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La Fed fait fi de la pression de Donald Trump et augmente ses taux

| AFP | 740 | 5 par 1 internautes
Jerome Powell, patron de la banque centrale américaine, le 25 septembre 2018 à Washington
Jerome Powell, patron de la banque centrale américaine, le 25 septembre 2018 à Washington ( MARK WILSON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP/Archives )

La Banque centrale américaine a finalement résisté à la pression de Donald Trump en annonçant mercredi une nouvelle hausse des taux d'intérêt, tout en prenant acte que la croissance ralentit et que l'inflation est loin de s'emballer.

La Fed a relevé d'un quart de point de pourcentage le taux d'intérêt au jour le jour, situé désormais entre 2,25% et 2,50%.

Dans une volonté manifeste d'afficher son indépendance, elle a ainsi entériné sans sourciller la quatrième hausse de l'année face aux sommations du président républicain de marquer une pause.

"Les considérations politiques ne jouent absolument aucun rôle" dans les décisions de la Fed, a martelé Jerome Powell, président de la Fed depuis moins d'un an et qui a essuyé de violentes critiques de l'hôte de la Maison Blanche.

Mardi, Donald Trump avait, dans un tweet, pressé la Fed de ne pas commettre "une nouvelle erreur" en renchérissant le coût du crédit.

Pour 2019, la Fed, qui a abaissé sa prévision d'inflation et de croissance, va toutefois ralentir le nombre de relèvements de ses taux à deux au lieu de trois.

"Nous avons vu une évolution qui pourrait signaler un ralentissement par rapport à ce qu'on prévoyait il y a quelque mois", a affirmé M. Powell.

"Un durcissement des conditions financières observé au cours des deux derniers mois", avec notamment la chute du marché boursier, "couplé aux signes de croissance plus faible à l'étranger nous ont conduit à réduire un peu la projection de croissance et d'inflation", a-t-il expliqué.

C'est sur le front international en effet, où se jouent les tensions commerciales et une décélération de la croissance, comme sur celui des marchés financiers qui subissent de fortes turbulences, que la Fed signale une préoccupation.

L'institution "continuera à surveiller les développements financiers et économiques mondiaux et évaluera leur impact pour les perspectives économiques" américaines, expliquent les membres du Comité monétaire de la Banque centrale.

Les taux, quoique restant historiquement bas, se hissent à leur plus haut point depuis douze ans alors que la Fed a mené une politique de taux zéro pendant presque huit ans pour soutenir la reprise après la crise financière.

"Nous avons encore des niveaux solides de croissance dans le monde, mais pas aussi forts qu'en 2017", a reconnu Jerome Powell.

Le Comité monétaire a pourtant justifié le nouveau tour de vis par l'actuelle bonne santé économique aux Etats-Unis avec des gains d'emplois "solides" et des dépenses de consommation "fortes".

Après ces annonces de la Banque centrale américaine, Wall Street reculait tandis que le dollar reprenait quelques forces.

Investissements moins soutenus

Le communiqué ne mentionne pas explicitement la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, qui se sont infligés réciproquement des taxes douanières punitives sur des centaines de milliards de dollars de marchandises.

Taux d'intérêts de la Fed depuis 2005
Taux d'intérêts de la Fed depuis 2005 ( Gal ROMA / AFP )

Mais M. Powell a affirmé que ces développements seraient "sous surveillance": "Il y a une inquiétude de la part des milieux d'affaires et des marchés à propos de la croissance mondiale, qui peut être liée en partie aux tensions commerciales", a-t-il ajouté.

Le Comité monétaire a un peu réduit sa projection de croissance américaine pour cette année, à 3% au lieu de 3,1% précédemment, et surtout pour 2019 à 2,3% contre 2,5% précédemment.

De son côté, l'inflation va être aussi moins soutenue que précédemment estimée, à 1,9% cette année comme l'année prochaine, passant légèrement en-dessous de la cible idéale de 2% de la Fed.

L'administration Trump doit publier vendredi son estimation finale de croissance pour le troisième trimestre 2018. Fin novembre, elle avait confirmé une croissance solide de 3,5% de l'économie américaine pour la période juillet-septembre, en dépit d'une consommation des ménages moins soutenue.

Cela signifie que la croissance américaine a nettement ralenti par rapport au deuxième trimestre, qui avait enregistré la plus haute performance en quatre ans à 4,2%.

Pour les trois derniers mois de l'année, les économistes semblent plus partagés sur le rythme d'expansion, certains évoquant 3%, voire moins.

Les informations reçues depuis la réunion de novembre "indiquent que (...) l'activité économique a progressé à un rythme solide", ont souligné les membres du Comité monétaire, à l'issue de leur réunion de deux jours entamée mercredi.

"Les gains en terme d'emplois ont été importants (...) ces derniers mois et le taux de chômage (3,7%) est resté bas", ont-ils ajouté.

La Fed s'est aussi dite attentive aux risques extérieurs "comme le Brexit ou les négociations entre l'Italie et l'Union européenne sur le budget" de Rome.

"Mais franchement", a déclaré Jerome Powell, à propos de la sortie du Royaume-Uni de l'UE, "cela ne devrait pas avoir d'implications majeures pour les Etats-Unis". "Il y a beaucoup d'incertitudes cependant, car c'est quelque chose qui n'est jamais arrivé", a-t-il conclu.

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