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La Saxe et l'extrême droite, une histoire ancienne

| AFP | 304 | Aucun vote sur cette news
L’extrême droite allemande s’est à nouveau rassemblée le 30 août 2018 à Chemnitz contre la politique migratoire d’Angela Merkel
L’extrême droite allemande s’est à nouveau rassemblée le 30 août 2018 à Chemnitz contre la politique migratoire d’Angela Merkel ( Odd ANDERSEN / AFP )

Les "chasses" à l'étranger survenues à Chemnitz illustrent de manière crue la singularité de la région allemande de Saxe, devenue depuis les années 1990 déjà le bastion des franges les plus radicales de l'extrême droite nationale.

"Autrefois, du temps de la RDA, on n'avait pas le droit de prononcer le mot fasciste", se souvient Sabine Kühnrich, chanteuse, musicienne, et "native de Karl-Marx-Stadt", aujourd'hui Chemnitz.

La ville n'en recèle pas moins "depuis très longtemps de tout un réseau de mouvance de droite radicale sous de la forme de corporations d'étudiants, de camaraderies, d'activité musicales néo-nazies ou clubs de hooligans", assure cette femme énergique qui s'occupe d'un mouvement citoyen pour la démocratie et la tolérance, le Arbeitsgruppe Friedenstag.

Et les violences dans la ville au cours ont atteint une nouvelle dimension.

"Beaucoup m'ont dit qu'ils n'avaient jamais vu une telle haine et une telle disposition à la violence", dit-elle en référence aux images de hooligans et néonazis s'en prenant à des personnes d'origine étrangère suite au meurtre d'un Allemand de 35 ans le week-end dernier.

Un demandeur d'asile irakien et un Syrien ont été arrêtés pour cela.

- Lourd passé -

"N'ont-ils donc rien appris en Saxe?", s'interroge le journal Tagesspiegel cette semaine, dressant une longue listes d'incidents à caractère racial depuis la réunification allemande.

Allemagne
Allemagne ( Jonathan STOREY / AFP )

Ils surprennent d'autant plus que les étrangers ne représentent que 4,4% d'une population de 4,1 millions d'habitants, contre 15% dans certains Länder de l'ouest par exemple.

L'histoire paraît se répéter dans cette région frontalière de la Pologne et de la République tchèque, de longue date un bastion de mouvances d'extrême de droite et haut lieu de la contestation d'Angela Merkel et de sa politique migratoire.

En 1991 déjà, peu après la réunification, des hooligans s'en étaient pris pendant plusieurs jours à un foyer de demandeurs d'asile à Hoyerswerda, les terrorisant sous les applaudissements des voisins. 230 étrangers durent quitter la ville sous escorte policière.

C'est aussi dans cet État régional que les néo-nazis ont connu leurs premiers succès électoraux dans les années 1990 et 2000.

A cette époque déjà, la Saxe avait "un très grand problème", souligne Anetta Kahane, de la fondation contre le racisme Amadeu Antonio.

"La Saxe est immunisée contre l'extrémisme de droite", avait pourtant coutume de dire le conservateur qui la dirigeait à l'époque Kurt Biedenkopf (1990-2002).

Il a "systématiquement laissés seuls" les maires des villes de la région avec le problème, souligne Anetta Kahane dans un entretien à la chaîne TV d'information ntv.

Aujourd'hui, le parti anti-migrants Alternative pour l'Allemagne (AfD), qui a fait une entrée fracassante à la chambre des députés aux législatives de 2017, est le premier parti en Saxe avec 27% des voix.

- Problème ignoré -

Le terrain n’est sans doute pas plus favorable aux mouvances d'extrême droite que dans les autres régions de l'ex-RDA, comme la Thuringe et le Mecklembourg, estime Dieter Rucht, politologue berlinois spécialisé dans l'étude des mouvements de protestation.

Mais "la Saxe est spécifique car les partis au pouvoir dans le Land, particulièrement la CDU" d'Angela Merkel, "ont très longtemps complètement nié le problème", estime-t-il.

La région a aussi particulièrement été affectée par l'exode de ses forces vives après la réunification, avec 750.000 départs depuis 1989. "Ils sont partis et il manque une génération complète en Saxe, surtout dans les régions rurales", indique la ministre saxonne de l'Intégration, Petra Köpping au quotidien Süddeutsche Zeitung.

Les habitants qui sont restés, comme partout dans l'ex-RDA, ont le sentiment d'être des citoyens de seconde zone avec un niveau de vie toujours très inférieur à l'ouest du pays.

"Et des pans entiers de la société sont déboussolés car ils ont perdu leur orientation, leur stabilité idéologique" avec la chute de la RDA communiste, explique Frank Richter, directeur du centre régional de Saxe pour l'éducation politique.

Ce facteur, conjugué aux difficultés d'adaptation à l'économie libérale de l'ouest, rend "le nationalisme de droite particulièrement séduisant", indique-t-il, voyant une homogénéité politique et culturelle certaine entre l'ex-RDA et la Pologne ou la Hongrie.

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