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Offensive franco-allemande contre Bruxelles pour créer des "champions européens"

| AFP | 519 | Aucun vote sur cette news
Le ministre allemand de l'Economie Peter Altmaier (D) et son homologue français Bruno Le Maire (G) donnent une conférence de presse le 19 février 2019 à Berlin, après des discussions sur la stratégie industrielle européenne
Le ministre allemand de l'Economie Peter Altmaier (D) et son homologue français Bruno Le Maire (G) donnent une conférence de presse le 19 février 2019 à Berlin, après des discussions sur la stratégie industrielle européenne ( John MACDOUGALL / AFP )

Après la mise en échec par Bruxelles du mariage Siemens-Alstom, Français et Allemands ont répliqué mardi en proposant une stratégie industrielle et une refonte des règles européennes afin de rester dans la course,

"C'est un jour important car après des mois de travail, nous nous sommes mis d'accord sur la définition d'une stratégie industrielle pour l'Europe que nous proposerons à nos partenaires européens", a déclaré le ministre français de l'Economie Bruno Le Maire lors d'une conférence de presse à Berlin avec son homologue Peter Altmaier.

Les partenaires ont choisi la production de batteries électriques comme premier projet concret de coopération, qui sera ouvert à d'autres pays européens s'ils le souhaitent.

L'Allemagne a mis 1 milliard d'euros à disposition, la France 700 millions, a précisé Peter Altmaier.

Berlin et Paris espèrent une réponse de la Commission européenne à ce sujet avant le 1er avril.

Les logos des groupes français Alstom et allemand Siemens, dont la fusion a été mise en échec par Bruxelles
Les logos des groupes français Alstom et allemand Siemens, dont la fusion a été mise en échec par Bruxelles ( SEBASTIEN BOZON, CHRISTOF STACHE / AFP/Archives )

Cet accord intergouvernemental intervient après le rejet le 6 février par la Commission européenne de la fusion Siemens-Alstom, qui avait fortement déplu aux deux pays. Ceux-ci jugent que l'Europe ne sera pas à même de résister à la concurrence des autres puissances sans mastodontes européens.

Bruno Le Maire était parti dans la foulée en campagne pour une vaste réforme du droit européen des fusions, avec le soutien de Peter Altmaier, un proche de la chancelière Angela Merkel. Une démarche vue avec scepticisme à Bruxelles.

- Règles 'stupides'-

"Si l'Europe veut rester un moteur industriel en 2030, nous avons besoin d'une véritable politique européenne", souligne le mémorandum proposé par les deux pays, rappelant que seulement 5 groupes européens font parti des 40 plus grandes compagnies dans le monde.

L'initiative s'appuie sur trois piliers.

D'abord miser sur l'innovation et trouver les financements nécessaires, alors que de nouveaux secteurs industriels émergent, comme ceux liés à l'intelligence artificielle, d'autres évoluent à grande vitesse comme l'automobile ou le ferroviaire, d'autres resteront essentiels comme la sidérurgie et l’aluminium.

"Parfois plus stupides que les règles européennes, il n’y a pas", a tancé Bruno Le Maire à Berlin, plus tard dans la journée, lors d'un discours sur l'Europe organisé par l'assureur Allianz.

"L'Asie avance, la Chine progresse, les Routes de la soie sont en train de tout emporter sur leur passage (...) et de l’autre côté l'Europe est immobile", a martelé le ministre français.

Le document estime que les critères de l'UE désavantagent les entreprises européennes comparé à leurs concurrents mondiaux.

Car tant que les règles ne sont pas les mêmes pour tous, et tant que "certains pays subventionnent en masse leurs propres sociétés (...) nous devons faire en sorte que nos groupes puissent croître et être concurrentiels", soulignent les deux pays, qui visent la Chine sans la nommer.

Ils proposent dans certains cas bien définis de permettre une remise en cause des décisions de la Commission en matière de fusions ou d'acquisitions, un "pouvoir d'évocation" qui existe au niveau national.

"Il est clair que l'Allemagne et la France ne vont pas décider seules si ces règles seront modifiées et comment", a assuré M. Altmaier, soulignant qu'il y aurait des discussions avec les autres pays de l'UE, le Parlement et la Commission européenne.

Mais les deux pays espèrent en retirer aussi un bénéfice politique. "Si vous n’apportez pas la preuve à nos compatriotes que les décisions sont faites pour eux, pour leurs emplois, pour leurs richesses, eh bien ils se tourneront vers les extrêmes", a fait valoir le ministre français.

Enfin, dernier pilier, les partenaires insistent sur une meilleure protection des industries européennes, dont les technologies de pointe doivent rester en Europe.

La France comme l'Allemagne ont mis en place des garde-fous légaux, actant un virage nettement interventionniste, pour protéger leurs secteurs stratégiques notamment des appétits chinois, ont-ils rappelé, encourageant tous les partenaires de l'UE à faire de même.

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