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Venezuela: "Que dieu nous vienne en aide!", le désarroi de l'opposition

| AFP | 482 | Aucun vote sur cette news
Des opposants au président Nicolas Maduro font face aux forces de police lors d'une manifestation, le 30 juillet 2017 à Caracas
Des opposants au président Nicolas Maduro font face aux forces de police lors d'une manifestation, le 30 juillet 2017 à Caracas ( RONALDO SCHEMIDT / AFP )

William Noguera balaie les restes des barricades qui barraient une avenue de Caracas. "D'ici peu, ce sera à nouveau bloqué", sourit ce balayeur dans ce quartier aisé de Caracas, où l'opposition oscille entre déception et impuissance.

"Que dieu nous vienne en aide!", lance en traversant une habitante de Palos Grandes, un des hauts lieux de la contestation au président socialiste Nicolas Maduro. Dimanche, plus de huit millions de Vénézuéliens, selon le gouvernement, ont voté pour élire une toute puissante Assemblée constituante, faisant craindre une hausse des violences et une fuite en avant du pouvoir en place.

Depuis quatre mois, les violences dans les affrontements entre manifestants et policiers ont déjà fait plus de 120 morts.

Le résultat du scrutin, "personne n'y croit", assure Alfredo Quinones, un avocat de 57 qui devise avec ses amis au kiosque à journaux.

Une Vénézuélienne pleure lors d'un rassemblement de l'opposition après l'élection de l'Assemblée constituante, le 31 juillet 2017 à Caracas
Une Vénézuélienne pleure lors d'un rassemblement de l'opposition après l'élection de l'Assemblée constituante, le 31 juillet 2017 à Caracas ( RONALDO SCHEMIDT / AFP )

"C'est sans doute la plus grande fraude de l'histoire", souligne Ivan Hidalgo, un médecin de 60 ans tenant dans ses mains le quotidien proche de l'opposition "El Nacional". Sur huit colonnes, il titre "Echec de la fraude constituante".

Les antichavistes, du nom de Hugo Chavez, président de 1999 à son décès en 2013, refusent de reconnaître cette nouvelle institution chargée de réécrire la Constitution promulguée en 1999 par celui dont le président socialiste Nicolas Maduro se revendique l'héritier.

Le chef de l'Etat assure au contraire que ce "super pouvoir" sera la solution à la crise politique et économique du pays, où règne la pénurie et une inflation galopante.

Des Vénézuéliens font la queue devant un magasin, le 6 juin 2017 à Caracas
Des Vénézuéliens font la queue devant un magasin, le 6 juin 2017 à Caracas ( LUIS ROBAYO / AFP )

"Ici, avant tout, on a faim", lance Gladis Villarroel, 85 ans, en commentant les résultats dans une des files d'attente qui sont de rigueur au Venezuela pour qui veut acheter de la nourriture. "Tout ça, c'est des mensonges!"

- 'Semi-clandestinité' -

Antonio Soto, 67 ans, s'est réveillé "avec un mélange de frustration et de haine".

Des Vénézuéliens font la queue pour recevoir un repas dans un refuge à Cucuta, le 31 juillet 2017 en Colombie
Des Vénézuéliens font la queue pour recevoir un repas dans un refuge à Cucuta, le 31 juillet 2017 en Colombie ( SCHNEYDER MENDOZA / AFP )

"En tant que nation civilisée, on ne peut pas accepter qu'on nous impose une dictature des débuts du XXe siècle", dit-il, rongé par "l'incertitude" dans laquelle le pays était désormais plongé, "sans règles du jeu claires".

Michael Shifter, président du cercle de réflexion Dialogue inter-américain, basé à Washington, assure à l'AFP que certains secteurs de l'opposition "sont démoralisés" après le vote et que le principal défi de ses dirigeants "sera de maintenir les protestations".

"Mais ils doivent s'assurer qu'elles demeurent pacifiques et ordonnées. Si elles sont violentes, Maduro prendra l'ascendant politique", analyse-t-il .

"Les gens sont en colère", abonde l'analyste Luis Salamanca, selon qui les affrontements devraient monter en puissance.

"La phase la plus dure de la confrontation politique arrive. Maduro cherche un nouveau modèle politique exempt de contrôle populaire pour conserver le pouvoir. Le Venezuela va se transformer en champ de bataille", anticipe-t-il.

Des Vénézuéliens prennent un repas dans un refuge à Cucuta, le 31 juillet 2017 en Colombie
Des Vénézuéliens prennent un repas dans un refuge à Cucuta, le 31 juillet 2017 en Colombie ( SCHNEYDER MENDOZA / AFP )

Phil Gunson, analyste de l'International Crisis Group, prévient que l'opposition doit se préparer à une nouvelle étape, "y compris dans une semi-clandestinité".

Les jours précédent le vote de dimanche, des milliers de Vénézuéliens inquiets ont traversé la frontière pour se rendre en Colombie.

Lundi, le flot semblait s'être calmé et Barbara Gil, le disait haut et fort: "je ne partirai pas".

"Je suis Vénézuélienne, j'aime mon pays, je veux que mon fils étudie ici", déclare cette femme qui porte des lunettes noires pour, explique-t-elle, ne pas laisser voir ses yeux rougis à force de pleurer.

Un peu plus loin, une manifestante de la "résistance", faction la plus radicale des opposants, déterminée à se confronter aux militaires de la Garde nationale, admet avoir ressenti "un peu de tristesse et de déception".

"Mais nous allons continuer à bloquer les rues aujourd'hui...les seules batailles que l'on perd sont celles que l'on ne mène pas".

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