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Saint Louis Sucre: partie de bras de fer entre les planteurs allemands et français

| AFP | 136 | Aucun vote sur cette news
Manifestation de betteraviers français contre la fermeture d'usines devant l'ambassade d'Allemage, le 7 mai 2019 à Paris
Manifestation de betteraviers français contre la fermeture d'usines devant l'ambassade d'Allemage, le 7 mai 2019 à Paris ( KENZO TRIBOUILLARD / AFP/Archives )

Divorce franco-allemand dans le sucre ou premier pas vers une sortie de crise ? Malgré une fin de non recevoir très sèche des betteraviers allemands en pleine nuit, les planteurs français continuent de croire en leur projet de reprise des deux sucreries Saint Louis, que l'actionnaire allemand veut fermer.

Après une soirée passée à négocier avec la partie allemande, le président de l'association des planteurs de betteraves (CGB) a assuré jeudi à la presse que la porte n'était "pas fermée" à une reprise des deux sucreries Saint Louis Sucre, situées à Cagny (Calvados) et Eppeville (Somme).

"Südzucker a accepté de recevoir notre offre de reprise par écrit. Nous proposons 30 millions d'euros pour la reprise des deux usines", a indiqué Franck Sander, le président de la CGB, avec l'espoir de maintenir 130 emplois, et la culture de la betterave dans leurs bassins de production, soit 2.300 planteurs.

Pourtant, mercredi soir, les planteurs d'Allemagne du Sud (VSZ) détenant une participation majoritaire (57%) au capital de Südzucker, n'ont laissé aucun espoir aux Français à l'issue de trois heures de discussion.

Le président de VSZ, Hans-Jörg Gebhard, a déclaré dans un communiqué qu'"il serait irresponsable, pour Saint Louis Sucre, de céder des sites", fermant ainsi la porte à tout projet de reprise.

Manifestation contre la fermeture de la sucrerie Saint-Louis d'Eppeville, le 20 mars 2019 dans la Somme
Manifestation contre la fermeture de la sucrerie Saint-Louis d'Eppeville, le 20 mars 2019 dans la Somme ( PHILIPPE HUGUEN / AFP/Archives )

Selon lui, cela "ne résoudrait pas le problème de surproduction" en Europe, alors que le secteur du sucre connaît une crise sans précédent, sur fond de déprime des cours (-35% en deux ans environ, NDR).

Les annonces allemandes "ne sont pas du tout le reflet de ce qui s'est passé hier, la discussion était plutôt ouverte entre les Allemands et les planteurs, quand ils se sont quittés à 22H30, et ce qui est très étonnant c'est qu'à 1H00 du matin, Sudzucker communique en disant que c'est hors de question, c'est complètement l'opposé du contenu de la réunion. Soit ils ont mené tout le monde en bateau à la réunion, soit c'est un coup d'intox pour faire monter les enchères", s'est étonné Loïc Touzé, délégué syndical central de Saint-Louis.

Economiser 100 millions d'euros

Semblant également déstabilisés par le communiqué allemand "qui ne correspond pas à la teneur des discussions", les responsables de la CGB ont expliqué qu'ils "n'envoient pas les planteurs français dans le mur", en soutenant le projet de reprise.

Le sucre en crise
Le sucre en crise ( Paz PIZARRO / AFP )

"Südzucker doit nous répondre d'ici trois semaines", a indiqué M. Sander.

Selon lui, cette formule permettrait au numéro un mondial du sucre et actionnaire majoritaire de Saint Louis, d'économiser 100 millions d'euros sur les 200 millions qu'il dit avoir provisionnés pour couvrir la fermeture, le plan social et la dépollution de cinq sites appelés à fermer en Europe (deux en Pologne, deux en France et un en Allemagne).

"A Eppeville, nous avons des débouchés sous forme de bioéthanol (...) et à Cagny, situé en zone d'élevage, nous avons un potentiel de valorisation de la pulpe", a souligné M. Sander.

Pour Benoit Carton, directeur régional Normandie de la CGB, le "business plan" du projet de reprise a été présenté aux salariés de Cagny et aux autorités régionales et reçoit un "soutien fort".

"La région Normandie est prête à accompagner financièrement", a-t-il dit à l'AFP. Idem pour la région Hauts-De-France, a assuré Dominique Fievez, président de la CGB Hauts-de-France.

Les responsables de la CGB doivent être reçus vendredi à l'ambassade d'Allemagne à Paris, devant laquelle ils ont manifesté la semaine dernière, a indiqué M. Sander.

Une partie des betteraviers français estiment par ailleurs que le groupe allemand empêche le déclenchement d'un processus de recherche de repreneurs, en maintenant quelques salariés sur chaque site, contournant ainsi la "loi Florange".

Ils mettent aussi en évidence des "incohérences" dans les arguments allemands, qui d'une part critiquent la surproduction européenne pour justifier les fermetures en France, alors que, d'autre part, "les surfaces de betterave en Allemagne vont augmenter de 5% en 2019", selon l'un d'entre eux.

Et ils souhaitent obtenir un soutien des pouvoirs publics français sur ce sujet.

Jeudi, la sucrerie Saint-Louis d'Eppeville était paralysée par une grève à l'appel d'une intersyndicale CGT-FO-CFE-CGC pour faire pression sur l'ensemble du dossier.

"Le marché du sucre a toujours été cyclique, Südzucker a les reins solides et aurait largement pu attendre la remontée des prix et garder les sites", a critiqué Régis Grost, délégué CGT du site.

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