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Santé: les pépites françaises doivent-elles s'expatrier pour se financer?

| AFP | 170 | Aucun vote sur cette news
Le géant pharmaceutique suisse Novartis
Le géant pharmaceutique suisse Novartis ( FABRICE COFFRINI / AFP/Archives )

Le rachat du laboratoire français de radiopharmacie, Advanced Accelerator Applications (AAA), par le géant suisse Novartis lundi n'est pas une première: régulièrement, des pépites françaises dans le secteur de la santé passent sous pavillon étranger, faute de pouvoir se financer dans l'Hexagone.

Il y a une semaine, Vexim, spécialisée dans les implants vertébraux, se faisait racheter par l'Américain Stryker, géant mondial de l'orthopédie.

Il y a un peu plus d'un an, c'était au tour du fabricant français de robots chirurgicaux, Medtech. L'acheteur? L'américain Zimmer Biomet.

Dans les deux cas, la valorisation était d'environ 160 millions d'euros.

"Cela montre que la France produit de très belles start-up", s'est réjoui auprès de l'AFP Philippe Pouletty, directeur général de Truffle Capital et président d'honneur de France Biotech.

Selon lui, la France bénéficie du "meilleur écosystème" du continent pour créer des entreprises innovantes et pourrait même être "la Sillicon Valley d'Europe", s'il n'était un obstacle majeur: celui du financement.

"Le marché boursier Euronext n'est pas assez profond", analyse M. Pouletty, pour qui "l'épargne des Français et des Européens n'est pas suffisamment investie" dans le développement de ces "jeunes entreprises super-innovantes", les empêchant d'atteindre une taille intermédiaire.

Si, au début, lever plusieurs dizaines de millions d'euros ne pose pas de difficultés, lorsque la société se développe et que les besoins de financement atteignent les centaines de millions, il devient nécessaire de faire appel à des fonds étrangers.

Selon M. Pouletty, aux Etats-Unis, 10 à 15% des actifs financiers s'orientent vers des sociétés nouvellement créées (capital risque) contre moins de 0,5% de l'assurance-vie en France.

"Il est plus facile d'acheter des bons du trésor et des emprunts d'Etat", concède le dirigeant de Truffle Capital.

- Pas de géant français en Medtech -

Un constat que réfute Franck Sebag, associé du cabinet EY. "Il y a de belles biotechs qui restent indépendantes" et qui "arrivent à se financer", explique-t-il à l'AFP, citant l'entreprise biopharmaceutique Genfit. Celle-ci a levé environ 150 millions d'euros il y a quelques semaines.

Selon M. Sebag, les montants investis en capital risque ont bondi de 145% entre 2014 et 2016 avec 2,2 milliards d'euros levés, dont environ 20% à 35% ont financé des medtechs et biotechs (les deux tiers étant allés vers le numérique).

Pour Vexim, qui espère commercialiser sa technologie d'implants vertébraux aux Etats-Unis dès 2018, les débuts ont néanmoins été "difficiles".

En 2012, lors de l'introduction en Bourse, "pas grand monde nous a fait confiance", se remémore auprès de l'AFP Vincent Gardès, le directeur général. Ce n'est qu'après avoir constaté que la medtech respectait ses promesses que les fonds institutionnels, d'abord attentistes, ont rejoint l'aventure.

En juin, Actelion, un groupe suisse fondé par un couple de Français, est passé sous pavillon américain (une opération de rachat pour près de 30 milliards d'euros par Johnson and Johnson), au nez et à la barbe de Sanofi qui espérait s'en emparer.

En juillet, le géant tricolore du médicament a racheté Protein Sciences, laboratoire américain spécialisé dans les vaccins, pour un prix oscillant entre 650 et 750 millions de dollars.

Une exception pour Philippe Pouletty: aujourd'hui, selon lui, 95% des groupes en capacité d'être acheteurs sont américains ou suisses. "Et demain, ils seront asiatiques", prédit-il.

Vexim, avant son rachat par Stryker, était ainsi en discussion avec trois groupes spécialisés en medtech, mais aucun français, ni même européen.

"Il n'y en a pas", a résumé M. Gardès, imputant cet état de fait aux réticences des chefs d'entreprise à s'associer à d'autres start-up.

Pour être présent aux Etats-Unis et obtenir des financements sans se faire racheter, certaines biotechs, tel DBV Technologies ou Cellectis, ont adopté une solution intermédiaire: la double cotation sur Euronext et sur le Nasdaq.

C'est l'une des hypothèses qu'avait envisagées Vexim, mais cela représentait un coût, avec l'obligation d'être physiquement présent sur les deux continents. Surtout, cela aurait retardé leur arrivée sur le marché américain de plusieurs années.

Une stratégie risquée pour des entreprises dont le principal avantage commercial est d'être les seules sur un marché... en attendant qu'un concurrent propose mieux.

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