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Photothérapie: les industriels tentent d'éclairer le grand public

| AFP | 379 | Aucun vote sur cette news
Pierre Saint-Girons, PDG de NeoMedLigh, qui commercialise une turbulette composée de leds pour soigner la jaunisse du nouveau-né, à Villeurbanne le 30 novembre 2017
Pierre Saint-Girons, PDG de NeoMedLigh, qui commercialise une turbulette composée de leds pour soigner la jaunisse du nouveau-né, à Villeurbanne le 30 novembre 2017 ( JEFF PACHOUD / AFP )

L'hiver approchant, les apports thérapeutiques de la lumière reviennent sur le devant de la scène, suscitant l'espoir des marques qui s'y intéressent mais sont encore à la peine pour surmonter le scepticisme entourant ces technologies.

Les apports thérapeutiques de la lumière "sont prouvés" pour certaines pathologies comme la dépression saisonnière et les troubles du sommeil, explique le professeur Patrice Bourgin, responsable du centre des troubles du sommeil au CHU de Strasbourg auprès de l'AFP.

Mais concernant d'autres maladies, les études sont encore au stade "exploratoire", tempère t-il.

Bonne pour le moral et pour la peau, la lumière régénère aussi les cellules et soigne les maladies: ces vertus de la photothérapie sont mises en avant par les fabricants.

La société Lucibel, spécialisée dans l'éclairage led pour les entreprises, a récemment décidé de se lancer dans la luminothérapie avec Cronos, un luminaire diffusant un éclairage imitant le cycle du soleil, tout au long de la journée.

A force de vivre de plus en plus sous lumière artificielle, notre horloge biologique se désynchronise, fragilisant notre sommeil mais aussi notre santé à long terme, explique le docteur François Duforez qui a travaillé sur ce produit destiné, justement, à nous "resynchroniser".

Démonstration de l'utilisation de la turbulette visant à soigner la jaunisse du nouveau-né, à Villeurbanne, près de Lyon, le 30 novembre 2017
Démonstration de l'utilisation de la turbulette visant à soigner la jaunisse du nouveau-né, à Villeurbanne, près de Lyon, le 30 novembre 2017 ( JEFF PACHOUD / AFP )

"Le marché est potentiellement colossal", assure le président-fondateur de Lucibel, Frédéric Granotier, qui ambitionne de vendre son produit aux entreprises, aux écoles, aux hôpitaux et aux hôtels.

En 2014, le géant néerlandais Philips a sorti un dispositif médical afin de traiter le psoriasis avec de la lumière bleue.

Pour l'instant, les ventes restent loin du nombre de patients potentiellement concernés. Mais pour le groupe, l'objectif est d'abord de "démontrer que ça fonctionne et qu'il y a un marché".

- Scepticisme -

La principale difficulté à laquelle se heurtent les fabricants est la méconnaissance du grand public.

Laurent Bertin, co-fondateur d'Elora Biotec, raconte: "quand vous dîtes à un sportif +je vais vous faire récupérer beaucoup plus vite sans contrainte et avec de la lumière+, les gens vous regardent avec des yeux ronds!". Sa société commercialise Life+, un dispositif utilisant la photobiomodulation (stimulation des cellules par la lumière) pour aider à la récupération après le sport.

En sept mois de commercialisation, l'entreprise en a vendu plus d'un millier d'exemplaires, à 499 euros pièce. Pour les chefs d'entreprise interrogés, l'apparente simplicité de la lumière est en fait un obstacle.

"Pour ma levée de fonds, cela n'a pas été simple", s'est remémoré pour l'AFP Pierre Saint-Girons, PDG de NeoMedLigh, une start-up commercialisant une turbulette composée de leds et destinée à soigner la jaunisse du nouveau-né.

Actuellement, son équipe travaille à une manière de soigner par la photobiomodulation des lésions muqueuses apparues après une chimiothérapie.

En outre, la lumière étant peu chère à produire, la valeur ajoutée n'est pas évidente à dégager, ce qui rend les industriels assez frileux pour investir.

La turbulette composée de leds vendue par NeoMedLight, ici en démonstration avec une poupée, à Villeurbanne le 30 novembre 2017
La turbulette composée de leds vendue par NeoMedLight, ici en démonstration avec une poupée, à Villeurbanne le 30 novembre 2017 ( JEFF PACHOUD / AFP )

Certains fabricants se gardent de vendre leurs produits comme des dispositifs médicaux, évitant ainsi de se plier à un lourd processus d'autorisation. Bien que disposant d'un programme "coups et chocs" destiné à limiter les traumatismes, Life+ est ainsi vendu comme un outil de bien-être.

"La grosse difficulté de la lumière est de devenir scientifique", résume M. Saint-Girons fustigeant les nombreuses technologies qui vantent auprès du grand public des effets thérapeutiques non démontrés.

"C'est tellement facile à faire, on peut dire n'importe quoi: +vous avez une peau que vous ne trouvez pas très jolie, mettez trois minutes de (lumière) jaune, quatre minutes de vert et cinq minutes de rouge, vous verrez vous allez retrouver une peau saine et resplendissante+",

"Un bon moyen de tuer (les opportunités curatives de la lumière), c'est de vouloir les mettre à toutes les sauces", poursuit-il.

Un discours auquel s'associe le professeur Bourgin: selon lui, il y a "beaucoup de charlatans", souvent difficiles à identifier. Pour éviter de se faire leurrer, le professeur conseille, a minima, de s'assurer de la présence de scientifiques dans le développement des produits.

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