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Rome va creuser son déficit, risque de nouveau conflit avec Bruxelles

| AFP | 305 | Aucun vote sur cette news
L'Italie a relevé ses prévisions de déficit public, ce qui risque de déclencher un nouveau bras de fer avec Bruxelles
L'Italie a relevé ses prévisions de déficit public, ce qui risque de déclencher un nouveau bras de fer avec Bruxelles ( Aris Oikonomou / AFP/Archives )

Le gouvernement populiste italien, confronté à une croissance en berne, a relevé mardi soir ses prévisions de déficit public, tablant désormais sur 2,4% du PIB en 2019, ce qui risque de déclencher un nouveau bras de fer avec Bruxelles.

Ce chiffre est en effet exactement celui que la coalition avait fixé initialement l'an passé et auquel la Commission s'était vivement opposée. Rome avait finalement accepté de le réduire à 2,04% après plusieurs mois d'âpres discussions.

Mais face au ralentissement de l'économie italienne, dans un contexte mondial compliqué et avec une demande intérieure en berne, la coalition, formée de la Ligue (extrême droite) et du Mouvement 5 étoiles (antisystème), a choisi la voie d'une nouvelle épreuve de force.

Après 2,4% cette année, Rome prévoit un déficit à 2,1% du PIB en 2020 (contre 1,8% prévu initialement) et 1,8% en 2021 (contre 1,5%).

La faute à la croissance en berne: le PIB italien ne devrait croître que de 0,2% en 2019, contre 1% prévu précédemment, puis de 0,8% en 2020 et 2021 (contre respectivement 1,8% et 1,5% estimé auparavant), selon les nouvelles prévisions du gouvernement.

En conséquence, la dette publique, déjà colossale (2.300 milliards d'euros), va continuer de progresser. Elle doit atteindre 132,6% du PIB en 2019, contre 130,7% fixé précédemment et 132,2% enregistré l'an passé, un chiffre qui constituait pourtant déjà un record historique absolu.

Bruxelles ne cesse pourtant d'appeler la péninsule à agir pour réduire son énorme dette publique.

Pas de hausse de TVA

"Le pays est pris dans un mauvais équilibre, marqué par la stagnation de l'économie, des taux d'intérêt d'emprunt pour l'Etat relativement élevés et une situation budgétaire précaire", souligne Nicola Nobile, économiste chez Oxford Economics.

Selon lui, les problèmes budgétaires et la hausse du ratio de dette "risquent de jeter le trouble dans la fragile coalition gouvernementale, conduire à d'intenses discussions avec la Commission européenne et créer de (nouvelles) tensions sur les marchés" financiers.

Le ministre italien de l'Economie, Giovanni Tria, à Bucarest le 5 avril 2019
Le ministre italien de l'Economie, Giovanni Tria, à Bucarest le 5 avril 2019 ( Daniel MIHAILESCU / AFP/Archives )

Pour limiter la hausse du déficit, le ministre de l'Economie, Giovanni Tria, plaidait pour une hausse de la TVA en 2020 et 2021. Mais cette mesure a été abandonnée après un vif débat avec Luigi Di Maio, selon les agences italiennes.

"Les programmes de gouvernement sont confirmés: aucune nouvelle taxe et aucune modification de la loi de finances", a martelé la présidence du Conseil dans un communiqué, en affirmant qu'elle respectait aussi "les objectifs fixés par la Commission européenne".

La coalition a régulièrement souligné que le seuil maximal de déficit fixé par Bruxelles était de 3% du PIB.

"On ne revient pas sur la +quota 100+ (la réforme des retraites, prévoyant un départ anticipé, NDLR), aucune augmentation de la TVA", a souligné pour sa part Matteo Salvini, en se félicitant, en revanche, que le texte prévoie le lancement d'une "flat tax", un impôt à taux unique, pour les particuliers, sans toutefois souffler mot sur le coût d'une telle mesure.

L'Italie est entrée en récession technique fin 2018 et est le seul pays de la zone euro dans une telle situation.

La coalition populiste, arrivée au pouvoir en juin, espérait redresser la situation grâce à une politique budgétaire expansionniste, qui prévoit en particulier un "revenu de citoyenneté" pour les plus modestes à partir d'avril. En vain.

Le Fonds monétaire international (FMI) a, lui aussi, abaissé mardi sa prévision de croissance pour le pays, tablant désormais sur une hausse du PIB de 0,1% cette année, contre 0,6% précédemment.

Et certains experts ou organisations sont encore plus pessimistes, comme l'OCDE qui table sur un recul de 0,2%, ou Lorenzo Codogno, ancien économiste en chef du Trésor italien et fondateur du cabinet LC Macro Advisors, qui prévoit une baisse de 0,5%.

En raison de cette situation, le taux de chômage, déjà le troisième plus élevé de la zone euro, devrait encore grimper à 11% en 2019 et 11,1% en 2020, contre 10,6% en 2018, selon les prévisions du gouvernement.

Chez les jeunes de 15 à 24 ans, il atteint déjà actuellement 32,8%, une situation "alarmante", s'inquiète l'importante association de consommateurs Federconsumatori.

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