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La perte de Mossoul, un coup dur mais pas fatal pour le "califat" de l'EI

| AFP | 252 | Aucun vote sur cette news
Un véhicule des forces armées irakiennes dans la vieille ville de Mossoul, le 9 juillet 2017
Un véhicule des forces armées irakiennes dans la vieille ville de Mossoul, le 9 juillet 2017 ( AHMAD AL-RUBAYE / AFP )

La reprise par les forces irakiennes de Mossoul, un des principaux bastions du groupe Etat islamique (EI), constitue un revers majeur pour le rêve de "califat" des jihadistes mais ne signe pas pour autant sa mort, estiment des experts.

La "libération", annoncée dimanche par le bureau du Premier ministre Haider al-Abadi, de la deuxième ville d'Irak, dernier grand fief urbain de l'EI dans ce pays, est lourde de symboles.

C'est à Mossoul, tombée aux mains des jihadistes en juin 2014, que le chef de l'EI, Abou Bakr al-Baghdadi, avait donné, le mois suivant, son premier prêche en tant que leader de l'organisation pour appeler les musulmans à lui faire allégeance.

C'est sa seule apparition publique connue. Il avait prononcé ce prêche à la mosquée Al-Nouri que l'EI a détruite avec son emblématique minaret penché du XIIe siècle.

La Russie a affirmé le 22 juin avoir "selon une forte probabilité" tué Abou Bakr al-Baghdadi dans une frappe fin mai en Syrie, une information qui n'a été confirmée par aucune autre source.

Forte d'une population de deux millions d'habitants il y a trois ans, la grande ville du Nord était l'une des capitales de facto de l'EI, avec Raqa en Syrie voisine.

Elle était l'un des principaux pôles de l'administration du "califat" et un emblème de la puissance de l'EI. Les jihadistes l'ont défendue âprement face à des dizaines de milliers de membres des forces irakiennes, soutenus par l'aviation de la coalition internationale anti-EI dirigée par les Etats-Unis.

"C'est un coup majeur porté au prestige de l'EI", résume David Witty, analyste et colonel à la retraite des forces spéciales américaines.

C'est aussi une nouvelle défaite militaire pour l'organisation jihadiste, qui n'a cessé de perdre du terrain ces dernières années.

- 'Consolider les gains' -

Le groupe Etat islamique, de la proclamation du califat à l'annonce de la libération de Mossoul par le Premier ministre irakien
Le groupe Etat islamique, de la proclamation du califat à l'annonce de la libération de Mossoul par le Premier ministre irakien ( Thomas SAINT-CRICQ, Sabrina BLANCHARD / AFP )

A son apogée quand il avait lancé en juin 2014 une vaste offensive éclair en Irak, l'EI contrôlait un territoire comparable à la Corée du Sud, avec une population de plus de 10 millions d'habitants. Il a désormais perdu plus de la moitié de sa superficie.

L'organisation jihadiste a également perdu des milliers de combattants, que les contingents de jihadistes étrangers, aujourd'hui moins nombreux, peinent à compenser.

Si la chute de Mossoul isole et affaiblit un peu plus l'organisation extrémiste, il est toutefois encore trop tôt pour évoquer une victoire définitive.

"Il ne faut pas considérer que la reprise de Mossoul sonne le glas de l'EI", prévient Patrick Martin, analyste à l'Institut pour l'étude de la guerre à Washington, en rappelant que le groupe "détient toujours un territoire urbain significatif", notamment en Syrie, où une offensive est en cours pour reprendre la ville de Raqa.

Même en Irak, où les jihadistes contrôlent encore plusieurs régions, déclarer le "califat" mort "voudrait dire que l'EI ne peut plus contrôler de terrain et gouverner", note-t-il. Pour cela, Bagdad "doit prendre des mesures pour s'assurer que les gains sur l'EI sont consolidés dans la durée", sinon le groupe "pourrait, en théorie, ressurgir et s'emparer de nouvelles zones urbaines".

Pour continuer à faire exister son "califat", l'EI a amorcé un changement de stratégie, en se recentrant sur des tactiques de guérilla et des attaques à la bombe.

- Recours aux attentats -

"A court terme en Irak, l'EI va passer au terrorisme et à l'insurrection au lieu d'essayer de contrôler ouvertement de vastes régions", estime David Witty.

Extrait d'une vidéo montrant le chef du groupe jihadiste Etat islamique (EI), Abou Bakr al-Baghdadi, à Mossoul, diffusée le 5 juillet 2014
Extrait d'une vidéo montrant le chef du groupe jihadiste Etat islamique (EI), Abou Bakr al-Baghdadi, à Mossoul, diffusée le 5 juillet 2014 ( - / AFP )

L'organisation a déjà répondu à des revers militaires par de sanglantes attaques ciblées, rappelle Patrick Martin.

L'attentat à la bombe le plus meurtrier ayant jamais frappé Bagdad, dans lequel 320 personnes ont été tuées en juillet 2016, est survenu après la perte par les jihadistes de leur bastion de Fallouja.

L'EI a également lancé une spectaculaire attaque commando dans la ville septentrionale de Kirkouk le 22 octobre, quelques jours après le début de l'offensive sur Mossoul, faisant près de 50 morts essentiellement parmi les forces de sécurité.

"L'Irak sera probablement en proie à l'insécurité encore plusieurs années", selon David Witty.

Par ailleurs, même sans assise territoriale, l'EI reste une menace à l'échelle mondiale, contre laquelle la coalition dirigée par les Etats-Unis mène une lutte sans merci.

En trois ans, plusieurs milliers de volontaires du monde entier ont rejoint l'organisation jihadiste dans la zone irako-syrienne. Parmi eux, un nombre indéterminé ont regagné leur pays.

L'idéologie et la propagande de l'EI conservent un fort retentissement, qui a fait naître de nombreuses cellules jihadistes au-delà des frontières géographiques du "califat". Plusieurs attentats sanglants ont été revendiqués par le groupe jihadiste à travers le monde.

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