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Zimbabwe: le grand retour du spectre de l'hyperinflation

| AFP | 75 | Aucun vote sur cette news
Des unités de la police anti-émeutes dans les rues d'Harare le 29 septembre 2017 après des manifestations contre la situation économique
Des unités de la police anti-émeutes dans les rues d'Harare le 29 septembre 2017 après des manifestations contre la situation économique ( Jekesai NJIKIZANA / AFP )

Elles avaient disparu des rues d'Harare depuis des années, les voilà de retour. Les files de voitures en quête de carburant s'étirent à nouveau dans la capitale du Zimbabwe et avec elles les craintes d'une nouvelle descente aux enfers de l'économie du pays.

Dennis Zhemi la redoute spécialement depuis la semaine dernière, quand il a trouvé sa station-service déserte, cuves vides.

Et plus encore après être tombé nez-à-nez, dans la foulée, sur une quarantaine de véhicules alignés à l'arrêt devant les pompes d'un autre distributeur pétrolier.

Ce jour-là, Dennis Zhemi a abandonné sa voiture au bord de la panne sèche et sauté dans un minibus pour rejoindre son bureau.

"Ça m'a immédiatement rappelé la crise de 2008, lorsque nous étions obligés de dormir dans nos voitures en faisant la queue pour de l'essence", raconte ce cadre supérieur de 43 ans. "Alors j'ai prié en silence pour ne pas revivre ça".

Il y a une dizaine d'années, une vague d'hyperinflation sans précédent a balayé le pays, anéantissant les bas de laine des petits épargnants, vidant les rayons des magasins et les stations-service.

L'effondrement de la monnaie nationale a causé une hausse vertigineuse des prix qui a atteint jusqu'à 500 milliards de pour cent et forcé le gouvernement à adopter le dollar américain comme monnaie d'échange.

Chômage de masse, manque de liquidités, l'économie du pays ne s'en est jamais remise. A nouveau menacé d'asphyxie financière, le Zimbabwe a émis il y a presque un an des "bond notes".

Mais cette nouvelle monnaie n'a jamais eu la confiance des acteurs économiques ni de la population du pays.

- "Premières pénuries" -

Théoriquement de la même valeur que le dollar américain, le cours de ces "billets d'obligation" a vite dévissé. Au marché noir, les revendeurs de la gare routière d'Harare exigeaient cette semaine entre 1,37 et 1,50 "bond note" pour un dollar.

L'effet de cette dévaluation sauvage s'est vite fait sentir. Anticipant une reprise de l'inflation, la population a commencé à se ruer sur les magasins pour constituer des stocks.

"Nous avons déjà noté les premières pénuries de produits de première nécessité", constate Peter Mutasa, le président de la Confédération des syndicats du Zimbabwe.

"Cette situation, c'est à cause du manque de crédibilité des +bond notes+", explique-t-il. "Nous sommes contraints d'en revenir au troc car il n'y a plus de réserves d'argent dans les banques".

Dans un petit supermarché de la capitale, chaque produit compte désormais plusieurs étiquettes. Un savon y est vendu un dollar américain. Mais son prix passe à 1,30 s'il est réglé en billets d'obligation ou par carte bancaire.

Pour contrecarrer la valse des étiquettes, les acheteurs multiplient les achats de précaution, les rayons se vident et les prix montent.

Dans le même supermarché de Harare, le prix de 2 litres d'huile de cuisine est passé de 3,18 à 5 dollars en l'espace de quelques jours, et même à 7 dollars si elle est payée par carte bancaire.

Sans surprise, le manque de plus en plus criant de liquidités n'a pas tardé non plus à ralentir l'activité.

Il y a quelques semaines encore, la friperie de Brenda Mpofu lui rapportait jusqu'à 200 dollars les jours fastes. Aujourd'hui, elle s'estime heureuse les soirs où elle en a empoché 20...

- "Fauteurs de troubles" -

"J'avais les moyens de payer mon loyer, d'acheter de quoi manger et m'habiller et d'envoyer mes enfants à l'école sans trop de mal", déplore-t-elle, "mais ces jours-ci, j'y arrive à peine".

Pour s'en sortir, Brenda Mpofu s'est résolue à quitter la capitale pour la campagne, où elle échange ses fripes contre du maïs, avant de le revendre contre d'autres produits.

Dans les villes comme dans les villages, la colère commence à monter dans la population.

Vendredi, la police a dû user de gaz lacrymogènes pour disperser une manifestation réunie à l'appel du mouvement Tajamuka (Nous sommes agités), à la pointe de la contestation contre le régime du président Robert Mugabe.

Rendu largement responsable par ses adversaires de la faillite économique du pays à cause de sa réforme agraire du début des années 2000, le chef de l'Etat a reconnu publiquement cette semaine la gravité de la situation. "Certains sont pressés de manipuler le cours des devises de façon à provoquer l'inflation et une ruée sur les achats", a-t-il accusé, en pointant du doigt des "fauteurs de troubles de l'intérieur" qui souhaitent provoquer sa chute.

Malgré une santé déclinante, M. Mugabe, 93 ans, qui règne d'une main de fer depuis trente-sept ans sur le Zimbabwe, a décidé de briguer un nouveau mandat l'an prochain.

A en croire l'économiste Prosper Chitambara, cette élection présidentielle risque fort de peser sur le climat financier. "La situation politique génère beaucoup d'incertitudes, d'où la réémergence des marchés parallèles et d'un système à prix multiples", constate-t-il, "et en se rapprochant du scrutin, cette incertitude ne va qu'augmenter".

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