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Le procès Henry, l'assaut final contre la peine de mort

| AFP | 326 | Aucun vote sur cette news
Patrick Henry lors de son arrivée au tribuanl de Caen, le 16 avril 2003
Patrick Henry lors de son arrivée au tribuanl de Caen, le 16 avril 2003 ( ROBERT FRANCOIS / AFP/Archives )

Le procès de Patrick Henry aura marqué l'assaut final contre la peine de mort, mené par son avocat Robert Badinter qui, devenu ministre de la Justice quatre ans après l'avoir arraché à la guillotine, fut à l'origine de l'abolition de la peine capitale en 1981.

Le cas Henry était extrême: un jeune enfant tué, une rançon réclamée alors que la victime gît sans vie depuis dix jours sous le lit d'une chambre d'hôtel minable, un ravisseur cynique et sensible aux médias. Paradoxalement, ce tableau sans nuance va jouer en sa faveur.

D'une part, la brutale unanimité de la foule pour réclamer la mort, à laquelle s'associent des ministres comme Michel Poniatowski (Intérieur) et Jean Lecanuet (Justice), va engendrer des réactions contraires chez une partie des intellectuels, des journalistes, des responsables politiques et religieux.

D'autre part, les avocats d'Henry vont concentrer leurs plaidoiries contre la peine de mort. La pudeur des parents du petit Philippe Bertrand, dont l'avocat était abolitionniste, les y aide.

Après son confrère Robert Bocquillon, Me Badinter, un abolitionniste viscéral, prend alors les jurés un par un, les yeux dans les yeux, les enjoint de ne pas "couper vivant un homme en deux". Et les dissuade de délayer leur responsabilité dans l'espoir d'une grâce présidentielle rendue inimaginable par l'exécution controversée, six mois plus tôt, de Christian Ranucci pour le meurtre d'une fillette.

Me Badinter met son âme dans sa plaidoirie du 20 janvier 1977, car il a un compte à régler avec la guillotine: il n'a pu l'éviter à Roger Bontemps cinq ans plus tôt, alors que son client n'a été que le complice du meurtre d'un surveillant et d'une infirmière de la centrale de Clairvaux (Aube). Depuis cinq ans, Me Badinter était plongé dans "la recherche obsessionnelle des causes de cet échec".

Promise par le candidat François Mitterrand devenu président, l'abolition est un des premiers textes de la gauche soumis au Parlement en 1981, alors que les Français sont encore pour la peine de mort à 62%.

Robert Badinter, qui a troqué la robe de l'avocat contre le complet du ministre, prononce devant les députés sa dernière plaidoirie. Le oui l'emporte par 363 voix (dont 11 RPR, parmi lesquels Jacques Chirac, et 20 UDF) contre 117. La loi est promulguée le 10 octobre 1981.

Soit 190 ans après une première tentative devant l'Assemblée constituante en 1791 et après treize votes négatifs en deux siècles, malgré des défenseurs comme Victor Hugo, Jean Jaurès, Aristide Briand ou Albert Camus.

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