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Recherche personnel désespérément: le casse-tête touristique du lac Balaton en Hongrie

| AFP | 409 | 4 par 1 internautes
Une plage au bord du lac Balaton en Hongrie, le 31 juillet 2018
Une plage au bord du lac Balaton en Hongrie, le 31 juillet 2018 ( Attila KISBENEDEK / AFP )

Le lac Balaton en Hongrie, ses eaux turquoise, ses rivages de sable blanc... et ses patrons qui s'arrachent les cheveux face au manque de main-d'oeuvre pour accueillir des vacanciers de plus en plus nombreux dans un pays où recruter est un casse-tête, bas salaires et politique anti-immigration obligent.

Déjà très populaire à l'époque du Bloc de l'Est, ce grand lac d'Europe centrale (près de 600 km2) attire chaque été des centaines de milliers de touristes venant apprécier ses plages, ses discothèques, ses restaurants et ses bons vins produits localement.

Mais derrière ce succès, les professionnels du secteur doivent résoudre la quadrature du cercle: où trouver le personnel nécessaire dans un pays au taux de chômage historiquement bas (3,6%) et dont le Premier ministre national-conservateur Viktor Orban refuse toute immigration, ce qui entrave l'embauche de saisonniers étrangers ?

"Impossible de trouver un jardinier ou une serveuse ou un chef de cuisine", gémit Balazs Banlaki, propriétaire du Kali-Kapocs, un restaurant niché dans les collines pittoresques de Mindszentkalla bordant le nord du lac.

Dans cet établissement de taille moyenne ouvert uniquement l'été et qui nécessite normalement une dizaine de salariés pour fonctionner, M. Banlaki a dû se résoudre à jouer lui-même les hommes à tout faire. "Avant chaque nouvelle saison, nous passons une couche de peinture, mais même pour ce genre de travail, c'est moi qui prend le pinceau", confie-t-il à l'AFP.

- "Les jeunes ne restent pas" -

Avec un salaire moyen ne dépassant pas les 530 euros par mois et un demi-million d'actifs partis travailler dans l'ouest de l'Europe en dix ans, selon les statistiques officielles, la Hongrie manque de bras.

Le restaurant Kali-Kapocs avec son jardin dans le village de Mindszentkala, au bord du lac Balaton en Hongrie, le 31 juillet 2018
Le restaurant Kali-Kapocs avec son jardin dans le village de Mindszentkala, au bord du lac Balaton en Hongrie, le 31 juillet 2018 ( Attila KISBENEDEK / AFP )

Et la situation ne semble pas prête de s'arranger. Le taux de fécondité est l'un des plus bas de l'OCDE (1,34 enfant par femme) et, alors que la population est déjà tombée sous la barre symbolique des dix millions d'habitants, selon l'Office central des statistiques hongrois, un million de personnes souhaitent quitter le pays, la moitié étant âgés de moins de 30 ans.

Le gouvernement est pour l'instant sourd aux appels des milieux économiques le pressant d'ouvrir ses frontières à la main-d'oeuvre étrangère.

M. Banlaki reste traumatisé par sa saison 2017 quand il avait dû renoncer à sa carte, faute de chef en cuisine. "Nous avons survécu avec seulement des boissons, du café et des sandwiches", soupire-t-il. Après avoir consenti un effort supplémentaire sur les salaires, il s'estime heureux d'avoir pu engager une demi-douzaine de saisonniers cette année.

"Mais même quand on trouve quelqu'un, il y a de fortes chances qu'il ou elle reparte rapidement. Entre les festivals, les anniversaires, les vacances avec les copains... les jeunes qui viennent ne restent pas. Je n'ose jamais les critiquer par crainte de les voir partir", confie le restaurateur.

Quant aux touristes, ils subissent forcément les conséquences du manque de recrues. "Nous passons tous les ans plusieurs semaines au lac et je constate que pas mal de petits +büfé+ (petites baraques de restauration rapide) sont restés fermés" cette année, relève Petra Lisztes, 39 ans, une mère accompagnée de ses deux enfants. "Et dans les restaurants, c'est devenu plus long..."

- Etudiants -

A Siofok, sur la rive opposée du lac prisée des fêtards pour ses plages interminables et ses discothèques géantes, le Siofok Plazs (plage), un complexe haut de gamme capable d'accueillir près de 10.000 personnes, connaît les mêmes difficultés que le petit Kali-Kapocs.

"Nous mettons des annonces partout et en permanence, et je peux affirmer que le manque de main-d'œuvre qualifiée représente un problème constant", explique Erzsebet Mazula, sa gérante.

Le Hongrois Balazs Banlaki, propriétaire d'un restaurant au bord du lac Balaton, le 31 juillet 2018
Le Hongrois Balazs Banlaki, propriétaire d'un restaurant au bord du lac Balaton, le 31 juillet 2018 ( Attila KISBENEDEK / AFP )

Grâce au caractère résolument branché du lieu, qui compte plusieurs restaurants, une salle de gym en plein air, des bars de plage et une scène où se produisent les meilleurs DJ et chanteurs hongrois, elle parvient toutefois à attirer une main-d'oeuvre étudiante, se félicite-t-elle.

"Ils ne sont certes pas du métier mais nous avons pris le parti de leur donner une formation avant l'ouverture de la saison. Il est plus important d'être souriant, présent et aimable, que de savoir préparer un cocktail compliqué", relève la professionnelle.

"Cependant, même avec ce système, vous pouvez constater qu'il n'y a pas assez de serveurs côté clients", déplore-t-elle.

- Protocoles simplifiés -

Le phénomène est loin de se cantonner au lac Balaton, dans ce pays bon marché où le nombre de touristes a progressé de 7% cette année, selon les chiffres officiels, après un nombre de nuitées déjà record en 2017 (29,5 millions).

A Budapest, pour pallier le manque de main-d'oeuvre, plusieurs hôtels ont commencé à proposer des protocoles simplifiés à la réception, inspirés des systèmes d'enregistrement en ligne des compagnies aériennes.

Mais la pénurie reste entière pour les métiers nécessitant une véritable compétence professionnelle, tels que les cuisiniers, les maîtres de rang ou les gérants.

Pour tenter d'y remédier, le gouvernement s'est résolu à essayer de convaincre des retraités de revenir sur le marché du travail à l'aide d'une exemption de toute charge sociale et moyennant un taux d'imposition plafonné à 15%. Une piste qui n'a cependant pas encore eu les résultats escomptés.

En 2017, Budapest avait à contre-coeur adopté un décret autorisant les ressortissants d'Ukraine et de Serbie voisines à travailler en Hongrie pour trois mois au maximum. La mesure est toutefois largement restée lettre morte: apprendre la complexe langue magyare en trois mois est une gageure.

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