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Uber cale pour son baptême boursier à New York

| AFP | 283 | Aucun vote sur cette news
La bannière d'Uber barre la façade de la Bourse de New York, le 10 mai 2019
La bannière d'Uber barre la façade de la Bourse de New York, le 10 mai 2019 ( Don Emmert / AFP )

Uber a connu une première séance boursière difficile vendredi, pénalisé par les incertitudes entourant le modèle économique des plateformes en ligne de réservation de véhicules avec chauffeur, qui affichent des pertes importantes.

Le premier ordre a été donné vers 15H50 GMT au prix de 42 dollars l'action, soit trois dollars de moins que le cours fixé jeudi soir par la société californienne pour son baptême boursier annoncé comme le plus important de l'année aux Etats-Unis.

Après avoir réduit quelque peu ses pertes, le titre a de nouveau plongé en fin de séance, perdant au final 7,6% pour clôturer à 41,57 dollars. Lyft, le grand rival, a dégringolé de 7,41%.

"La demande a été faible et il y a des turbulences sur les marchés financiers actuellement", a déclaré à l'AFP une source bancaire, dont l'établissement pilote l'opération.

La Bourse de New York a été particulièrement volatile vendredi, hésitant entre le rouge et le vert, en raison des doutes sur les négociations commerciales en cours entre les Etats-Unis et la Chine.

Uber, qui a levé 8,1 milliards de dollars à l'occasion de cette opération, valait quelque 76 milliards vendredi soir, bien loin des 100 milliards qui étaient évoqués il y a encore quelques semaines.

L'accueil froid réservé à Uber est dû aux interrogations des milieux financiers sur sa rentabilité et est en droite ligne avec les déboires boursiers de son rival Lyft, qui a perdu près de 30% de sa valeur depuis le début de sa cotation le 29 mars.

Uber visait un chiffre d'affaires de 3 milliards de dollars au premier trimestre pour une perte approchant le milliard, selon des documents boursiers.

"Impasse"

Dara Khosrowshahi, le PDG d'Uber, sur le célèbre parquet du New York Stock Exchange pour le baptême boursier de l'entreprise
Dara Khosrowshahi, le PDG d'Uber, sur le célèbre parquet du New York Stock Exchange pour le baptême boursier de l'entreprise ( Johannes EISELE / AFP )

"Uber perd de l'argent. Ca ne dit sans doute rien à la Silicon Valley mais ça parle à Wall Street", a commenté Matthew Kennedy de Renaissance capital, qui gère des produits financiers ETF adossés à des introductions en Bourse. "C'est une grosse déception".

"Je ne peux pas investir dans des services de réservation de voitures avec chauffeur vu le contexte économique et surtout parce que la voiture autonome est dans le rétroviseur", a asséné sur Twitter Ross Gerber, co-fondateur d'Investment Advisor, un des financiers les plus influents dans la Silicon Valley. "Nous faisons l'impasse sur Uber et Lyft".

Pour être rentable, Uber se diversifie, se lançant dans la livraison de repas, les trottinettes, les vélos... Elle s'est également lancée dans le développement de la voiture autonome mais cet élan a été freiné par un accident mortel en mars 2018 dans l'Arizona (sud-ouest).

Son nouveau credo: devenir l'Amazon des transports mais il n'est pas le seul à afficher de telles ambitions que nourrissent également les constructeurs automobiles classiques.

Par conséquent, de nombreuses interrogations demeurent sur son activité: la concurrence, les menaces légales et réglementaires et... les chauffeurs, qui se sont mis en grève et ont manifesté dans plusieurs villes américaines mercredi, arguant du fait que l'entrée en Bourse enrichirait les actionnaires, sans qu'eux-mêmes en tirent un centime.

Le fondateur écarté

Les traders regardent le prix de la première cotation d'Uber sur le New York Stock Exchange (NYSE)
Les traders regardent le prix de la première cotation d'Uber sur le New York Stock Exchange (NYSE) ( Johannes EISELE / AFP )

Pour maintenir un prix de course attractif et attirer clients et chauffeurs, Uber a multiplié réductions, promotions, bonus etc: c'est d'ailleurs une des causes de l'hémorragie financière qui plombe le groupe depuis ses débuts.

"Nous voulons améliorer la situation de nos chauffeurs", a encore répété vendredi auprès de l'AFP Dara Khosrowshahi, le PDG, pour répondre aux revendications des chauffeurs, dont une petite poignée est venue manifester devant le bâtiment de la Bourse au sud de Manhattan.

Après des années de croissance rapide mais très mouvementée, marquée par des scandales qui ont durablement terni son image, l'arrivée à Wall Street d'Uber, leader du secteur et marque célèbre dans de nombreuses régions du monde, est un test aussi bien pour le secteur des véhicules de tourisme avec chauffeur (VTC) que pour les licornes.

Ces dernières sont des startups valorisées à au moins un milliard de dollars mais qui peinent, pour un grand nombre d'entre elles, à gagner de l'argent. Depuis le début de l'année, certaines sont entrées en Bourse avec des résultats disparates.

L'introduction en Bourse a en outre des allures de moment de vérité pour Dara Khosrowshahi, nommé pour redorer la réputation du groupe après le départ chaotique de son co-fondateur Travis Kalanick en 2017, et lui permettre de dégager des profits.

Conscient de tous ces défis, Uber a choisi de faire profil bas, en fixant dès jeudi soir son prix d'entrée à 45 dollars l'action, soit le bas de la fourchette de 44 à 50 dollars fournie en avril.

Deux chauffeurs d'Uber manifestent devant le bâtiment de la Bourse de New York à Manhattan.
Deux chauffeurs d'Uber manifestent devant le bâtiment de la Bourse de New York à Manhattan. ( Don Emmert / AFP )

"Nous voulons des investisseurs qui parient sur le long terme", a déclaré vendredi Dara Khosrowshahi à la chaîne de télévision CNBC.

Avec une valorisation boursière aux alentours de 76 milliards de dollars, Uber reste non loin, selon le cabinet Dealogic, de Facebook à son entrée en Bourse le 17 mai 2012 en termes de valorisation boursière. Le réseau social réalisait alors la plus grosse introduction en termes de capitalisation pour une entreprise américaine et la sixième au niveau mondial.

S'il était dans les locaux de la Bourse, Travis Kalanick, le fondateur et ex-PDG poussé à la démission par des investisseurs inquiets des scandales, ne faisait pas partie des dirigeants ayant sonné la cloche marquant l'ouverture de la séance à Wall Street.

Du parquet, il regardait, le sourire figé, son successeur s'adonner à des selfies sur l'estrade juste après avoir donné le coup d'envoi des échanges du jour.

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