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Sur les routes de Grèce: dans le golfe de Corinthe, d'autres façons de survivre à la crise

| AFP | 222 | Aucun vote sur cette news
Areti Zaharopoulou cultive des herbes aromatiques, le 12 juin 2019 à Dervéni, en Grèce
Areti Zaharopoulou cultive des herbes aromatiques, le 12 juin 2019 à Dervéni, en Grèce ( ARIS MESSINIS / AFP )

Sur les hauteurs du golfe de Corinthe, Areti Zaharopoulou cultive les herbes aromatiques, une solution alternative pour faire face au marasme économique ambiant dont elle accuse la classe politique grecque, avant les législatives du 7 juillet.

A Dervéni, dans le Péloponnèse, c'est la saison de la récolte de la sauge, du thym, du millepertuis et du romarin, pour cette comptable reconvertie en agricultrice après son licenciement il y a six ans.

A l'instar de centaines de milliers de ses compatriotes, cette mère de quatre enfants a dû se retrousser les manches à l'âge de 57 ans. "L'entreprise où je travaillais à Athènes a réduit les effectifs en 2013, je me suis retrouvée sans emploi. Je suis un exemple typique de la crise".

Dans l'impossibilité de percevoir une retraite avant l'âge de 67 ans, elle a entrepris de "réaliser son rêve": cultiver des plans aromatiques bio.

Après un séminaire en botanique, elle a quitté la capitale en 2014 pour créer sa propre affaire en louant des champs abandonnés à Pyrgos, sur les pentes qui surplombent Dervéni, à 140 km au sud-ouest d'Athènes.

Mais le revenu de sa petite entreprise bio reste bien "modeste" pour répondre aux besoins quotidiens. Son aîné a émigré en Suède pour "un salaire digne".

Areti Zaharopoulou cultive des herbes aromatiques,le 12 juin 2019 à Dervéni, en Grèce
Areti Zaharopoulou cultive des herbes aromatiques,le 12 juin 2019 à Dervéni, en Grèce ( ARIS MESSINIS / AFP )

Sa production actuelle ne dépasse pas quelques dizaines de kilos. Elle se charge elle-même de la distribution, faute de revenus suffisants pour faire appel à des intermédiaires.

La sexagénaire se dit cependant optimiste: "Comme tous ceux qui travaillent la terre, j'espère que je survivrai en cette période difficile".

Paupérisation

A une semaine des législatives anticipées, Areti déplore que les dirigeants politiques ne soient pas sanctionnés malgré leur responsabilité dans le "marasme" du pays.

Kyriakos Mitsotakis, leader de la droite Nouvelle-Démocratie et ancien ministre de la Réforme administrative pendant la crise (2013-2015), part favori, selon les sondages, pour remporter le scrutin face au Premier ministre de gauche Alexis Tsipras.

Kyriakos Mitsotakis (c), leader de la droite Nouvelle-Démocratie, lors d'un meeting de campagne, le 22 mai 2019 à Athènes
Kyriakos Mitsotakis (c), leader de la droite Nouvelle-Démocratie, lors d'un meeting de campagne, le 22 mai 2019 à Athènes ( ANGELOS TZORTZINIS / AFP/Archives )

Au pouvoir depuis quatre ans et critiqué pour avoir augmenté les impôts sous la pression des créanciers internationaux d'Athènes, M. Tsipras a subi une défaite importante lors des européennes.

Dans un climat d'extrême polarisation, les deux rivaux croisent le fer se renvoyant la balle sur la responsabilité de la paupérisation des Grecs.

Malgré une timide reprise économique depuis 2017, la pauvreté frappe 23% de la population.

"Ce qui s'est déroulé en Europe sur plusieurs décennies s'est fait brutalement en Grèce ces dernières années: l'augmentation de la dette privée, le travail partiel à 27% contre 5% avant la crise", rappelle Ioannis Kouzis, professeur de politique sociale à l'Université Pantion d'Athènes.

"La fermeture de 270.000 PME après 2010, la restriction drastique des professions libérales et la diminution des revenus ont plongé le pays dans une stagnation qui fait apparaître des nouveaux pauvres", ajoute-t-il.

Résignation

Sur la route sinueuse descendant de Pyrgos vers la côte, les champs de citronniers succèdent aux oliveraies avec en bas, les eaux bleues qui baignent Dervéni.

Yannis Nissotakis, propriétaire d'un café à Dervéni, le 12 juin 2019 en Grèce
Yannis Nissotakis, propriétaire d'un café à Dervéni, le 12 juin 2019 en Grèce ( ARIS MESSINIS / AFP )

Avec 900 habitants, ce village aux plages de petits cailloux n'attire que les Athéniens le week-end, "le tourisme n'étant pas assez développé", déplore Kostas, un jeune de 25 ans, employé dans un café.

Il se plaint que tous ses amis aient quitté l'endroit pour Athènes ou l'étranger, car même les services publics ou les banques ferment faute d'activité économique.

"Personne ne veut travailler dans les champs. Les citrons importés d'Argentine ne sont qu'à un euro le kilo, ce qui casse la concurrence", explique Yannis Nissotakis, le propriétaire du café.

Ancien employé à l'agence de la Société générale à Athènes avant que la banque française ne quitte la Grèce au début de la crise de 2010, Yannis a travaillé pour une banque grecque pendant deux ans, avant de décider de quitter "le salariat" pour créer un café-bar où il invite des groupes musicaux.

S'il ne regrette pas cette reconversion, il se dit peu optimiste sur la situation économique. "La Grèce n'a pas d'espoir et c'est de notre faute. Avec la démocratie familiale, rien ne va changer", s'exaspère-t-il, évoquant Kyriakos Mitsotakis, descendant d'une grande dynastie politique.

Ce désaveu de la classe politique, tenue pour responsable de la crise, s'est généralisé en Grèce. L'abstention lors des élections locales début juin a atteint un record de près de 60% dans certaines régions.

Pour Ioannis Kouzis, "la Grèce se trouve dans un étau" en raison de sa dette colossale, privant les dirigeants de marge de manoeuvre pour élaborer "un nouveau modèle de production".

"Cela crée un climat de résignation et de fatalisme dans la société, qui pourrait amener à une nouvelle crise", estime-t-il.

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