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Qui sera le prochain? Les médias de Hong Kong craignent arrestations et fermetures

| AFP | 465 | 2.33 par 3 internautes
Une vendeuse lit la presse dans un kiosque à journaux le 6 janvier 2022 à Hong Kong
Une vendeuse lit la presse dans un kiosque à journaux le 6 janvier 2022 à Hong Kong ( Peter PARKS / AFP/Archives )

Depuis des mois, le journaliste hongkongais Ronson Chan s'était préparé à voir débarquer la police en charge de la sécurité nationale, mais quand fin décembre elle a frappé à sa porte, il n'a pu s'empêcher de trembler.

La répression chinoise de toute dissidence à Hong Kong a déjà réduit au silence ou conduit derrière les barreaux la plupart des figures du mouvement pro-démocratie. La presse est désormais dans son viseur.

M. Chan, président de l'association des journalistes de Hong Kong et rédacteur du site d'information pro-démocratie Stand News, se savait une cible de choix.

"J'y étais mentalement préparé", raconte-t-il à l'AFP, "mais quand ils ont montré le mandat de perquisition, je tremblais".

Avec son téléphone, il a retransmis en direct ses échanges avec les policiers avant d'être contraint d'arrêter. Ce fut son dernier reportage pour Stand News.

Ronnie Chan, président de l'association des journalistes de Hong Kong, pose le 7 janvier 2022 devant les locaux de son ancien employeur, le site d'information Stand News
Ronnie Chan, président de l'association des journalistes de Hong Kong, pose le 7 janvier 2022 devant les locaux de son ancien employeur, le site d'information Stand News ( Peter PARKS / AFP/Archives )

Le même jour, les avoirs du site étaient gelés et sept personnes étaient arrêtées pour "publication séditieuse" en vertu de la loi sur la sécurité nationale imposée par Pékin en 2020.

Deux employés ont été inculpés et placés en détention. M. Chan n'a pour l'instant pas été inquiété au-delà de la perquisition chez lui.

"Serons-nous les prochains?", s'interrogent les médias locaux et de plus en plus de médias internationaux, dans une ville autrefois considérée comme un bastion de la liberté de la presse en Asie.

"Les journalistes sont censés dire des vérités au pouvoir", explique à l'AFP Lokman Tsui, un ancien maître de conférences en journalisme à l'Université chinoise de Hong Kong désormais installé aux Pays-Bas. "Et en ce moment, la vérité est (jugée) subversive à Hong Kong".

"Tout s'est accéléré"

La Chine continentale figure dans les derniers rangs du classement de la liberté de la presse de l'association Reporters sans frontières (RSF). Les médias locaux sont étroitement contrôlés par Pékin et les journalistes étrangers soumis à de sévères restrictions.

Après la retrocession de l'ex-colonie britannique à la Chine en 1997, Hong Kong est demeuré un havre de liberté pour les médias.

La presse locale était réputée pour son opiniâtreté et n'hésitait pas à dénoncer les agissements de certains hauts responsables, contrairement aux médias chinois.

Mais au fil des ans, une ombre a commencé à planer sur la liberté de la presse à Hong Kong.

Quand RSF a publié son premier classement annuel en 2002, Hong Kong était 18ème. L'an passé, la ville avait dégringolé à la 80e place.

Et depuis juin, la menace ne cesse de croître.

Tout a commencé par la fermeture du quotidien Apple Daily qui a soutenu les manifestations pro-démocratie de 2019.

Son propriétaire, Jimmy Lai, déjà en détention, et de hauts cadres du quotidien ont été arrêtés et inculpés pour "collusion avec des forces étrangères".

Un habitant de Hong Kong lit un journal dans une rue de la ville le 6 janvier 2022
Un habitant de Hong Kong lit un journal dans une rue de la ville le 6 janvier 2022 ( Peter PARKS / AFP/Archives )

Stand News a été le suivant et une semaine après, le site d'informations CitizenNews, fondé en 2017 par des reporters chevronnés et financé par ses lecteurs a fermé, craignant pour la sécurité de ses journalistes.

"La liberté de la presse a reculé pendant des années mais en 2020 tout s'est accélére", estime Yuen Chan, une journaliste de Hong Kong désormais enseignante à la City University de Londres.

"Climat de peur"

A plusieurs reprises, la cheffe de l'exécutif Carrie Lam a rejeté ces accusations, affirmant que les autorités se contentaient d'appliquer la loi.

Après la fermeture de Stand News et CitizenNews, elle s'est bornée à répondre que les pays occidentaux avaient des lois en matière de sécurité nationale "bien plus draconiennes" que Hong Kong, sans pour autant citer d'exemple de pays où elles auraient été utilisées contre la presse.

Un ancien rédacteur du site d'information indépendant InMedia estime qu'il règne un "climat de peur sans précédent dans le secteur".

"Il est difficile d'évaluer les risques", reconnaît-il, en requérant l'anonymat.

Jusqu'à présent, les médias internationaux n'ont pas été visés par la loi sur la sécurité nationale, mais désormais le gouvernement ne cache pas son agacement quand la couverture médiatique étrangère lui déplait.

L'AFP, CNN, le Wall Street Journal et Bloomberg font partie des médias étrangers ayant leur siège régional à Hong Kong.

Depuis novembre, les autorités ont adressé 13 lettres d'admonestation à des journaux étrangers à la suite d'éditoriaux sur Hong Kong qu'elles n'ont guère appréciés.

M. Chan, de Stand News, espère que les journalistes étrangers resteront pour continuer à témoigner de ce qui se passe à Hong Kong. Ils les invite cependant à ne pas sous-estimer le jusqu'au-boutisme des autorités.

"Les gens pensaient que jamais l'Apple Daily ne fermerait, il avait 25 ans d'histoire et plus de mille employés. Mais il a tout de même fermé".

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