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L'Américain David Malpass bientôt à la tête de la Banque mondiale?

| AFP | 688 | 2.33 par 3 internautes
David Malpass à Pékin le 7 janvier 2019
David Malpass à Pékin le 7 janvier 2019 ( WANG ZHAO / AFP )

David Malpass, un membre de l'administration Trump, ancien économiste à Wall Street, devrait être officiellement désigné mercredi comme le candidat des Etats-Unis pour présider la Banque mondiale, une institution qu'il n'a eu de cesse de critiquer mais qui depuis ses origines a toujours été dirigée par un Américain.

"L'administration Trump a informé hier (lundi) les pays du G7 (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni) avoir choisi David Malpass" comme candidat des Etats-Unis, a indiqué mardi à l'AFP une source proche du dossier. Et "il serait très surprenant que Donald Trump change de candidat au dernier moment".

Le président américain fera son annonce mercredi à 18H30 GMT depuis la Roosevelt Room de la Maison Blanche, a indiqué cette dernière dans un communiqué.

Le choix de M. Malpass marquerait la volonté de l'administration Trump de faire évoluer le fonctionnement de l'institution de Bretton Woods, chargée de l'aide au développement.

Elle illustrerait aussi sa politique consistant à nommer des personnes très critiques à la tête d'administrations ou organismes. Dernier exemple en date: la désignation mardi, à la tête de l'Agence de protection de l'environnement, d'un ancien lobbyiste du secteur du charbon.

La Banque mondiale, dont la vocation est de réduire la pauvreté dans le monde, doit officiellement lancer jeudi le processus de dépôt de candidatures, qui durera jusqu'au 14 mars avant une désignation prévue d'ici mi-avril.

Elle assure que la sélection se veut transparente, ouverte et basée sur le mérite. Mais depuis mardi, un nom revient partout: David Malpass.

Ce sous-secrétaire au Trésor chargé des affaires internationales, âgé de 62 ans, est connu pour avoir blâmé la Banque mondiale devant le Congrès en 2017, l'accusant de "continuer à prêter d'importantes sommes d'argent à des pays" comme la Chine, pourtant deuxième puissance économique mondiale.

Il n'avait pas hésité à accuser les institutions internationales de dépenser "beaucoup d'argent", de ne "pas être très efficaces" et d'être "souvent corrompues dans leurs pratiques de prêts".

Pour autant, M. Malpass a aussi donné son aval en avril 2018 à l'augmentation de capital de 13 milliards de dollars de l'institution pour financer les pays les plus pauvres.

La Banque mondiale attend des prétendants à la succession de Jim Yong Kim, Américain d'origine sud-coréenne ayant démissionné avant la fin de son mandat, une solide expérience de direction d'une grande organisation internationale, le sens de la diplomatie et de l'impartialité.

Mais au-delà de ces critères, un Américain a toujours été nommé à la tête de la Banque mondiale depuis sa création en 1944 et un Européen à la direction du Fonds monétaire international (FMI), selon un partage des rôles de plus en plus contesté par les pays émergents.

"Cette fois, toute la question est de savoir si les Européens --qui ne veulent pas d'un pro-Trump-- sont prêts à ne pas soutenir le candidat américain et donc à rebattre les cartes en prenant le risque de perdre la direction du FMI quand Christine Lagarde s'en ira", résume une source européenne.

Simon Johnson, ancien chef économiste du FMI, en doute. "Ils ont toujours besoin" du FMI, estime-t-il, d'autant que les pays européens ne sont pas à l'abri d'une nouvelle crise grecque.

Il argue également qu'ils sont d'autant plus disposés à faire des concessions que le président de la Banque mondiale --nommé pour un mandat de cinq ans renouvelable-- est moins influent que le directeur général du FMI.

Un désastre?

Face aux Etats-Unis, les pays en voie de développement semblent avancer en ordre dispersé, bien que disposant de candidats de qualité, tels que l'ancienne ministre indonésienne des Finances Sri Mulyani Indrawati ou l'ancienne ministre nigériane des Finances Ngozi Okonjo-Iweala, déjà candidate en 2012.

Mais pour l'heure, tous les yeux sont rivés sur l'administration Trump, qui doit révéler mercredi son poulain.

Avant même sa nomination officielle, David Malpass suscitait une volée de critiques virulentes. Dans une série de tweets mardi, le Nobel d'économie et éditorialiste du New York Times Paul Krugman a rappelé les erreurs de jugement de l'intéressé avant la crise financière de 2008.

"David Malpass serait un désastre, un choix toxique", avait tweeté le 31 janvier Tony Fratto, ancien porte-parole de la Maison Blanche sous George W. Bush.

Au contraire, affirme la porte-parole de la Maison Blanche, Sarah Sanders, M. Malpass "serait un super choix". "Excellent" même, a tweeté le fils du président, Donald Trump Junior.

Mohamed El-Erian, chef économiste du groupe Allianz, le 7 novembre 2014 à Paris
Mohamed El-Erian, chef économiste du groupe Allianz, le 7 novembre 2014 à Paris ( Eric PIERMONT / AFP/Archives )

Face à David Malpass, Mohamed El-Erian, chef économiste du groupe européen d'assurances Allianz, auditionné la semaine dernière, ferait davantage consensus. Cet économiste respecté a trois nationalités: américaine, égyptienne et française.

Justin Sandefur, du Center for Global Development, a exhorté les autres nations à exercer leur libre arbitre. "C'est un simple vote à la majorité", a-t-il souligné. Et les Etats-Unis ne disposent pas de droit de veto.

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