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Réduire le déficit: une question de crédibilité pour la France ?

| AFP | 91 | Aucun vote sur cette news
Le président Emmanuel Macron, le 22 septembre 2017 aux Invalides, à Paris
Le président Emmanuel Macron, le 22 septembre 2017 aux Invalides, à Paris ( ludovic MARIN / POOL/AFP )

Le président, Emmanuel Macron, s'est engagé à réduire le déficit budgétaire à moins de 3%, un effort aujourd'hui à la portée de la France, mais peut-être insuffisant pour lui redonner toute sa crédibilité à Bruxelles.

"La France veut être la locomotive de l'Europe. Ses propositions sont attendues. Elles seront davantage entendues si elle est sérieuse dans la gestion de ses finances publiques", expliquait récemment à l'AFP le commissaire européen Pierre Moscovici.

Ces déclarations font écho aux ambitions affichées par M. Macron pendant la campagne électorale, quand il avait avancé qu'il comptait restaurer la "crédibilité" de la France en Europe en faisant preuve de sérieux dans ses finances publiques, espérant ainsi trouver une oreille plus attentive à Berlin.

Un argument repris depuis par le gouvernement pour justifier la réduction de la dépense publique, nécessaire pour se conformer au pacte de stabilité que la France n'a pas respecté ces dernières années.

Du point de vue économique, l'objectif des 3% répond au besoin de "lutter contre la dérive de l'endettement de la France", affirme à l'AFP Sébastien Jean, directeur du Centre d'études prospectives et d'informations internationales (Cepii).

Mais il y a surtout une forte dimension politique: "ce serait un premier pas vers la restauration d'une confiance qui permet d'aller de l'avant pour réformer la gouvernance de la zone euro", explique-t-il.

Un premier pas qui pourrait être insuffisant, tempère Xavier Ragot, directeur de l'Observatoire français des conjonctures économiques.

"Je pense qu'il y a une certaine naïveté du côté français en pensant qu'au-dessus de 3%, rien n'est possible avec l'Allemagne et qu'en-dessous, tout le deviendrait", estime-t-il auprès de l'AFP.

A ses yeux, cette vision ne tient pas assez compte des opinions publiques d'autres pays comme les Pays-Bas ou la Finlande, qui se sont serré la ceinture et qui ont l'impression que Paris a bénéficié "d'un traitement un peu différent".

"Ces pays ont une certaine distance qui fragilise la France dans les discussions européennes. C'est beaucoup plus compliqué qu'un deal entre Macron et Merkel. Il n'y a pas que l'Allemagne en Europe", assure-t-il.

- Retour à la croissance -

Ces réserves sont d'autant plus grandes que l'effort de la France pour passer sous la barre des 3% est aujourd'hui facilité par une croissance qui devrait atteindre 1,7% cette année.

Le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, a d'ailleurs revu mardi ses objectifs de réduction du déficit à 2,9% cette année et 2,6% en 2018, contre 3% et 2,7% auparavant.

"Macron hérite d'une situation de retour à la croissance", souligne M. Ragot. Dans ces conditions, "envisager aujourd'hui un déficit public inférieur à 3%, cela ne semble pas être un problème macroéconomique majeur".

L'économiste Michel Aglietta, très critique sur les règles de la zone euro, aimerait que M. Macron aille plus loin et plaide pour plus de "symétrie", appelant à cibler les excédents allemands qui, eux aussi, sont supérieurs aux critères de la zone euro.

Du côté de Bruxelles, M. Moscovici se réjouit de la réduction du déficit, mais il rappelle déjà un autre critère européen à respecter.

"Derrière la question du déficit, il y a celle de la réduction de la dette", rappelle-t-il. La dette française atteint près de 97% du PIB, quand le pacte de stabilité fixe un ratio de 60%.

"Ce serait une erreur de dire qu'il faut l'abaisser à 60%!" s'exclame M. Aglietta, convaincu qu'"une des grosses erreurs, c'est d'avoir fixé au sein de la zone euro des contraintes qui sont les mêmes pour tous".

La Commission s'est aussi déclarée particulièrement attentive à ce que le déficit structurel - c'est-à-dire le déficit calculé hors effets de la conjoncture - soit lui aussi en ligne avec les règles européennes.

Selon Les Echos, l'effort pour réduire ce déficit structurel ne serait que de 0,1% du PIB en 2018, quand le seuil imposé par les textes européens est d'au moins 0,5%.

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