il a notamment estimé que les Etats-Unis et l'Europe sont confrontés à la "possibilité réelle" d'une récession technique au cours du premier semestre. L'économiste a toutefois précisé que si l'épidémie de coronavirus atteint un pic dans les deux prochains mois, il est probable que la récession soit de courte durée.

"On est au bord d'une récession globale", a de son côté affirmé lundi Philippe Waetcher, le directeur de la recherche économique chez Ostrum Asset Management, une filiale de la banque Natixis. "Le système international se bloque, sous l'impulsion de la Chine, dont l'activité s'est vraiment ralentie", a-t-il commenté sur la radio 'RTL'. "Des sources d'activités sont fortement pénalisées. On ne voit pas très bien quel pourrait être, dans les semaines qui viennent, la source d'une impulsion positive sur l'activité économique".

Donald Trump se veut rassurant face à la crise du Convid-19

Lundi soir, le bilan mondial du coronavirus est monté à 113.575 personnes atteintes et 3.995 morts (dont 3.120 en Chine). L'Italie, pays européen le plus touché, déplore 9.172 cas et 463 morts (+97 par rapport à dimanche), la France compte environ 1.412 cas et 30 morts, et l'Allemagne a 1.176 cas et 2 morts. Aux Etats-Unis, on relève 607 cas et 22 morts. En Chine, le nombre de nouveaux cas est en revanche en net ralentissement et les autorités encouragent désormais les employés à reprendre le travail.

Aux Etats-Unis, les déclarations d'urgence se multiplient. Au moins quatre Etats ont déclaré un état d'urgence (Californie, Washington, Maryland et Indiana), ce qui permet à leurs autorités de prendre des mesures exceptionnelles pour lutter contre le virus. En Californie, le paquebot Grand Princess et ses 3.500 passagers et membres d'équipage, dont au moins une vingtaine de cas avérés de coronavirus, est entré lundi en fin de matinée dans la baie de San Francisco. La mise en quarantaine et le rapatriement des personnes à bord seront organisés par les autorités qui ont évoqué une opération "sans précédent".

Donald Trump conserve son calme sur le réseau social Twitter et rappelle : "La MEILLEURE décision prise était la plus dure d'entre elles - qui a sauvé de nombreuses vies. Notre décision TRÈS rapide de stopper les voyages vers et en provenance de certaines parties du monde !" Trump félicite par ailleurs le vice-président Mike Pence et sa 'CoronaVirus Task Force' pour leur "excellent travail".

Le leader américain relativise en comparant les chiffres du coronavirus à ceux de la grippe saisonnière, dont 37.000 Américains ont péri l'an dernier. "Elle fait en moyenne 27.000 à 70.000 (morts) par an. Rien n'est fermé, la vie & l'économie continuent. A cet instant, il y a 546 cas confirmés de CoronaVirus et 22 morts. Pensez-y !"

VALEURS A SUIVRE

Tous les secteurs ont été attaqués, à commencer par les valeurs pétrolières, les banques et les valeurs industrielles et technologiques.

Sur le secteur pétrolier, la séance a tourné à la boucherie. ExxonMobil a dévissé de... 12,2%, ConocoPhillips de 24,8% et Chevron de 15,3%. Halliburton a plongé de 37,6% et Schlumberger de 27,4% !

Sur le compartiment bancaire cette fois, Citigroup a corrigé de 16,1%, JP Morgan Chase a perdu 13,5% et Bank of America 14,7%. Wells Fargo a rendu 12,4%. Goldman Sachs a cédé 10,4%, et Morgan Stanley. 10,7%

Apple a dévissé de 7,9%, Microsoft de 6,8%, Amazon de 5,3% et Alphabet de 6,1%. Tesla a chuté de 13,5%, Facebook de 6,4%. Intel a perdu 8,8%, Texas Instruments a corrigé de 7,2% et Oracle a rendu 2,8%...

Apple (-7,9%). Selon des données citées par Reuters, les marques de téléphonie mobile ont livré un total de 6,34 millions d'appareils en Chine au mois de février 2020, ce qui traduit une chute de 54,7% en glissement annuel. Les données fournies par la China Academy of Information & Communications Technology montrent qu'Apple n'a écoulé pour sa part qu'un peu moins de 500.000 smartphones en Chine en février, victime des lourdes restrictions locales durant presque tout le mois. Les marques Android, comprenant Huawei ou Xiaomi, n'ont livré que 5,85 millions d'appareils contre 12,72 millions en février 2019.

Twitter (-3%) a annoncé un accord dans le cadre duquel les firmes de private equity Elliott Management Corp. et Silver Lake obtiendront chacune un siège au conseil d'administration. Le 'deal' intervient alors qu'Elliott faisait pression afin d'obtenir le départ du directeur général de la firme à l'oiseau bleu, Jack Dorsey. Dans le cadre de l'accord, Silver Lake investira pour sa part 1 milliard de dollars. Twitter utilisera sa propre trésorerie, ainsi que l'investissement de Silver Lake, afin de mener à bien un programme de rachat d'actions de 2 milliards de dollars. Twitter indique que son conseil d'administration a formé un comité destiné à évaluer la structure managériale et le plan potentiel de succession de son CEO.

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