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Dans la ville syrienne d'Idleb, on ne croit pas à la trêve

| AFP | 641 | Aucun vote sur cette news
Un bureau de change dans la ville de Binnish, dans le nord-ouest de la Syrie, dans la province d'Idlib, près de la frontière turque, le 6 mars 2020
Un bureau de change dans la ville de Binnish, dans le nord-ouest de la Syrie, dans la province d'Idlib, près de la frontière turque, le 6 mars 2020 ( Muhammad HAJ KADOUR / AFP )

Réfugié à Idleb depuis quelques années, après avoir fui les violences ailleurs en Syrie, Fadi Khatib ne croit plus aux trêves. Au premier jour d'un cessez-le-feu annoncé par Moscou et Ankara, cet énième accord est selon lui voué à l'échec comme les précédents.

Dominée par des jihadistes, la région rebelle d'Idleb proche de la Turquie a fait l'objet de plusieurs offensives menées par le régime de Damas avec l'appui de Moscou, ponctuées de trêves ayant toutes volé en éclat.

Entretemps, le régime n'a eu de cesse de grignoter du terrain, reprenant près de la moitié de la province d'Idleb.

Entré en vigueur à minuit (jeudi à 22H00 GMT), l'accord russo-turc met fin à des semaines de violences ayant tué près de 500 civils et provoqué le déplacement de près d'un million de personnes, l'exode le plus massif en neuf ans de guerre en Syrie.

"Le régime (syrien) et la Russie jouent toujours à ce jeu. Ils conquièrent des régions, concluent une trêve puis lancent une nouvelle offensive d'envergure" pour étendre leur emprise, affirme à l'AFP Fadi Khatib, âgé de 26 ans.

"Comment pourrais-je croire à cette trêve?", demande-t-il.

Il y a quelques années, Abou Saïd a fui avec son épouse et son enfant la localité de Daraya, près de la capitale, pour rejoindre avec d'autres opposants au régime de Bachar al-Assad la province d'Idleb, transformée en ultime refuge pour des dizaines de milliers d'habitants de régions reconquises par Damas.

"Je ne suis pas optimiste et n'espère rien de cet accord", lâche-t-il.

"Il n'y a pas un seul accord de trêve qu'ils (les Russes et le régime syrien) n'aient pas violé", ajoute ce père de famille âgé de 24 ans. Si une "nouvelle offensive est lancée (...) nous quittons le pays", se résout-il.

"Mensonge et tromperie"

Bâtiments endommagés par les bombardements dans la ville syrienne d'Idleb, le 6 mars 2020
Bâtiments endommagés par les bombardements dans la ville syrienne d'Idleb, le 6 mars 2020 ( Omar HAJ KADOUR / AFP )

Les zones d'Idleb contrôlées par les insurgés abritent environ trois millions d'habitants, dont la moitié ont été déplacés depuis d'autres régions reconquises par le régime.

Dans la ville de Dana, près de la frontière turque, Abou Bassel, qui a fui le sud d'Idleb, tombée en grande partie dans l'escarcelle du régime, n'est guère plus optimiste.

"Cette trêve n'est autre que mensonge et tromperie de la part de la Russie (...) visant à consolider les nouvelles positions du régime syrien" conquises à la faveur de la dernière offensive lancée en décembre.

"Ils vont bientôt recommencer à grignoter" du terrain dans la région.

Soutenu par la Russie depuis 2015, le régime syrien a enchaîné ces dernières années les victoires contre rebelles et jihadistes, et contrôle aujourd'hui plus de 70% du territoire national.

Une partie de la région d'Idleb échappe toujours au contrôle de Damas, alors que la guerre en Syrie entre le 15 mars dans sa dixième année.

Au fil du conflit, "le régime a toujours conclu une trêve après chaque avancée pour se réorganiser et repartir d'un bon pied", souligne Adnane, un déplacé de 30 ans.

De la fumée s'échappe de la localité de al-Bara dans la province d'Idleb le 5 mars 2020 après des frappes aériennes syriennes
De la fumée s'échappe de la localité de al-Bara dans la province d'Idleb le 5 mars 2020 après des frappes aériennes syriennes ( Omar HAJ KADOUR / AFP )

"Le régime va poursuivre ses opérations (...) sous le silence coupable de la communauté internationale qui assiste à tous ces massacres et destructions et ne bouge pas son petit doigt pour les déplacés", déplore-t-il.

Dans la ville de Bennich, dans le nord d'Idleb, relativement à l'abri des bombardements, les habitants ne voient aucun intérêt à un cessez-le-feu qui ne prévoirait pas le retour des déplacés dans leurs foyers.

"Nous sommes pour un cessez-le-feu mais à condition que les civils puissent revenir chez eux", affirme Fadi Obeid, ingénieur agronome.

A défaut de cela, l'accord "restera lettre morte".

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