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Entretien avec Edward Bonham Carter, Vice-président de Jupiter Asset Management

| Boursier | 58 | Aucun vote sur cette news

Un environnement favorable pour les gérants qui se concentrent sur les fondamentaux des entreprises

Entretien avec Edward Bonham Carter, Vice-président de Jupiter Asset Management

Boursier.com : Combien de hausses de taux de la Fed anticipez-vous en 2019 ?

E.B.C. : L'économie américaine fait l'objet d'un examen minutieux, mais la croissance, à mon avis, reste soutenue pour au moins une année encore grâce au paquet allègements fiscaux de 1,5 milliard de dollars de Donald Trump, qui a généré une réduction considérable des taux d'imposition des particuliers et des entreprises. Bien entendu, le problème demeure l'accélération de la croissance des salaires aux États-Unis en raison de la situation compliquée du marché du travail. Le taux de chômage, à 3,7%, est à son plus bas niveau depuis décembre 1969, tandis que les salaires ont enregistré leur plus forte augmentation annuelle en neuf ans et demi en octobre 2018. Dans ce contexte, je m'attendrais à ce que la Réserve Fédérale américaine poursuive sa politique d'augmentations mesurées des taux directeurs, en partie aussi pour compenser l'augmentation du déficit budgétaire des États-Unis.

Boursier.com : Quelles issues envisagez-vous aux deux problèmes qui pèsent sur la zone Euro que sont le Brexit et le problème italien ?

E.B.C.: L'économie européenne s'en sortira en générant à mon avis une croissance suffisante pour que la Banque Centrale Européenne puisse relever les taux d'intérêt l'année prochaine pour la première fois depuis 2011. La "question italienne" plane toutefois sur la zone euro. Le gouvernement populiste du pays s'est heurté aux autorités européennes au sujet du plan de relance des dépenses de son budget 2019. Cette mesure est considérée comme irresponsable sachant que la dette publique italienne atteint environ 133% du PIB, soit bien plus que n'importe quel autre grand pays de la zone euro. Une impasse entre l'Italie et l'UE pourrait conduire à une crise généralisée qui pourrait briser la zone euro. Loin de moi l'idée que cela puisse se produire. Les officiels européens maîtrisent les arrangements de dernière minute, c'est ainsi que la zone euro a toujours fonctionné. " Faire avec " pourrait bien être le mot du jour de l'autre côté de la Manche alors que le Royaume-Uni se prépare à quitter l'Union Européenne (UE). Je crois que les Britanniques ont sous-estimé la complexité du processus de sortie au moment du référendum, mais rares sont ceux qui se font maintenant des illusions quant aux difficultés à venir. Le Brexit est une source d'inquiétude, mais les Britanniques savent s'adapter et nous allons probablement trouver un moyen de le faire fonctionner. Mais, en fin de compte, nous ne sommes qu'une île de taille moyenne au large des côtes européennes, le monde a d'autres problèmes bien plus importants.

Boursier.com : Une issue est-elle aussi envisageable dans le conflit Chine-Etats-Unis ?

E.B.C. : L'intensification de la rivalité entre la Chine et les États-Unis, les deux superpuissances économiques mondiales, constitue un problème très important. Compte tenu de l'imprévisibilité du titulaire actuel à la Maison-Blanche, il est difficile de dire si les tensions liées à la guerre commerciale vont s'intensifier ou s'atténuer en 2019. Nous savons toutefois très bien que la poursuite d'un commerce mondial relativement harmonieux conditionne en définitive le bien-être économique du reste du monde. Les économies des marchés émergents, en particulier, ont été de grands bénéficiaires du libre-échange, de sorte que cette nouvelle vague de protectionnisme, soutenue par une résurgence du nationalisme, pourrait se révéler dommageable.

Boursier.com : Quelles sont vos anticipations concernant l'évolution des marchés financiers en 2019 ?

E.B.C. : Je reste optimiste quant aux perspectives de ces économies à moyen et long terme. En 2018, à l'exception notable de l'Argentine, de la Turquie et du Venezuela, les économies des marchés émergents ont montré une certaine résistance financière malgré la hausse du dollar américain suscitant des inquiétudes quant à la capacité des pays et des entreprises de ces régions de rembourser des montants importants de dette libellée en dollars américains. Tant que le dollar américain continue de se stabiliser autour des niveaux actuels, ou mieux encore, s'il chute, et que le prix du pétrole, un facteur important pour évaluer les perspectives des économies des marchés émergents, reste stable, l'année à venir pourrait s'avérer positive pour eux. Si nous adoptons une vision à plus long terme des prix des actifs et des marchés, nous pouvons constater de longues périodes de faibles fluctuations - s'attendre à ce que cela soit le scénario principal pour 2019 n'est donc pas déraisonnable.

Boursier.com : Dans ce contexte, quelle stratégie adopter sur les marchés d'actions ?

E.B.C. : C'est un environnement favorable pour les gérants de fonds bottom-up, ceux qui se concentrent sur les fondamentaux des entreprises pour ajouter de la valeur. Cependant, avec des valorisations qui tendent vers la fourchette haute des mesures historiques, nous devrons tempérer nos espoirs quant à l'ampleur des rendements.

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