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Tristan Driessens, oudiste belge, jette un pont musical sur le Bosphore

| AFP | 419 | Aucun vote sur cette news
L'oudiste belge Tristan Driessens, un des rares maîtres occidentaux de ce luth oriental, lors d'une interview avec l'AFP à Bruxelles le 22 juin 2018
L'oudiste belge Tristan Driessens, un des rares maîtres occidentaux de ce luth oriental, lors d'une interview avec l'AFP à Bruxelles le 22 juin 2018 ( JOHN THYS / AFP )

"Souvent, on ne choisit pas son destin, c'est le destin qui te choisit": derrière l'aveu, se cache un parcours hors du commun. Tristan Driessens, un "Belgo-belge", s'est s'imposé comme l'un des rares maîtres occidentaux de l'oud, le luth oriental.

À 36 ans, il est aussi musicologue et virtuose de la musique classique ottomane, à la tête d'une pléïade de formations: Lâmekân Ensemble, Seyir Trio, Soolmaan Quintet, La Compagnie d'Elias...

Et à ses heures, directeur artistique de Refugees for Refugees, un groupe belge de musiciens réfugiés venus de Syrie, d'Irak, d'Afghanistan, du Pakistan et du Tibet.

Issu d'une famille de musiciens, Driessens a baigné dans un milieu artistique et s'est converti à l'oud -- le "sultan des instruments" -- à la faveur d'une pérégrination, entre 15 et 17 ans, à travers l'Espagne.

"C'est un voyage que j'ai fait avec ma mère, qui a duré plusieurs années, en roulotte avec deux chevaux", raconte ce luthiste au look bohème chic, dans son studio bruxellois.

Il y découvre les musiques sépharade et arabo-andalouse. "Cela a façonné ma façon de voir le monde. Ça m'a permis de rentrer en contact avec énormément d'artistes à un jeune âge", se souvient-il.

- Secret dévoilé -

Ensuite, le chemin s'est ouvert devant lui au fil de rencontres avec de légendaires virtuoses turcs comme Yurdal Tockan et Necati Celik, "un père, un point d'ancrage". C'est eux qui lui ont donné accès à cette musique savante.

Tristan Driessens, le 22 juin 2018 à Bruxelles
Tristan Driessens, le 22 juin 2018 à Bruxelles ( JOHN THYS / AFP )

On associe généralement l'oud à la musique arabe. Pourtant, c'est vers la musique turque que le jeune Belge s'est tourné via ces deux maîtres. Parce "qu'elle résonnait en moi de manière beaucoup plus convaincante", dit-il.

Formé à la musique classique occidentale par le piano et la guitare, il a estimé "beaucoup plus facile de se tourner vers la musique [classique] turque pour accéder à la musique orientale, la pensée orientale, la manière de vivre orientale", qui le passionnent.

"Ce qu'une simple mélodie orientale peut avoir comme force d'expression me fascine beaucoup", souligne Driessens.

Depuis une dizaine d'années, il se rend très souvent à Istanbul, une ville qui relie deux continents, Asie et Europe.

"Istanbul, c'est un cordon que je ne peux plus couper. C'est une deuxième maison, pour enregistrer, pour faire une résidence avec des artistes, pour boire tout simplement du café turc avec mon maître. C'est dans cette ville que j'ai été formé", témoigne l'oudiste.

La musique classique turque est d'abord orale: la partition est qu'un aide-mémoire, avec des mélodies complexes, voire hermétiques. Tristan Driessens n'a pas voulu se l'approprier "en l'espace de quelques mois ou même de quelques années". "C'est une musique qui s'apprend grâce aux rapports directs de maître à disciple. C'est en passant longtemps auprès du maître, en jouant avec lui dans un contexte très informel, en l'imitant (...), que peu à peu le secret se dévoile", dit-il.

- Cour des sultans -

Depuis le XVe siècle, il y a toujours eu un pont entre musique ottomane et Occident, un lien entretenu par des sultans mélomanes, eux-mêmes souvent compositeurs. Ces derniers firent appel à des musiciens étrangers comme Dimitrie Cantemir (1673-1723), un prince moldave, ou Wojciech Bobowski (1610-1675), alias Ali Ufki, d'origine polonaise.

La musique des sultans s'est aussi enrichie de la tradition mystique des confréries soufies et des Mevlevis, les Derviches tourneurs. "Le soufisme a beaucoup contribué à l'évolution de cette musique", rappelle le musicologue bruxellois. "C'est une culture qui m'est très chère".

Pour autant, Driessens ne veut s'enfermer dans aucun style. Au fil des années, il s'est laissé guider par d'autres références musicales, côtoyant des artistes de la scène folk européenne, d'Irlande, de Suède, de France, et cultivant un "amour secret" pour la musique contemporaine et le jazz.

Il est d'ailleurs en train de finir une sorte d'album-testament, avec une vingtaine de musiciens originaires de divers pays, Turquie mais aussi Arménie, Bulgarie, etc.

"Je n'ai pas envie de me faire passer pour un Turc ou de faire 'à la manière de'...", plaide-t-il. "Je reste Tristan Driessens, né en Belgique, de parents belgo-belges", mais doté d'une "identité multiple".

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